Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Lutte contre la pauvreté
La microfinance béninoise entre ses hauts et ses bas
Le Président YAYI

Thème de campagne stratégique lors de la dernière élection présidentielle béninoise, la microfinance a beaucoup influencé le choix du premier magistrat du Bénin en mars dernier. Aujourd’hui encore, elle suscite beaucoup de passion et entretient chez bien de citoyens du pays, de l’espérance. Il ne pouvait en être autrement quand le Président Boni Yayi y a consacré, carrément un ministère et que le Gouvernement tente de mettre en place une politique nationale de microfinance que l’avènement du Fonds national de la microfinance du Bénin vient rendre davantage visible. Dans un contexte pareil, il paraît utile de visiter le secteur pour en savoir davantage sur sa structure, ses forces et ses faiblesses. Dans le présent dossier, les origines des systèmes financiers décentralisés (Sfd), la législation qui régit les institutions de microfinance (Imf), l’état des lieux actuel de la microfinance béninoise, les perspectives et quelques avis de professionnels de la microfinance, permettent de se faire une image du secteur.

Les activités économiques de la femme consolidées

Sakinatou SIDI, Ministre délégué à la Microfinance

Il y a une dizaine d’années, Dame Rosalie A., la quarantaine amorcée, ne sait pas s’il faut rire ou pleurer lorsqu’elle a divorcé avec son mari, gardant avec elle leurs quatre enfants. La vérité est qu’elle ne dispose pas de moyens financiers conséquents pour assurer leurs besoins fondamentaux : se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner et instruire ses enfants à l’école sont devenus un véritable casse-tête. Par chance, soutenue par des amis, elle a bénéficié d’un prêt de 150.000Fcfa auprès d’une structure de micro-finance de la place pour se lancer dans la restauration. Aujourd’hui, vêtue d’un ‘’boba chigan’’ communément appelé ‘’Vlisco Wax Hollandais’’ avec des cheveux soigneusement bien tressés, elle emploie huit jeunes filles qui l’aident à servir les clients dans son restaurant situé dans un quartier de la ville de Cotonou. Avec ses enfants qui sont souvent à ses côtés, elle est l’image de l’aisance et de la confiance en soi. « Nous sommes passés de la débrouillardise à l’emploi indépendant. Nous avons chassé notre apathie et maintenant, nous contrôlons nos vies », se réjouit Dame Rosalie A., avec assurance. Fatima, sa fille aînée en fin de formation à l’université d’Abomey-Calavi se dit très fière de sa mère, qui selon elle, est une combattante. « Nous sommes respectés grâce aux efforts de notre maman et je peux vous dire qu’avec l’économie qu’elle a déjà réalisée, notre avenir est assuré », déclare-t-elle. Elles sont nombreuses, les ‘’Rosalie’’ qui grâce aux micro-crédits on pu avoir un pouvoir économique qui leur permette aujourd’hui de s’épanouir, d’assurer la scolarisation de leurs enfants, d’acquérir un meilleur logement pour leur famille et avoir accès à des soins de santé de qualité. La plupart des institutions de microfinance développent des stratégies diverses pour avoir un impact favorable sur les conditions de vie des populations, notamment des femmes. En ce qui concerne le PADME qui est une Association de crédit direct sous convention, il a mis en place deux types de produits à savoir : le crédit individuel et le crédit solidaire à un taux de 2% le mois, d’un montant oscillant entre 20.000 FCFA et 2.000.000 FCFA. Les principales activités financées sont : le commerce, l’artisanat, les services de restauration, l’agro-alimentaire et le stockage de vivres. Entre 1998 à 2002, le montant des crédits distribués par cette structure de micro-finance ont accusé un taux de croissance annuel moyen de 58%. Dans l’ensemble, les activités de toutes les structures de micro-finance permettent de consolider les activités économiques des populations, en particulier des femmes et de créer des milliers d’emplois. Les enquêtes faites sur ce secteur indiquent que la plupart des créanciers réussissent par la micro finance et arrivent à respecter les engagements de remboursement de leurs dettes. Cependant, il importe de remarquer que certaines personnes, après emprunt, ne parviennent pas à promouvoir leurs activités et tombent dans la faillite. Par ailleurs, un créancier peut avoir des difficultés de remboursement d’une dette ; ce qui entraîne parfois des poursuites judiciaires et la saisie de ses biens. De façon générale, la micro-finance permet à ses clients de redresser leurs activités après une faillite ou de se lancer dans une activité génératrice de revenus pour avoir les armes nécessaires de lutter contre la pauvreté. Chez les femmes, les crédits octroyés ont une importance capitale, car, ils leur apportent généralement une large autonomie financière et leur confère un pouvoir économique.

