18/07/2007
«J’ai senti en moi un carillonnement. Toutes les cloches en train de sonner : Nelson Mandela ! Nelson Mandela ! Nelson Mandela ! C’est prodigieux la vie de cet homme. Sortir de prison n’était peut-être pas le plus difficile. Il y avait la réalité qu’il fallait affronter le lendemain. Quelle maîtrise de lui-même il a montrée pour essayer d’établir le dialogue et rétablir les Noirs dans leurs droits et faire prévaloir l’avènement d’une Afrique du sud nouvelle, démocratique, non raciale et fondée sur l’égalité. C’est vraiment un personnage admirable».
Aimé Césaire
Source: Serge Bilé/Afrikara
C’est toujours une occasion particulière que de souhaiter bon anniversaire à notre Madeba ou Madiba continental, à notre Mandela de la gent humaine. Et les Karanautes qui le souhaitent sont invités à le faire le plus librement dans cet espace.
Après avoir combattu l’Apartheid par tous les recours du droit et de la négociation politique, Nelson Mandela prend la tête de la lutte armée au sein du parti emblématique de la lutte de libération sud-africaine, l’ANC et sa jeunesse avide de liberté.
Il sera jeté en prison avec ses camarades et purgera une peine de près de 27 ans de réclusion, pour son engagement, son attachement à l’idéal d’une société non raciste et non raciale imposée en Afrique par une minorité blanche coloniale.
Il sortit de prison en 1990 devant le rapport de force international créé par la résistance et la guerre de libération poursuivie sur les sentiers de la diplomatie internationale, malgré les appuis de poids soutenant «l’odieux système» d’apartheid : les Etats-Unis, Israël, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, et la collaboration plus ou moins active de régimes africains parmi lesquels la Libye ou le Zaïre de la CIA-Mobutu, …
Mandela, la figure de proue de la révolution sud-africaine qui en a compté d’éminentes, une révolution de l’esprit Ubuntu -je suis ce que je suis pare que tu es ce que tu es- accèdera à la tête d’un Etat démocratisé en 1994, expurgé de ses ségrégations raciales, et sans laisser transparaître de sentiments de vengeance. Refusant de s’éterniser au pouvoir comme beaucoup de ses «collègues», il assura la transition démocratique en cédant sa place à son dauphin de l’ANC en 1999 au terme d’un processus électoral exemplaire d’un mandat.
Le retraité Mandela, fatigué mais toujours solaire, occupe ses jours à soutenir des causes planétaires comme la lutte contre le Sida à laquelle il prête son image. Les footballeurs du monde entier parmi lesquels le plus grand, le «roi Pelé» lui rendent hommage dans un match de gala pour ses 89 ans. Au-delà de cette manifestation sportive et starisée c’est l’ensemble de ceux qui croient dans un monde où le privilège de la race n’est pas un argument de domination et d’écrasement des Autres qui se retrouvent dans les 89 ans du vétéran des combattants de la liberté.
Une précieuse référence victorieuse de l’Afrique et des Damnés du Derme dont quelques batailles de décolonisation ont été gagnées mais sans inverser fondamentalement et démolir radicalement les logiques d’oppression postcoloniales qui saignent grièvement encore aujourd’hui l’Afrique, le monde. Une continuation de la révolution haïtienne qui avait déjà étendue la notion de droits de l’Homme à ceux à qui elle n’était pas destinée en réalité, en enfonçant les barrières de couleurs de peau et de différences culturelles cachées derrière la généreuse idée.
Les 89 ans de Nelson Mandela, comme un rite de répétition des prodiges originels, réinitialisent la lutte de libération sous toutes ses formes, culturelles, politiques, économiques, intellectuelles, sociales, raciales. Elle est l’écho d’un carillonnement dont les cloches étaient déjà sonnées par les Marrons, les «Tirailleurs» et Anticolonialistes, et qui doit être ressenti par les générations actuelles et les prochaines.
Bon anniversaire Madeba et à l’année prochaine
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