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Victoire de l'opposition aux élections législatives en Sierra Leone
LE MONDE | 25.08.07 | 14h09  •  Mis à jour le 25.08.07 | 14h09
NAIROBI, CORRESPONDANT

'opposition a remporté les élections législatives en Sierra Leone, a annoncé la commission électorale vendredi 24 août à Freetown. Le Congrès de tout le peuple (APC) a enlevé 59 sièges (sur 112) contre 43 pour le Parti du peuple de Sierra Leone (SLPP) du président sortant Ahmad Tejan Kabbah, et 10 pour le troisième parti du pays, le Mouvement du peuple pour un changement démocratique (PMDC), issu d'une scission récente du SLPP. Le scrutin avait eu lieu le 11 août.

 

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Si tout s'achève dans la ferveur électorale, l'histoire retiendra que ces élections générales - la présidentielle était couplée aux législatives - auront été celles de l'épanouissement démocratique d'après-guerre (1991-2001), couronnées par un vote-sanction.

Jeudi, la commission électorale avait annoncé qu'un second tour devrait avoir lieu pour l'élection présidentielle. Loin de l'emporter dès le premier tour, comme ses responsables l'espéraient, en obtenant les 55 % de suffrages requis par la loi pour une victoire, le candidat du SLPP, Salomon Berewa, se trouve également en seconde position, avec 38,3 %, des voix, contre 44,3 % pour celui de l'APC, Ernest Bai Koroma, et 13,9 % pour Charles Margai (PMDC).

Lors du futur second tour, les Sierra-Léonais voteront sans doute, à nouveau, avec l'énergie du désespoir. Le taux de participation au premier tour a dépassé 75 %. C'est, à peu de choses près, le pourcentage de la population vivant sous le seuil de pauvreté, raccourci pour décrire l'état d'un pays où cinq ans après la proclamation "officielle" de la fin de la guerre (1991-2002), l'actuel gouvernement n'a pu offrir qu'une paix sans électricité à ses citoyens.

Le SLPP, élu triomphalement avec plus de 70 % des suffrages en 2002, risque à présent de perdre le pouvoir au profit d'une alliance des deux principaux partis d'opposition. Dès avant le premier tour, Ernest Bai Koroma avait annoncé au Monde son intention de "travailler avec M. Margai". Vendredi, ce dernier a confirmé cette alliance. "Mon désir est d'unifier la nation, c'est pourquoi nous avons apporté notre soutien à l'APC pour le second tour de la présidentielle", a déclaré M. Margai.

Pour en arriver là, il faudra que ses électeurs dépassent leurs clivages géographiques et ethniques, et s'arrangent aussi avec leur mémoire. Une barrière régionale est supposée séparer le vote APC (implanté dans le nord du pays et à Freetown, avec une prédominance numérique de l'ethnie Temne) de ceux du PMDC et du SLPP (Est et Sud, dominante Mende).

L'APC est aussi l'ex-parti unique, connu pour sa police secrète dans les années 1970 et 1980, et l'instauration du pillage du pays par ses élites dirigeantes. Le SLPP, à l'époque dans l'opposition, a souffert dans ses geôles avant de prendre le pouvoir entre guerre et coups d'Etat et perpétuer finalement la mise à sac d'un pays où sont extraits des diamants comptant parmi les plus beaux au monde. Mais les responsables du SLPP n'ont pas mesuré à quel point de larges pans de la société sierra-léonaise ne comptent plus regarder tomber la pluie d'or des dividendes de la paix et des ressources du pays sans en bénéficier.

La Grande-Bretagne a consacré 1,5 milliard d'euros à la Sierra Leone depuis 2000, faisant du pays le premier bénéficiaire par tête au monde de l'aide britannique, sans bénéfice notable pour la population. Selon le journaliste Olu Gordon, éditeur du journal Peep, vieux contestataire et excellent connaisseur de son pays : "Ils (les hommes du pouvoir) ont tout à perdre. Perdre le pouvoir, c'est perdre leur immunité après des années de corruption, et risquer d'être poursuivis par la justice."

Dans ces conditions, les formations politiques vont-elles jouer franc jeu au second tour ? Même si la reprise de la guerre semble improbable, dans la mesure où l'ex-rébellion du Front révolutionnaire uni (RUF) a disparu, les trois principaux partis ont recruté des milices formées d'anciens combattants, soldats, rebelles ou miliciens kamajors. Ces groupes végètent depuis la fin de la guerre et n'attendent qu'une occasion pour se refaire.

A Bo, la deuxième ville du pays, un ex-responsable des kamajors affirme : "Ce n'est pas un hasard si les magasins sont presque vides. Il y a beaucoup de gens qui n'attendent qu'un signe de désordre pour commencer les pillages."


Jean-Philippe Rémy
Article paru dans l'édition du 26.08.07
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Tag(s) : #Politique Africaine
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