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Soumanou Moudjaidou à cœur ouvert au sujet du dossier Sobebra et de celui des GSM : Moi, je suis dans le changement, je serai dans le changement et je lutterai avec le Président de la République pour que triomphe le Changement .
date de publication: 19-09-2007


Monsieur le ministre, vous êtes un inconditionnel du changement : alors, de quelle façon oeuvrez-vous désormais pour l’émergence du Bénin ?

Je vous remercie. Avant de répondre à votre question, je ne saurais passer sous silence l’aboutissement de cet évènement qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Je veux parler du dossier des GSM. Fort heureusement, nous sommes parvenus à une issue heureuse pour cette crise. Il ne faut pas prendre une telle victoire comme étant celle de tel ou tel parti. Il faut plutôt voir une telle issue comme étant la victoire de l’Etat de droit dans lequel nous sommes. C’est un combat que le Chef de l’Etat mène également. C’est également la victoire de la nécessaire restauration de l’autorité de l’Etat. Le Chef de l’Etat a coutume de dire : « Si nous arrivons à gagner le pari de la restauration de l’autorité de l’Etat, nous aurons réglé 50% de nos problèmes ». A travers également l’heureux aboutissement de ce dossier, c’est l’Etat de droit qui s’est conforté dans notre pays. Et je tiens ici à préciser que contrairement à ceux qui disent que ce dossier a terni l’image de marque de notre pays à l’extérieur et que ce dossier va faire fuir les investisseurs internationaux, j’ai une lecture contraire. Les investisseurs internationaux se diront plutôt que le Bénin est un Etat de droit où c’est la légalité prime et qu’en conséquence, il est possible de venir investir au Bénin dans le respect de la légalité sans être inquiété. Telle est la lecture que je fais de ce dossier. Nous sommes sur le bon chemin, et il faut absolument que nous puissions évoluer sur ce terrain parce que rien ne peut se construire dans l’anarchie et le non-respect de la légalité. Il faudrait que nous nous dotions de textes assez clairs et qu’on puisse les vulgariser afin que chacun sache à quoi s’en tenir. Pour répondre, maintenant, à votre question, je pourrais dire que, de façon quotidienne, j’essaie, à ma manière, de contribuer au changement. Certains disent même que moi, je suis en avance sur le changement. Autant je suis pressé autant je suis dur par rapport à l’évolution de certains dossiers, de certaines choses. C’est ma manière de contribuer au changement parce que nous avons trop laissé pourrir les choses. Il faut donc normaliser la situation très rapidement sinon, nous ne pourrons pas gagner le pari du changement. A ma manière, j’essaie d’y contribuer et je ne peut tout de même pas dire, de façon exhaustive, toutes les différentes manières dont j’y contribue. Je peux seulement dire que, toutes les fois, que j’ai une préoccupation par rapport à un dossier, j’essaie de rencontrer le Chef de l’Etat qui accepte de me recevoir. Nous échangeons ensemble et c’est une très bonne chose. J’en profite pour le remercier pour tous ces entretiens qu’il m’accorde bien que je ne sois pas au gouvernement. Ce qui n’est pas le cas par rapport à mes collaborateurs. Moi, je suis un cadre du ministère du commerce. J’y ai fait ma carrière et je l’y terminerai. Certains voient en mon départ du ministère du commerce une fin en soi. C’est dommage d’avoir une telle vision des cadres béninois. Moi, je suis dans le changement, je serai dans le changement et je lutterai avec le Président de la République pour que triomphe le Changement pour le bien de notre pays et que nous puissions gagner le pari d’un Bénin émergent. Dans ces conditions, je pense que pour toute personne qui me sollicite dans le domaine de mes compétences, je serai disposé à offrir mes services, même gratuitement. Tout récemment d’ailleurs, il y a environ trois ou quatre semaines, j’ai animé gratuitement, au conseil économique et social, un atelier d’une demi-journée sur la réglementation de la concurrence tant sur le plan national qu’au niveau de l’UEMOA pour faire cerner les contours de la concurrence. Il ne faut pas perdre de vue que l’administration de la concurrence a des objectifs à caractère économique et social. D’ailleurs, ....
lorsque nous voulons prendre en compte les objectifs traditionnels. .. de la politique de la concurrence, on retient trois aspects.
1-Elle permet de lutter contre l’inflation parce qu’avec la concurrence, les prix baissent.
2-La concurrence permet d’offrir au consommateur une large variété de choix. Elle protège ainsi le consommateur.
3-Elle aguerrit les entreprises nationales à faire face à la concurrence internationale. Une fois que la concurrence est rude à l’interne et que des entreprises ont pu émerger grâce à la concurrence interne, elle peut donc émerger à l’international.
Par rapport à cela, je pense qu’il est important pour tout un chacun de cerner le rôle de la concurrence internationale.