Les limites de la microfinance dans la réduction de la pauvreté
Le faible niveau des activités génératrices de revenus, le manque de moyens financiers, l’exclusion au plan social, culturel et civil sont de saillants aspects de la pauvreté. Les populations qui se retrouvent dans une telle situation, pour s’en sortir, peuvent recourir aux micro crédits ou à d’autres services financiers de proximité, essentiellement fournis pas les systèmes financiers décentralisés. Si l’on convient que les micros crédits concourent à l’entretien et au développement des activités génératrices de revenus de leurs bénéficiaires, il n’en demeure pas moins que l’épanouissement de ces derniers est tributaire du niveau de viabilisation de leurs milieux de vie. Les micro crédits, en effet, permettront de faire du commerce, de l’artisanat et grâce aux revenus que l’on tire de ces activités, de se nourrir, de s’habiller et à la rigueur de se loger. En principe l’individu devrait pouvoir se soigner et s’instruire également. Mais la seule possession des moyens financiers requis pour, ne suffit pas. Il ne se construira pas lui-même, par exemple, ni l’école, ni le centre de santé, encore moins la voie de desserte aux marchés. En somme, pour s’échapper effectivement à la pauvreté, les populations qui disposent de moyens financiers doivent pouvoir accéder aux services sociaux élémentaires, l’instruction et la santé entre autres. Mais la non disponibilité des infrastructures de santé, d’éducation, de loisirs, de l’électricité, de l’adduction d’eau qui sont du ressort d’un Etat ou d’une collectivité locale, les maintient malgré leurs accès aux services financiers de proximité, dans l’exclusion, l’autre dimension de la pauvreté.

Les origines des systèmes financiers décentralisés
Le concept de microfinance est né de celui de micro crédit apparu au début des années 80 au Bangladesh en Asie. Il avait pour objectif d’offrir aux personnes ne pouvant pas accéder au crédit bancaire, un crédit de faible montant. Les petits opérateurs économiques des zones rurales et du secteur informel des milieux urbains, et périurbains marginalisés faute de garanties nécessaires ou parfois à cause de leur idéologie culturelle et sociologique, de l’éloignement, de l’analphabétisme, pouvaient donc bénéficier des services financiers d’épargne et de crédit pur juguler la crise des systèmes financiers à l’époque. Tout a commencé en 1974 quand Muhammad Yunus, précurseur du micro crédit, avait constaté que quelques dollars supplémentaires pouvaient permettre aux pauvres de sortir du carcan de la famine alarmante. Le professeur d’économie à l’Université de Chittagong avait donc décidé de prêter 27 dollars à des paysans d’un village de Jobra au Blangladesh. Quarante deux (42) familles étaient donc sorties des tenailles de véloces usuriers reconnus pour leur pratique de taux d’intérêt exorbitants. Deux ans plus tard, les prêts furent remboursés et ce succès qui s’est étendu à cinq autres villages ragaillardit le professeur Yunus qui poursuit ses actions. Il fonde alors en 1983 une banque spécialisée dénommée Grameen Bank (banque de village) qui s’élargit dans environ 40.000 localités du Bangladesh et dans le monde entier même dans les pays développés notamment les ghettos de Chicago, au Canada, en France, à Luxembourg.

