![]() Une rue de Bouaké le 30 juin 2007 au lendemain de l'attaque de l'avion du premier ministre ivoirien Guillaume Soro © AFP Kambou Sia |
Pour faire oublier l'attaque qui a coûte la vie à quatre membres de la délégation de M. Soro, les mouvements de jeunes de la rébellion des Forces Nouvelles (FN) ont décidé de tenir un meeting au rond point du centre-ville.
"Nous voulons rassurer les populations, leur dire que le Premier ministre vit et que le processus de paix est irréversible", explique Bêma Fofana, l'un des responsables, entre deux grosse enceintes sur trépieds qui crachent des rythmes de musique ivoirienne, en attendant le début de la manifestation.
"Si les gens (les commanditaires de l'attaque) croient qu'en tuant Soro, ils mettent fin à la paix, ils se trompent", dit-il, alors que plusieurs dizaines de personnes commencent à affluer.
Au même moment, dans la cour du secrétariat général des FN qui abrite les bureaux de Guillaume Soro, épargné par l'attaque de vendredi, le porte parole des FN Sidiki Konaté expose à une trentaine de soldats et d'officiers sans armes son interprétation des tragiques événements de la veille.
L'ambiance y est détendue. Vêtu d'une simple serviette de bain blanche avec des sandalettes, M. Konaté, également ministre du Tourisme dans le gouvernement de M. Soro, s'attache à rassurer.
Il dément que lui-même et M. Soro aient "trahi" la rébellion en acceptant de signer un accord de paix avec le président Laurent Gbagbo, contre lequel la rébellion s'était soulevée en 2002, et de mener avec lui le processus de paix.
"Quand on parle de trahison, c'est qu'il y a eu échange. Or depuis deux mois, avons nous donné ou reçu quelque chose?", interroge-t-il sous les regards approbateurs de son auditoire.
Il annonce ensuite que "le Premier ministre maintient son calendrier" de paix. "Vous êtes ses soldats, et c'est vous sa force", lance-t-il, leur demandant de se tenir "prêts pour les prochains mots d'ordre".
Dans le centre-ville, les rues grouillent de monde et de véhicules, les magasins et les commerces rouvrent.
Vendredi, immédiatement après l'attentat qui a eu lieu à l'aéroport, à une dizaine de km, la ville avait pourtant cru revivre les heures sombres de 2002 ou 2004.
Les rues avaient été désertées, les commerces fermés, et les armes rangées depuis quelques années étaient subitement réapparues à tous les coins de rue, comme champignons après la pluie. Les longs cortèges de véhicules 4X4 circulaient de nouveau ornés de lance-roquettes, d'auto-mitrailleuses et de fusils anti-aériens longue portée.
Dès samedi matin, pourtant, le dispositif sécuritaire a été allégé et les armes lourdes rangées, laissant place au train-train quotidien.
Une détente voulue par les responsables des FN, désireux de faire oublier les douloureux événements de vendredi.
Une forte délégation des "jeunes patriotes" partisans du président Gbagbo, ennemis d'hier devenu partenaires de la paix avec la réconciliation du printemps, est même arrivée en début d'après-midi à Bouaké.
Son leader, l'inévitable Charles Blé Goudé, est venu rendre visite à Guillaume Soro, son ancien compagnon de lutte syndicale estudiantine, et participer au meeting de la jeunesse des FN.
Pendant ce temps, au centre ville, les travaux de réfection des voiries ont repris, en prévision de première visite du président Laurent Gbagbo en zone rebelle, prévue le 5 juillet, et jusqu'ici maintenue.
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