Un autre dossier qui a tout de même défrayé la chronique, c’est l’affaire Sobebra. C’est une affaire que vous avez suivie de près et dont vous maîtrisez les tenants et les aboutissants. Le différend avec les partenaires de cette société reste, tout de même encore, nébuleux pour bien des Béninois. Qu’en est-il en réalité ?

C’est effectivement un dossier assez épineux par rapport auquel certains organes de presse sont allés jusqu’à affirmer que c’était l’une des raisons de mon départ du gouvernement. Je tiens à rassurer l’opinion publique, notamment les grossistes et les semi-grossistes. C’est un dossier qui a deux volets : L’aspect Sobebra et les grossistes par rapport au projet de contrat que la Sobebra a rédigé et dont j’ai envoyé copie, à l’époque où j’étais ministre, à la commission de l’UEMOA pour un avis consultatif. Cela dans la mesure où je n’ai pas voulu engager une procédure contentieuse contre une entreprise nationale et citoyenne. Le second volet, c’est l’existence et les conditions d’exercice des demi grossistes. Par rapport au premier volet, je n’ai eu aucune information, il semble que le dossier est resté en l’état. En ce qui concerne le second dossier, entre la Sobebra et les demi grossistes. Il y a d’abord la question du maintien des demi grossistes et la question des conditions de leur intervention. Pour ce qui est de leur maintien, c’est déjà un acquis, à mon sens. J’ai d’ailleurs suivi à la télévision une séance de travail qui a réuni la Sobebra, ses différents partenaires et le ministre du commerce. Il a été question du règlement de leur maintien. Cela s’est très bien passé. Mais il faut noter que ce n’est aucune faveur. C’est juste le respect de la légalité. Il faut que nous puissions faire prévaloir notre Etat de droit, ce qui a été fait à ce niveau. Ce qui a abouti au maintien des demi-grossistes. Maintenant, quant aux conditions de leurs activités, il persiste quelques problèmes. J’ai également suivi à la télévision qu’il y a une charte qui été signée entre les deux parties. Lorsque l’on parle de charte, c’est qu’il y a une entente. Mais deux questions surviennent, à savoir : le contenu de l’entente et savoir également si l’entente est provisoire ou définitive. Il ne faut surtout pas perdre de vue que les semi grossistes ont passé près de deux mois sans activité. Cela pourrait vouloir dire qu’ils ont été eus à l’usure. Par rapport au contenu, j’ai eu la chance de voir certains aspects de cette charte, notamment les points 1, 8 et 10 qui posent problème. Le point 1 de cette charte dispose que chaque demi grossiste s’engage à avoir une source unique d’approvisionnement qui est son distributeur agréé. Ce passage est non seulement contraire à l’alinéa 10 de l’article 39 de l’ordonnance VPR du 05 juillet portant réglementation des prix et stocks, mais également à l’article 2 du règlement 02/2002 UEMOA relatif aux pratiques anti concurrentielles à l’intérieur de l’UEMOA. Cet article qui impose aux semi grossistes une source unique limite leur liberté d’actions. Elle restreint ensuite la concurrence entre les demi grossistes. Si je suis en partenariat avec un semi grossiste et qu’un autre semi grossiste me fait des conditions meilleures, pourquoi m’oblige-t-on à rester ave le premier ? Ensuite, lorsque mon semi grossiste est en rupture de stock, je suis obligé d’attendre qu’il se fasse approvisionner, ce qui ralenti mes activités. C’est une pratique restrictive de la concurrence. Par rapport aux deux articles cités, il y a un problème. L’article 