Rêvons d’or noir. Rêvons d’un Bénin producteur de pétrole. Avec à la clé des milliards et des milliards de nos francs, après la reconversion en francs CFA de la pluie de dollars qui se mettrait à tomber en rafale sur notre pays. Ici, les inondations ne seraient pas à craindre. Elles seraient même les bienvenues, parce que synonyme d’abondance.
C’est ce qui est arrivé au Ghana il y a quelques jours. Ce pays a sorti la tête du rêve de l’or noir pour plonger effectivement les pieds dans les zones profondes où dorment des réserves en pétrole estimées à 147 millions de barils. Le Ghana ne tardera plus à faire son entrée dans le club des pays africains producteurs d’or noir.
L’auront précédé dans ce club le Nigeria qui s’impose avec des réserves estimées à 36,24 milliards de barils, l’Angola qui dispose de plus de 5,4 milliards de barils, la Guinée Equatoriale qui règne sur 1,7 milliards de barils, pour ne citer que les plus gros producteurs.
La fièvre de l’or noir s’est légitimement emparée de tous les pays, que ces pays, comme le Niger, soient enclavés et à l’intérieur des terres, que ces pays, comme la Guinée-Conakry, bénéficient d’une façade maritime pour des explorations offshore. Dans tous les cas, même les pays qui connaissent déjà un début d’exploitation assez prometteur, comme la Côte d’Ivoire, la Mauritanie ou le Tchad, font de nouveaux investissements. Histoire de s’assurer des revenus toujours plus importants.
Même si elle recèle encore quelques traces de vérité, la vielle rengaine coloniale d’une Afrique qui serait essentiellement agricole commence à détonner quelque peu. Et pour cause, les agricultures africaines sont sévèrement satellisées par les pays consommateurs du Nord, passés maîtres dans le jeu malsain de l’échange inégal.
Les recherches assidues de pétrole dans presque tous les pays africains répondent ainsi à la nécessité de changer les bases des économies africaines, en ouvrant des filières nouvelles, en développant des activités nouvelles, avec de nouveaux produits pour un meilleur rapport. Le pétrole, qui nous a habitué, depuis quelques années, à de phénoménales flambées, est l’un de ces produits appelés à doper les économies africaines. Et le Bénin n’est pas en marge de cette course au pétrole. Notre pays lancera incessamment des forages le long de sa façade atlantique.
Est-ce à dire qu’une éventuelle entrée du Bénin dans le cercle des pays africains producteurs d’or noir signerait ipso facto la fin de ses problèmes et de ses difficultés et inaugurerait tout aussitôt l’ère de l’abondance et de la félicité ? Nous aurions disposé des 200 milliards estimés nécessaires pour juguler le fléau des inondations à Cotonou, une somme d’argent qui nous paraît aujourd’hui énorme, hors de notre portée. Nous aurions la force de frappe financière qui nous aiderait à réunir les 200 autres milliards nécessaires pour conduire une lutte victorieuse contre l’érosion marine.
Une chose est sûr : avec le pétrole nous aurions réussi à nous soustraire au groupe des pays dits les moins avancés. Mais nous aurions retrouvé les problèmes propres au pays émergent que nous serions devenu, en dépit d’une nette amélioration de nos agrégats économiques en termes de produit intérieur brut, de taux de croissance, de masse monétaire… etc. Pour dire qu’il n’y a point d’étapes d’évolution et de développement d’un pays sans problèmes et sans difficultés.
La belle preuve en est que aucun pays pétrolier, même douillettement couché sur un matelas conséquent de pétrodollars, ne s’est encore avisé de se prendre pour le paradis sur terre, un eldorado, la terre promise.
Le Nigeria pétrolier est loin de résoudre les problèmes les plus ordinaires de son développement : accès à l’eau potable des villes et des campagnes, fourniture d’électricité, amélioration des condition de vie et de travail de diverses catégories sociales. A plus forte raison les problèmes nouveaux nés de l’exploitation du pétrole : corruption, aiguisement des contradictions sociales, guérilla animée sur les zones pétrolifères par les oubliés du pétrole qui réclament leur part de la manne commune, blessures et atteintes faites à l’environnement…
Le Tchad, par exemple, du jour où il a pu sortir de terre la toute première goutte de pétrole, a connu immédiatement la radicalisation des positions de tous les mouvements rebelles qui contestent le pouvoir à Ndjaména. Le pétrole, il est vrai, a sensiblement contribué à améliorer les revenus du pays, à desserrer quelque peu l’étau de la nécessité, mais il glisse lentement à devenir le plus grand commun diviseur des Tchadiens
En Guinée Equatoriale, appelée encore le « Koweit de l’Afrique », la richesse produite par le pétrole est si soudaine et si brutale que beaucoup d’Equato-Guinéens en ont perdu la tête, après avoir perdu le sommeil, car le soleil ne se couche plus sur leurs jours et leurs nuits.
Après tout ce que nous savons désormais, voudrions-nous continuer, au Bénin, d’entretenir des rêves d’or noir ? Le pétrole, parce qu’il peut créer la richesse chez nous, mérite bien d’habiter nos rêves. C’est toujours quelque chose de gagner. Et comme le dit un proverbe anglais : « Rien ne vient sans peine, sauf la pauvreté ».
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 5 juillet 2007
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