Bénin : de la banqueroute à l’avènement des IMF
Le Bénin n’est pas resté en marge de cette expansion du concept de micro finance. En effet, avec la banqueroute de la fin des années 80, les banques classiques à savoir : la Banque commerciale du Bénin (BCB), la Banque Béninoise du Développement (BBD), ont été liquidées. La contribution des banques classiques au financement de l’économie se trouvait ainsi réduite. Pour combler cette lacune qui entrave le développement national, le système financier décentralisé (SFD) a vu le jour et s’est propagé dans tout le pays. Au fait, l’institutionnalisation moderne de la microfinance date de la création du crédit agricole mutuel par le Gouvernement béninois en 1975, grâce à la mise en place : au niveau national, de la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA), une société bancaire d’économie mixte, dont les démembrements au niveau départemental sont des Caisses Régionales de Crédit Agricole Mutuel (CRCAM) et ceux au niveau communal, des Caisses Locales de Crédit Agricole Mutuel (CLCAM). En novembre 1987, la CNCA qui finançait essentiellement les sociétés d’Etat au détriment du monde paysan, connaît des dysfonctionnements et accumule des pertes importantes liées à la dégradation de son portefeuille de prêts. Elle sera liquidée du fait de sa mauvaise gestion. Suite à cela, le réseau sera réhabilité pour donner naissance à la Fédération des Caisses d’Epargne et de Crédit Agricole Mutuel (FECECAM) en juillet 1993.
La rigidité des principes bancaires classiques conduit à la marginalisation d’une multitude de micro-entreprises aussi bien du secteur formel que du secteur informel, en quête de financement. Les communautés à la base, en l’occurrence les micro-entrepreneurs et les pauvres mais actifs, se tournent alors vers les institutions de microfinance (IMF). Avant, ces derniers ne pouvaient que se porter vers des prêteurs sur gages, des clubs d’épargne et de crédit, de mutuelles d’assurances pour financer leurs activités. Bien de gens recouraient à d’autres actifs comme leurs animaux, leur récolte prochaine, leurs matériaux de construction, etc. pour avoir du financement à leurs microprojets. Aujourd’hui, le secteur de la microfinance au Bénin est animé par divers acteurs notamment les mutuelles et coopératives d’épargne et/ou de crédits, les institutions de crédits directs et les Projets et Organisations Non Gouvernementales (ONG) à volet de microfinance.

Objectifs et fonctions des IMF
Le micro-financement s’intéresse aux clients à faibles revenus et les services rendus comprennent l’épargne et le crédit mais aussi les services d’assurances et de paiement. Les institutions de microfinance se révélant donc plus appropriées, visent : à favoriser l’accès des personnes les plus défavorisées aux services financiers ; à valoriser l’approche associative et communautaire ; à adopter des mesures et mécanismes qui formalisent l’économie des entités décentralisées ; à intensifier les mécanismes de financement spécifiques aux activités de femmes et surtout dans le secteur rural. Le SFD s’est assigné pour mission de faire sortir la population démunie du sous-développement et donc de la pauvreté substantielle. Les défavorisés des villes et zones rurales s’adressent aux Ong de microfinance, aux caisses d’épargne, aux coopératives d’épargne et de crédit (Coopec) et aux projets à volet crédit pour y déposer leur épargne ou pour se faire octroyer des revenus anticipés en vue d’assouvir leur désir d’investissement. Pour ce qui est des programmes de microcrédit, on peut les classer suivant trois approches. Il s’agit des prêts individuels, des prêts aux groupes de solidarité et des prêts aux banques villageoises.
En dehors du financement des activités relevant des secteurs économiques : agriculture, élevage et pêche ; la transformation et l’artisanat ; le commerce et les services, les défavorisés peuvent aussi bénéficier des services sociaux en éducation, en santé, offerts en appui aux crédits octroyés. C’est à travers les programmes de formation, à travers des séminaires, des rencontres d’échanges d’expériences, l’organisation des séances d’alphabétisation, les services de planning familial et d’éducation des filles, les achats groupés de semences au profit des cultivateurs en vue de réduire les coûts, etc.
Aussi, faut-il signaler que les IMF ont contribué à la création des milliers d’emplois directs et indirects à travers les bénéficiaires des crédits.

