Il n’y a pas de doute : le développement d’un pays exige la mobilisation des intelligences de ses habitants. Ce à quoi il faut certainement ajouter des capitaux, à estimer à des milliards de nos francs. Sans oublier l’incontournable coût de la maintenance. Car ce qui est réalisé se doit d’être entretenu pour être frappé du sceau de la durabilité.
Le développement, selon une conception courante, ce sont des hommes qui mettent en œuvre la large et riche palette d’une expertise plurielle. Le développement, c’est aussi, pour nous, le déploiement de techniques et de technologies diverses, témoignant tout à la fois du génie créateur de l’homme et de la volonté de celui-ci d’allier progrès et modernité. Le développement, c’est enfin des montages financiers savants dans lesquels l’argent tient une place prépondérante.
Et nous en sommes venus à croire que sans ces ingrédients, en quantité et en qualité, jamais la mayonnaise du développement ne prendra dans nos pays. Pourtant, nous ne manquons pas d’hommes et de femmes, donc des cadres sortis des mêmes institutions de formation et nantis des mêmes qualifications que leurs collègues qui font le développement dans les pays qui gagnent. Qu’on ne nous dise surtout pas, comme certains ont pu se l’autoriser, que l’intelligence prend un coup de soleil sous nos latitudes tropicales.
La vérité, c’est que le développement tombe en panne, dès lors que l’on choisit de s’exclure de son propre développement. Il ne reste plus qu’à assumer courageusement, toute honte bue, son destin de mendiant, sillonnant le monde à la quête de l’argent des autres. Idem pour les techniques et les technologies. C’est la ruée de grands enfants en mal d’occupations plus honnêtes sur des gadgets. Parce que nous nous sommes fait des consommateurs impénitents et invétérés, des importateurs nets de tout : de l’expertise en location, sous la forme de l’assistance technique à l’usine clé en main. En somme du prêt à consommer quand on n’est pas prêt à penser.
Affirmons- le comme un article de foi : cette conception du développement est fausse. Elle n’a ni socle de base ni épaisseur ni profondeur. C’est un objet volant non identifié et qui a tôt fait, tel un météore, de traverser, sans laisser de traces, le ciel de nos illusions et de nos chimères. On ne peut s’y accrocher sans signer son arrêt de mort.
Et si la vie, donc le développement, est à chercher et à trouver dans des démarches plus simples, dans des options moins compliquées, dans des décisions plus pragmatiques parce que inspirées par nos réels besoins. Quelques exemples glanés ici et là dans notre vie quotidienne montrent pourtant bien qu’il n’est pas nécessaire que nous nous fassions des élèves studieux et dociles, enchaînés comme des wagons à des centres extérieurs d’initiative et de décision.
Cotonou, notre capitale économique, aurait pu se compter parmi les cités les plus polluées d’Afrique. La qualité douteuse du carburant, l’état de vétusté avancé du matériel roulant, l’explosion du parc des taxis motos, expliquent pour l’essentiel cette atteinte grave à notre environnement avec des nuisances de toute nature, dommageables aux êtres et aux choses. N’aviez-vous pas remarqué une nette amélioration depuis que nous avons eu l’intelligence de sortir progressivement de la circulation les deux roues à deux temps ? Ce type d’engins est remplacé par d’autres à quatre temps qui ont le net avantage d’une combustion complète du carburant. On certifiera que nous n’avons pas eu besoin d’aller en stage à Paris ou en recyclage à Londres pour commencer à inventer des solutions à un mal qui, jusque là, sévissait à l’état endémique.
L’organisation non gouvernementale « Espace Vie » vient tout juste de boucler trois journées d’information et de démonstration sur les multiples applications de l’énergie solaire. Les populations témoin ont compris que la nature a doté nos pays d’une source énergétique durable et inépuisable pouvant nous aider, si la volonté politique de le faire était clairement et fermement affirmée, à prendre une option décisive pour notre développement.
Il est vrai que quand nous affichons l’ambition de nous doter de grosses unités thermoélectriques, genre turbine à gaz, nous pensons peu à ces solutions alternatives qui mettent en nos mains l’essentiel des leviers de commande. Il eut été plus logique, avant d’opter pour ces technologies sophistiquées, de procéder à l’inventaire de ce que nous pouvons faire sur place par nous-mêmes et pour nous-mêmes. C’est un peu l’option du pavé contre celle du bitume en termes d’avantages comparatifs. Sinon, on s’appauvrit à enrichir les autres, on s’affaiblit à renforcer les autres.
Les moustiquaires imprégnées, vous connaissez ? C’est actuellement l’une de nos armes favorites contre le fléau que constitue la pandémie du paludisme. L’option n’est pas mauvaise. Mais nous avons le sentiment de nous attaquer aux conséquences d’un mal plutôt qu’à sa cause. La moustiquaire me protège, certes, contre le moustique, mais laisse intacte, en amont la question de la destruction de l’agent du paludisme. Le colonisateur français qui s’est fait le souci de mettre en place une politique plus rigoureuse de salubrité publique à travers ses agents d’hygiène, procédait à la destruction systématique de tout foyer en relation avec le mal. Il n’y a pas de honte à copier une formule qui marche, car ce qui gagne est universel et appartient à tous.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 5 octobre 2007
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