8 qui dit de ne commercialiser de façon exclusive les produits de la Sobebra dans son magasin aussi porte entorse à l’économie nationale de façon générale et restreint la possibilité d’investissements par d’autres acteurs dans le secteur. Si une brasserie devait s’installer, au vu de cette disposition, elle hésiterait en arguant la raison que le marché est un domaine protégé par son prédécesseur, alors que le marché des boissons est un marché de produits élémentaires. Il est vrai qu’il faut accorder un grand prix à la qualité de la boisson, mais on n’est pas obligé d’avoir de compétences particulières pour faire de la distribution. On ne peut donc pas en faire une exclusivité. Mieux, pour le demi-grossiste lui-même, il ne peut pas se consacrer aux produits d’une seule entreprise. Nous avons des produits de plusieurs marques qui sont commercialisés sur le marché national. Pourquoi empêcher leur commercialisation alors qu’il peut y avoir des consommateurs qui peuvent solliciter le produit ? Ce n’est ni conforme aux textes de l’UEMOA, ni conforme aux textes nationaux. Enfin, il est dit au niveau du point 10 de respecter la structure des prix conseillée par la Sobebra. C’est également contraire à l’article 3 du règlement 02 de l’UEMOA qui stipule que : « Sont incompatibles avec le marché commun et interdits tous accords entre entreprises, décisions d’associations d’entreprises et pratiques concertées entre entreprises ayant pour objet et pour effet de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence à l’intérieur de l’Espace UEMOA et notamment ce qui consiste en : Des accords visant à fixer directement ou indirectement le prix. A contrôler le prix de vente et de manière générale à faire obstacle à la fixation des prix par le libre jeu de la concurrence en favorisant artificiellement leur hausse ou leur baisse et en particulier des accords à différents niveaux de production ou de distribution. C’est justement le schéma dans lequel nous nous situons. Si la possibilité de vendre moins cher existe, pourquoi être obligé de vendre à des prix conseillés. Ces résolutions sont illégales et ne sauraient être contenues dans une telle charte. Là je me pose la question de savoir ce qu’on fait mes collaborateurs et spécialistes de concurrence par rapport au ministre ? Ils devraient tout de même éclairer le ministre par rapport à ces différents éléments. Leur conscience est à ce niveau interpellée, parce qu’il faudrait que les gens sachent que le bénin nous appartient tous et qu’il faudrait que chacun puisse apporter du sien pour la construction du pays. A-t-on piégé le ministre ? Ils seront dans ce cas condamnables parce que l’échec du ministre leur est imputable et son succès aussi. Je me poserais la question de savoir ce qu’est devenu le comité que j’ai mis en place sur la base des textes en vigueur pour proposer quelque chose d’acceptable. Il est vrai que la Sobebra est revenue à de meilleurs sentiments, mais il faut revoir tout ce qui a été fait jusque là et les conformer à la légalité par rapport aux textes tant nationaux que communautaires. La Sobebra n’est pas de mauvaise foi. Elle peut ne pas connaître les textes, mais il appartient aux cadres du ministère de l’orienter afin qu’elle pose des actes en conformité avec la législation. Voilà un peu ma réaction par rapport à ces différents dossiers.

Propos recueillis par Robert ADANDE

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Tag(s) : #Actualités Béninoises
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