Cadre législatif et typologie des Imf
Les Imf sont régies par une législation à dimension régionale, valable essentiellement pour les Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest africain (UEMOA) et de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada). Au Bénin, les textes en vigueur sont entre autres : la loi n° 97-027 du 8 août 1997 portant réglementation des institutions mutualistes ont coopératives d’épargne et de crédit communément appelée loi Parmec ; la loi n° 83-0008 du 17 mai 1983, portant définition et répression de l’usure en République populaire du Bénin modifiée par la loi n° 203-22 du 11 novembre 2003. Le décret n° 98-60 du 9 février 1998 portant modalités d’application de la loi Parmec et l’arrêté n° 465/MF/DC/Micofin du 7 juin 1997 portant modalités de conclusion de conventions avec les structures ou organismes d’épargne et de crédit non constituées sous forme mutualiste ou coopérative viennent en complément aux différentes lois citées plus haut. A ce dispositif s’ajoutent également les dispositions de l’Ohada et une dizaine d’instructions de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ces instructions abordent entre autres l’obligation des Imf de produire des états financiers, le regroupement des postes de la situation patrimoniale, la classification des crédits sains selon la durée initiale de remboursement, le déclassement des crédits en souffrance, etc.
La classification des Imf, selon les principes de l’Union monétaire ouest africaine, repose sur la nature de leurs activités. Ainsi, se dégagent trois grandes catégories d’Imf que sont : les institutions d’épargne et de crédit qui regroupent les mutuelles, les coopératives et les groupements d’épargne et de crédit ; les institutions de crédit direct qui octroient des crédits à partir de leurs ressources propres ou des lignes de crédit dont elles peuvent bénéficier auprès de partenaires financiers ; les projets à volet microfinance qui englobent les Ong et les initiatives gouvernementales à volet microfinance. Un second type de classification des Imf tient compte de leur statut juridique. Deux grandes catégories d’Imf se dégagent selon ce type de classification. Ce sont d’une part les mutuelles et coopératives d’épargne et de crédit et d’autres part les structures non constituées sous forme de mutuelles ou coopératives d’épargne et de crédit. Les premières acquièrent une personnalité juridique après obtention d’un agrément. Ce sont les institutions de base d’épargne et de crédit et les institutions faîtières d’épargne et de crédit.
Quant aux structures non constituées sous forme de mutuelles on de coopératives d’épargne et de crédit, ce sont des institutions ayant la personnalité juridique mais qui exercent des activités de microfinance. Elles sont astreintes à la signature d’une convention avec le ministère en charge des Finances avant tout exercice. On y regroupe les associations (structurées ou non) ; les sociétés, les Ong à volet microfinance et les différents programmes ou projets gouvernementaux à volet microfinance.

