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Co-Développement, un euphémisme d’Etat pour une politique d’expulsion ? 
12/07/2007

Le terme co-développement a pris en France une nouvelle et suspecte notoriété depuis que l’immigration africaine y a été promue, à grands renforts de slogans pour le moins pas follement négrophiles, en grande cause d’infortune nationale. Nonobstant les études qui se suivent et se ressemblent et assènent le fait démographique de l’impossibilité des pays de l’OCDE de se suffire à eux-mêmes et de leur subséquente nécessité de recourir à l’immigration à l’horizon du milieu du XXIe siècle européen, il semble rentable depuis plusieurs décennies de faire de la chasse au plus faible, à l’immigré africain, un enjeux électoral clé.

 

Une anamorphose permanente réfracte ainsi l’image des Africains et des Immigrés dans un pays où en grande majorité ils contribuent pacifiquement à la production des richesses et à des services de proximité sur lesquels peu d’indigènes se portent candidats. Sans parler des nombreux qui, régulièrement surqualifiés au regard de leurs postes et rémunérations, se dévouent dans les hôpitaux publics, dans les SSII et répandent à travers le monde l’expertise française de leurs domaines de compétence.

 

Dans les envolées lyriques autour du co-développement, inscrit de fait dans les casiers bureaucratiques de la «régulation des flux migratoires», au ministère fameux de l’Immigration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, peu interrogent le concept avant au besoin de le confronter aux faits auxquels les discours ambiants et ardents le veulent destiner.

 

«Co» qui signifie «avec» en latin devrait engendrer une acception sémantique totalement différente du codéveloppement partout usitée. «Se développer avec» une autre entité, un partenaire, un lointain, serait la valeur sémantique fidèle à l’étymologie du terme désormais sur toutes les lèvres savantes. Au lieu d’un concept décrivant ou formalisant des projets et des politiques orientées vers l’amélioration des conditions de vie de plusieurs entités mises en contact, au même titre et sans rapport de dominance ni de hiérarchie apriorique, le terme codéveloppement a été habilement corrompu pour ne traduire que des politiques dites d’aide au retour, ou de volonté de stabilisation de populations africaines dans leurs villages. Une corruption sémantique que les économistes de cour et les intellectuels de bonne composition soit ne perçoivent plus, l’attrait de la grande biscuiterie se révélant souvent aveuglante, soit taisent par pusillanimité.

 

En admettant que cette mutation de sens ne soit en définitive qu’un banal «glissement» sémantique et une autonomisation sociopolitique du concept, le codéveloppement entendu comme un ensemble de projets impliquant des populations, associations immigrées ou issues de l’immigration, en faveur du développement local de leur pays d’origine est-il plus crédible pour autant ? Est-il surtout plus crédible dans la compréhension de limitation des flux migratoires qu’en ont les autorités françaises ? Il y a peu d’arguments pour répondre par l’affirmative.

 

En effet maîtriser l’immigration et les flux indésirables de population suppose une action volontariste contre les causes de ces flux en apparence anomiques et chaotiques. Ces causes sont les différences de niveau de développement dans la version la plus soft généralement servie dans les médias de grande écoute, elles sont davantage la paupérisation des populations des pays africains et du Sud, privées d’espoirs économiques et politiques par les politiques hégémoniques holistiques, globales des puissants.

Ainsi lorsque les pays bénéficiaires d’un ordre économique taillé à leur mesure disent que le co-développement et l’aide internationale devraient stabiliser les flux de populations, ils ferment volontairement les yeux sur la réalité. Ce que l’on nomme probablement à faux titre dans une perspective de système «Aide au développement» d’une part est en baisse continuelle depuis des années. En 2006 les transferts de revenus des migrants vers leurs pays d’origine faisaient le triple de l’aide internationale au niveau mondial, approximativement 264 milliards de dollars. Ce qui démontre le caractère dérisoire de la volonté politique de l’«aide».

De plus la répartition de cette aide supposée est bien peu soucieuse des droits de l’homme, des besoins réels des populations, et surtout en l’occurrence des problématiques d’immigration. Ainsi pendant longtemps le Gabon recevait-il de la France une aide publique démesurément plus grande que le Mali qui compte beaucoup plus d’immigrés sur le sol français. Ce qui fait dire que les flux d’«aide», dont certains seraient sujets à des effets de retours -comme les rétro commissions sur des domaines parallèles- ont davantage à voir avec les clientélismes françafricains qu’avec des nécessités politiques d’intérêt général.

 

Fixer les populations en finançant des projets politiques microéconomiques alors que les populations souffrent de prédation et de paupérisation de dimension globale, frappant les économies dans leur ensemble par les mécanismes monétaires, la fixation arbitraire au profit de l’Occident des prix des matières premières, les législations favorisant les multinationales, les différences de technologies mises au service des captations et du kidnapping des ressources économiques, les caches internationales d’argent et de biens détournés des budgets publics, la traite des cerveaux africains, etc. s’apparenterait à un exercice d’humour si ce n’était la gravité du sujet.

 

Par contre si de développement il n’est point question à l’observation ne serait-ce superficielle les logiques qu’appelle le concept de co-développement, il reste qu’il permet une occupation et une occultation sur le terrain médiatique de pratiques violentes d’expulsion, «d’excrétion» des plus vulnérables, des Africains guère défendus par leurs gouvernements. Les conditions de ces exécutions transpirent au compte goutte du black-out médiatique et politique organisé sur ces coercitions «humiliantes» et d’une «brutalité» croissante comme n’hésitent pas à les qualifier certains syndicats du transporteur aérien Air France, convoyeur régulier de ces opérations. Fait inédit, les salariés réunis dans le Comité d’Entreprise de la compagnie Air France ont demandé aux actionnaires du groupe l’arrêt des expulsions d’étrangers sur les vols de la société le 05 juillet selon une dépêche de l’AFP.

 

Pierre Prêche

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Tag(s) : #Politique Africaine
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