18/08/2007
Le 23 juillet 2007, à Paris au Lucernaire, le 107ème anniversaire du panafricanisme né de la première Conférence Panafricaine de Londres en 1900 sous l’égide de l’avocat trinidadien Henry Sylvester Williams, offrait à l’historien, égyptologue et linguiste Théophile Mwené Ndzalé Obenga l’occasion de donner une importante conférence sur le thème de la Renaissance Africaine. A l’invitation de l’association organisatrice, l’Afacod, en partenariat avec Afrikara.com, près de deux cents hommes et femmes, universitaires, intellectuels, écrivains, juristes, journalistes, personnalités politiques et du monde culturel s’étaient pressés pour débattre du serpent de mer de la politique africaine qu’est devenu la récurrente question de la Renaissance africaine, pour beaucoup liée à celle du panafricanisme.
Les maisons prestigieuses de la culture négro-africaine étaient représentées, notamment Mme Christiane Yandé Diop pour les éditions Présence Africaine ainsi que des éditeurs de la nouvelle génération, Anibwe, … Les instituts de recherche et d’enseignement des Antiquités africaines avaient répondu à cette invitation, comme l’institut Khepera, spécialisé dans l’historiographie Cheikh Anta Diop. Africa N°1 et sa présentatrice vedette, Mme Eugénie Diecky, ainsi qu’une part significative de la presse panafricaine parisienne qui avait relayé l’information couvrit la rencontre au sommet.
De nombreuses personnalités de la diaspora caribéenne à l’instar de l’écrivaine de renom Sylvia Serbin honorèrent de leur présence l’opportunité élaborée par l’Afacod. Enfin, l’ancien premier ministre centrafricain Abel Ngoumba, témoin de l’époque des indépendances africaines avait fait le déplacement. C’est en majorité une élite de la jeunesse africaine de France et d’Europe qui participa activement aux débats riches et animés qui durèrent près de trois heures d’horloge, intervention du conférencier et réactions comprises. Suivit une séance de dédicaces portant sur la longue bibliographie de Théophile Obenga.
La problématique de la Renaissance Africaine a dans un premier temps été enracinée dans son historiographie africaine par Théophile Obenga qui l’a ensuite réinsérée dans les processus de libération et de renouveau universels. En effet la longue histoire africaine, pharaonique en particulier témoigne de ces périodes de hauts et de bas, de chaos, ponctuées par l’arrivée au pouvoir d’un pharaon, désireux d’un changement profond, couronné comme pharaon de la Renaissance, ou du Renouveau et qui prenait les mesures de redressement de l’Etat, de la fonction publique, du clergé. Une renaissance ou régénération souvent figurée dans les rites d’initiation des rois en Egypte et dans le reste de l’Afrique.
A l’époque contemporaine c’est Cheikh Anta Diop qui en 1948, dans la revue du Musée Vivant -novembre 1948, numéro spécial- posa la question qui ne cesse de revenir sous différents syntaxes et contextes : "A quand une Renaissance africaine ?". Le président sud-africain Thabo Mbeki devait remettre la lancinante interrogation à l’ordre du jour en 1994, conduisant à un défoulement de propos sporadiques sur le panafricanisme, preuve d’une volonté d’appropriation de cette conscience panafricaine, sans véritable projet sous-jacent cependant. Le fait est que depuis 1948 la Renaissance Africaine reste à la périphérie des décisions politiques et son énonciation ne dépasse pas les cercles de quelques intellectuels et créateurs militants, en dehors de tout agenda et prise en charge volontariste de l’intelligentsia africaine.
Ce que l’on nomme Renaissance (Africaine), renouveau, régénération, revivification, etc. est pourtant un moment historique convoqué par tous les peuples et civilisations en proie à des situations vécues comme insupportables à la marge de la survie, à une période critique de leur existence. Ce fut le cas de l’ère Meiji au Japon, des grandes réformes qui firent la puissance chinoise d’aujourd’hui ou même du grand pas franchit par l’Amérique lorsqu’elle se dota de sa constitution, un projet qui mobilisation une élite intellectuelle très jeune et motivée. La Turquie d’Ata Türk se dota en peu de temps d’institutions qui l’ouvrirent à la modernité. Bien d’autres cas connus dans l’histoire attestent de ce mouvement incontournable dans le redressement des nations ambitionnant de se donner une existence digne, un avenir prospère, sorti des carcans des captivités du passé et de l’indigence matérielle.
La Renaissance Africaine n’est par conséquent ni une lubie ni un caprice de quelques amateurs de civilisations anciennes, elle est un regard de l’humain porté sur son passé, son présent, et un effort de se hisser au niveau des défis multiples qui l’acculent. Ce que d’autres, non africains placés devant des situations similaires ont fait pour en venir à bout de contradictions insolubles en leur temps.
Les travaux du savant africain Cheikh Anta Diop sont à relire sous cette espèce comme "une historiographie de la liberté humaine", déconstruisant le préjugé d’une civilisation mondiale eurocentrée (blanche) qui par diffusion aurait éclairé les autres peuples de la terre figés dans la nuit de l’obscurité. En démontrant l’origine africaine de l’humanité et des premières civilisations, en donnant une continuité historique et culturelle à l’Afrique noire enrichie de plus de 5000 ans de contribution aux progrès de l’humanité, Cheikh Anta Diop créé, conforte une conscience historique et un appareil philosophique, un paradigme de libération des Africains et de sublimation de leurs cultures. Car ce sont les faits culturels, ceux de l’unité culturelle qui soutiennent la construction des nations, leurs capacités d’abstraction des niveaux de la parentèle, du clan, de l’ethnie en quête d’un échelon supérieur commun. Ainsi divorcés de toute barbarie, des réflexes d’affiliation aux instances gouvernées par la proximité, les Africains peuvent tirer profit de leur patrimoine historique et bâtir les Etats-Unis D’Afrique. Une tâche qui incombe en toute urgence à la jeunesse africaine qui ne saurait se tenir spectateur de sa mise en bière.
Le propos de Théophile Obenga s’est attaché à argumenter sur la nécessité pour les Africains d’investir intellectuellement tous les domaines de la Renaissance Africaine, en donnant une assise à cette démarche. Cette légitimation, outre l’argumentation de la nécessité de créer un cadre de réflexion et d’action pour mettre en en forme et en œuvre un agenda à établir, n’a pas abordé directement la question du «comment» qui est revenue dans l’assistance, ainsi que les nombreuses déclinaisons de la question panafricaine, racisme, domination politique, médiatique, classes dirigeantes africaines compradores, pratiques conservatrices des métropoles ...
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