Les préalables à l’exercice de la microfinance
La législation fait obligation aux Imf d’être autorisées par le Ministère en charge des Finances avant tout exercice. Le type d’autorisation donnée à une Imf dépend de sa forme. Les institutions non constituées sous forme de mutuelles on de coopératives, au terme de l’arrêté n° 465/MF/DC/Micofin du 7 juin 1997 signent une convention avec le ministère chargé des Finances. Quant aux institutions faîtières mutualistes ou coopératives affiliées ou non à un réseau, elles reçoivent un agrément conformément à la loi Parmec. Enfin les institutions de base affiliées à un réseau et les regroupements d’épargne et de crédit reçoivent une reconnaissance. Cette forme d’autorisation tend à disparaître désormais. La structure du Ministère des Finances compétente pour connaître des questions de microfinance est la cellule de la microfinance. Elle a été créée par arrêté n°607/MFE/DC/Microfin du 27 mai 2003, modifié en 2005. Rattachée au Cabinet la Cellule de Microfinance est chargée d’exercer la tutelle du Ministre des Finances et de l’Economie sur toutes les structures de financement décentralisées exerçant au Bénin par le suivi de l’application des textes réglementant ces institutions ; de contribuer à la création d’un environnement favorable à l’émergence et au développement des structures de financement décentralisées ; de mettre en place un plan d’appui au développement des structures de financement décentralisées ; de coordonner et d’harmoniser les actions des différents intervenants sur le terrain ; d’organiser la collecte, le traitement et la diffusion des informations statistiques concernant l’ensemble du système.

Quelques chiffres de microfinance béninoise
12 départements sur 12 au Bénin disposent sur leur territoire d’institutions de microfinance. Selon les chiffres de la Cellule de la microfinance, en 2005, plus de 1300 représentations, agences et antennes de plus de 760 Imf sont réparties sur l’ensemble du territoire national. Sur l’ensemble, 199 ont été autorisées par la cellule de la microfinance à exercer à la date du 31 décembre 2005.
Le montant total de crédits décaissés en 2004 est de 87 milliards, selon le rapport du Consortium Alafia sur les performances financières et sociales des Imf au Bénin. Le commerce en a absorbé 72%, l’agriculture 12%, les services 6%. Les autres secteurs d’activités dont l’élevage, l’artisanat, la fabrication, ont reçu chacun moins de 5% de la masse de crédits octroyés en 2004 par les Imf membres du consortium (99% de l’ensemble). Selon les chiffres de la Cellule de la Microfinance, plus de 1250 emplois directs ont été créés par les Imf en 2003 pour plus de 500.000 emplois générés à travers les bénéficiaires de micro crédits. Le rapport du Consortium Alafia pour l’année 2004 estime à plus de 819.000 les clients des Imf, épargnants, emprunteurs et groupements compris. Les hommes représenteraient 53% de cette clientèle, les femmes 46% et les groupements 2%.

