On s’attendait à la tombée des masques après le remaniement ministériel. Mais le paysage politique continue de nous offrir le défilé des cagoulés qui ont tous enfilé le costume du changement. Depuis la chute du régime Kérékou, le Bénin vit une démocratie un peu étrange. L’opposition cherche désespérément un ténor.
Le Dr Boni Yayi a beau reprendre l’initiative et indiquer ses partenaires, les recalés et autres délaissés du dernier remaniement tardent à comprendre le sens du message lancé par le chef de l’Etat à travers son dernier acte. Il pourrait cependant s’agir d’une stratégie visant à endormir l’équipage de Boni. Hormis la Renaissance du Bénin reversée dans l’escarcelle du changement, les autres pions de la vieille classe politique ont été tacitement sommés de ramer à contre-courant. Mais le Dr Boni semble prêcher la clarification dans un monde politique où le culte de l’hypocrisie, des calculs a fini par effacer tous les repères moraux. Les potentiels opposants au régime, experts en émotions collectives s’incrustent dans une alternative incongrue alliant silence et réactions éparses et sporadiques. Les images politiques sont de mise et à force de singer, on peut toujours paraître singe. Et en politique, on peut s’abriter sous l’apparence et vivre en permanence dans l’espoir de s’offrir des dividendes. Nous voici donc au bal des masqués avec une maladroite pitrerie à l’ère du changement. Le Psd dont la tradition relève d’un arrimage au pouvoir trouve suicidaire de tenir le langage d’opposant après dix ans de banquet au sommet de l’Etat. L’adaptation à un maigre régime serait un calvaire. Mauvais choix interdit pour le renard et ses socio-démocrates. Les ’’Coq’’ du Plateau en disgrâce se confinent eux aussi dans une fidélité altérée à Boni Yayi malgré les piques et glissades verbales contre le président de la République. Après avoir rejeté l’opposition de principe, dans un discours sibyllin à l’université de Lokossa, l’arc-en-ciel semble maintenant hausser le ton dans une position qui demeure ambiguë. Et le néant s’offre l’opposition. Ce qu’on avait pris pour un phénomène de début de règne semble s’éterniser malgré la volonté du chef de l’Etat. Mais pour la crédibilité de notre démocratie, il urge que les opposants s’affichent. Cette situation de vide politique contraste avec le dynamisme dont ont fait preuve les opposants au cours du double mandat de Kérékou et surtout lors du règne de Soglo. Si la Rb avec Rosine Soglo, Candide Azannaï, Epiphane Quenum a secoué le ’’Caméléon’’, Albert Tévoèdjrè, Adrien Houngbédji et Bruno Amoussou ont fait trembler le régime Soglo. L’opposition à l’époque était large, massive et redoutable.
Les amateurs des joutes oppositionnelles sont sevrés à l’ère du changement. Les hommes politiques rejetés par le pouvoir refusent toujours l’opposition et baignent dans l’attente d’un vain appel du Dr Boni Yayi. Certains politiciens en panne d’inspiration multiplient les élucubrations dans les coulisses et accusent la presse de ne pas jouer le rôle d’opposition. Ceux-là bénéficient de l’excuse de l’ignorance et végètent dans la méconnaissance des textes. Car il ne revient pas aux journalistes d’animer la vie politique en lieu et place des partis politiques. Une telle substitution ne serait que grotesque car le rôle de la presse est fondamentalement d’informer et non de conquérir le pouvoir. Cette curieuse démission des indésirables du changement témoigne de la vitalité de l’actuel régime qui écrase tout par ses performances. Et Boni peut continuer à porter sa croix, celle d’un chef d’Etat qui demande pardon à ses adversaires politiques non déclarés, de donner vie à l’opposition.
Sulpice Oscar Gbaguidi, 2 juillet 2007
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