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Montée de l’insécurité à Cotonou(Sud Quotidien 20/09/2007) Naguère circonscrite à la périphérie de la ville, l’insécurité a gagné depuis quelques temps du terrain dans la métropole béninoise, Cotonou, dont tous les coins sont désormais concernés par le phénomène, malgré les patrouilles et les multiples opérations "coup de poing" des agents de sécurité. Si les quartiers huppés, gardés par des agents de sécurité, présentent un attrait et pourraient de ce fait attirer la curiosité des voleurs, ceux démunis aussi n’échappent plus, depuis peu, à leur furie. Pas besoin d’attrait ou d’exhibition de richesse, parce que les voleurs ont compris que les Béninois ne se font plus avoir par ce biais. Autant on en interpelle, autant les réseaux se reconstituent, déjouant les pronostics des populations qui hésitent encore à collaborer avec la Police. Même les agents de sécurité ne sont plus épargnés. Ils sont l’objet de vols de la part des bandits dont les plus audacieux opèrent même en leur présence et en plein jour. Un agent de Police, qui a requis l’anonymat, n’en revient pas devant l’ingéniosité d’un gamin de 15 ans qui lui a dérobé son portable, en plein jour et dans sa propre maison de surcroît. Son collègue d’un autre quartier, lui, dormait profondément après son retour d’un défilé quand les voleurs ont emporté tous ses appareils électroménagers et la moto de ses enfants. Les commissariats de certains quartiers ne cachent plus leur agacement devant la recrudescence des cas de vols suivis d’agression. "Plus rien ne les effraie. Ils donnent même l’impression d’avoir infiltré tous les milieux puisqu’arrivant même à déjouer toutes les ruses mises en place pour les traquer", avoue impuissant, un inspecteur de Police qui accuse les populations de prêter le flanc face aux jeux de ces indésirables. "Mon quartier est bien électrifié, ma maison également et pourtant les voleurs ont voulu emporter ma voiture garée devant la fenêtre de ma chambre à coucher. Ils n’ont pas été effrayés par le lampadaire qui permet de voir à plus de 50 mètres de là une aiguille tombée dans le sable", s’indigne Alanmanou Yves, cadre de l’administration publique. "Ils étaient à moto, un seul est descendu pour vérifier par les fenêtres si tout le monde était endormi ; il s’apprêtait à ouvrir la portière de ma voiture quand je l’ai interpellé. Il a détallé tout en répondant que ce n’était que partie remise", confie craintif son voisin qui ne dort plus de peur de se voir voler sa "Rav 4" acquise après dix ans d’économies. Arborant le style commun à leur âge, Jean’s et Tee-shirt et se déplaçant de plus en plus en moto pour pouvoir se faufiler rapidement en cas de pépins, les bandits de Cotonou ne se font plus facilement identifier et ne vivent plus reclus comme auparavant. Ils sont pour la plupart des adolescents ou des jeunes (entre 16 et 25 ans) et continuent, en dehors de ceux qui ont choisi la rue, de vivre chez leurs parents qui parfois ne se doutent de rien. Les femmes évitent de plus en plus de se déplacer avec leurs sacs de sorties et emballent l’argent dans des sacs de jute pour ne pas attirer la curiosité. Ce procédé non plus ne les rassure pas totalement, fait remarquer Solange Ahounou qui, elle, a dû batailler dur pour ne pas se faire arracher son sac de jute dans lequel elle avait placé 500.000 FCFA, à l’heure du laitier au carrefour d’un quartier résidentiel sous l’œil indifférent des agents de sécurité et de quelques passants. "Le comble, déplore–t-elle, est que la solidarité a foutu le camp, les gens ont peur d’être la cible de ces hors-la-loi". Consciente de cette montée de la criminalité, la Police nationale a récemment prescrit quelques mesures de sécurité aux détenteurs de véhicules. Ces règles, dénommées affectueusement "les dix commandements de la sécurité", ont rencontré l’enthousiasme des Béninois qui s’attèlent à les mémoriser. Entre autres mesures, il est demandé à tout citoyen qui possède un véhicule ou qui est au volant d’un véhicule, de faire marquer au fer et à des endroits bien camouflés de son véhicule ses numéros d’immatriculation et de châssis. (Pana)
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