Résultats et perspectives
Selon une communication du Spécialiste en Microfinance Emile AIFA, ancien Inspecteur des finances à la Fécécam, la microfinance au Bénin a permis de régler quelques problèmes dont notamment : l’insertion de certains jeunes sortis fraîchement de l’université à qui elle donne la chance de faire leurs premiers pas dans l’activité financière ; la conservation de leurs jobs par certains fonctionnaires appelés à connaître le chômage après la débâcle financière qu’avait connu notre pays vers la fin des années 80 ; la mobilisation de l’épargne qui n’est toujours pas aisée au système bancaire classique. Emile AIFA, se fondant sur les rapports du Pnud et des institutions de Bretton Woods, estime que malgré les résultats encourageants de la micro finance au Bénin, le niveau de vie du Béninois moyen ne s’est pas amélioré. « Un mode de remboursement inadéquat », « la faible intervention des Imf dans les secteurs porteurs de l’économie » (l’agriculture entre autres), « le taux de remboursement très élevé et discriminatoire » des crédits sont les griefs que relève le spécialiste en Microfinance contre les Imf.
La position d’Emile Aifa, bien que nuancée par l’édition de 2003 du document d’évaluation des impacts de la microfinance sur les bénéficiaires de micro crédits, ne s’y trouve pas vraiment contestée. Selon ce document, en effet, et au terme d’une enquête réalisée par la Cellule de la Microfinance, il n’y aurait que 12% des bénéficiaires de la microfinance qui éprouvent des difficultés à rembourser leur prêt. Mais 99% de tous les bénéficiaires estiment que les délais de remboursement sont courts. Bon nombre d’entre eux trouvent également les montants de prêts faibles. Le témoignage d’un cadre de la Direction exécutive du Consortium Alafia laisse entendre que presque tous les bénéficiaires connaissent plusieurs cycles de prêts et très peu sont prêts à s’en affranchir. En ce qui concerne les dépenses auxquelles les bénéficiaires consacrent leurs revenus, le ménage et l’alimentation en particulier vient en tête. C’est le cas de 80% environ d’entre eux.
Globalement, le niveau de vie de cette population s’est amélioré. 98% se soigneraient mieux et plus de 83% des ménages enverraient à l’école leurs enfants en âge scolaire.
Outre les bénéficiaires, les Imf elles-mêmes ne sont pas à l’abri de difficultés. Le Rapport 2004 du Consortium Alafia sur les Performances financières et sociales des institutions de microfinance au Bénin, révèle que 45% des Imf membres n’arrivent pas à rentabiliser leurs fonds hors subvention. Les difficultés à faire face aux charges d’exploitation sont à l’origine de cette contre-performance. L’autre difficulté des Imf qui trouve sa source dans la loi, est la durée de cinq ans d’exercice qu’autorise la convention avec l’Etat. Cette disposition ne permet pas aux Imf de recourir à des accords financiers de long terme.
Face à ce tableau, les projections ne manquent pas. Le spécialiste Emile Aifa suggère la révision des textes actuels, la maîtrise des coûts de fonctionnement et l’intensification des prêts dans les secteurs agricole et semi-industriel. Par ailleurs, le Fonds national de la microfinance, la centrale des risques de l’ensemble du système financier, le renforcement des cadres d’échanges des acteurs entre autres, sont les pistes et chantiers envisagés pour sortir le secteur de la microfinance de ses tâtonnements actuels et en faire une industrie véritable. Aussi, la fin des initiatives gouvernementales à volet microfinance afin de laisser l’exclusivité aux praticiens d’opérer, met en phase désormais le Gouvernement et les professionnels dans la vision qu’il faut avoir de la microfinance. Ainsi l’Etat devrait se contenter de son rôle régalien de régulateur et de garant de la protection des déposants, de la sécurité des opérations et du renforcement de la capacité et de l’autonomie financière des Imf

Trois Question à Ignace Dovi, Directeur p.i du Consortium Alafia

Ignace DOVI

A quelle condition peut-on faire le microcrédit à taux d’intérêt Zéro ?
Il faut être un Gouvernement pour faire le microcrédit à taux d’intérêt Zéro. Le taux d’intérêt est le prix du crédit qui permet à l’institution financière d’arriver à couvrir ses coûts et à dégager une marge pour sa pérennité. En France par exemple où nous avons le Prêt à Taux Zéro (PTZ), c’est un dispositif d’aide pour l’accession à la propriété de logement mis en place par le gouvernement français au profit des populations au plus bas niveau de revenu. C’est un choix de gouvernement d’aider les couches les plus défavorisées à avoir leur logement. Le gouvernement du Bénin peut faire de même en décidant de mieux aider les Béninois qui disposent de revenus modestes à devenir propriétaires pour la première fois de leur résidence principale. Vous savez que le SMIG est très bas au Bénin. Le Gouvernement peut décider par exemple qu’un Béninois qui a un revenu moyen mensuel inférieur au triple du SMIG pourrait avoir un PTZ pour accéder à la propriété de son logement avec un différé total des remboursements pendant 18 ans.

Les IMF sont-elles fières quand elles en arrivent aux saisies de garanties ?
Non les IMF ne sont pas fières lorsqu’elles arrivent aux saisies de garanties. La saisie des garanties constitue une voie de dernier recours face aux clients indélicats. C’est une voie qui n’est pas gaie parce qu’elle entraîne la rupture des relations d’affaires entre l’IMF et son client. Les IMF privilégient les voies de résolution des différends à l’amiable. Dans une relation d’affaires, il faut privilégier l’honnêteté et la sincérité. Quand le microcrédit n’est pas détourné et qu’il est bien géré, il parvient toujours à améliorer les conditions de vie des bénéficiaires. En cas de mévente, que le bénéficiaire de microcrédit montre et apporte la preuve de ce que le microcrédit a servi qui doit être disponible et palpable. Les IMF comprennent et aident généralement leurs clients à réaliser leurs affaires. Le microcrédit est destiné à enrichir les clients et non à les déposséder de leurs biens en cas de difficultés. La saisie et la réalisation des garanties ne sont pas des voies privilégiées par les IMF. Elles n’aimeraient en aucun cas rompre avec le client qu’il a contribué à former à la culture d’entreprise et de remboursement des crédits. Mais il faut reconnaître que parfois, il y a des débiteurs coriaces avec qui, aucune négociation pour un remboursement des dettes à l’amiable intéressant à l’IMF n’est possible. Pour ceux-là, les IMF saisissent et réalisent les garanties.

Qu’apporte l’avènement du Fonds National de la Microfinance aux IMF ?
Le Fonds National de Microfinance (FNM) apportera aux IMF des ressources financière importantes de longue durée pour le financement de microprojets spécifiques. Ce fonds aura non seulement à appuyer les IMF pour tirer vers le bas les taux d’intérêts pratiqués, mais également à renforcer les capacités des bénéficiaires de crédit pour une meilleure gestion des lignes de crédits obtenues. Le fonds aura trois guichets :

-   celui du refinancement et de la mise en place des lignes de crédit au profit de partenaires stratégiques,

-   celui des garanties et de la bonification d’intérêt des prêts,

-   celui de l’appui institutionnel et le renforcement des capacités desdits partenaires et des populations cibles.
Le dispositif opérationnel du FNM reposera en partie sur les institutions de microfinance qui occupent une place de choix parmi les partenaires stratégiques.

A propos du Consortium Alafia
Le Consortium Alafia est l’association nationale des praticiens de la microfinance du Bénin créée le 10 mars 2000 à la suite de la transformation institutionnelle du réseau sous-régional pour le développement de la microfinance mis en place le 27 mai 1997.
Il a pour objet de contribuer à la professionnalisation du secteur de la microfinance et de défendre les intérêts de ses membres. Sa vision est que les institutions de microfinance deviennent performantes pour contribuer de façon efficace et durable au développement des micro entreprises et à la réduction de la pauvreté au Bénin. Il s’est donné pour mission de faciliter la professionnalisation et le développement des institutions de microfinance d’une part en renforçant continuellement leurs capacités à offrir les services au regard des meilleures pratiques et d’autre part en améliorant l’environnement juridique, économique et politique dans lequel elles interviennent.
La finalité est de construire une industrie de la microfinance rayonnante et efficace dans la lutte contre la pauvreté.
C’est une association professionnelle de microfinance qui offre aux institutions membres et non membres et aux partenaires, entre autres services :

-   l’information à travers le bulletin d’information, le centre d’information et de documentation, la centrale d’échanges d’information, les ateliers d’échange de pratiques optimales ;

-   le renforcement des capacités à travers la formation de groupe, l’assistance sur site, le rating des institutions, la promotion de meilleures pratiques ;

-   le plaidoyer par la négociation avec les partenaires, l’organisation des séminaires ou conférences-débats, l’élaboration ou la participation à l’élaboration des documents de stratégies et de politique sectorielle ;

-   la défense des intérêts des institutions de microfinance membres et la défense des intérêts de la corporation.
Basé à Cotonou, le Consortium Alafia dispose de quatre centres de relais à Porto-Novo, Parakou, Natitingou et Lokossa.

Publicité
Tag(s) : #Politique Béninoise
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :