mercredi 17 octobre 2007 par Loccidental
Ils sont sans doute nombreux les électeurs qui se disent aujourd’hui déçus, dépités, par ce qu’est devenu le pouvoir qu’ils ont “ confié ”, en 2000, à l’ancien président du Front populaire ivoirien Fpi. Toutes ces voix qui ont fait de lui le président de la République et toutes ces mains nues, dont certaines ont été tranchées, qui ont mené le combat de la résistance, sont-elles prêtes à reconduire l’homme fort d’Abidjan au Palais présidentiel du Plateau, cœur du pouvoir d’Etat ? La question n’aurait évidemment pas été posée, si, en dépit des difficultés du moment, Laurent Gbagbo avait su rassurer les électeurs ivoiriens sur sa gestion du pouvoir. Une gestion souvent ambiguë et aux approches parfois surprenantes, déroutantes, révoltantes ! Le soldat a failli La guerre déclenchée en Côte d’Ivoire par le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (Mpci), rebaptisée Forces nouvelles, le 19 septembre 2002, dans sa tentative de prendre le pouvoir par les armes, a été lourde de conséquences. Des hommes égorgés comme des moutons, des femmes enceintes éventrées, des enfants amputés, exode massif de populations marquées à jamais, du nord vers le sud, ayant perdu biens et emplois. Laurent Gbagbo qui aujourd’hui s’associe aux auteurs de ces crimes amnistiés, devra courageusement assumer, surtout avec honnêteté et responsabilité, les conséquences de cette guerre aux fondements creux. En effet, quand les Ivoiriens choisissaient en 2000, Laurent Gbagbo comme président de la République, il lui confiaient ainsi et par la même occasion l’avenir et le devenir de ce pays. Il ont vu en lui, l’homme qui pourrait leur apporter le progrès et le bonheur. Mais surtout, ils ont tous cru que c’était “ le soldat ” capable de mettre le pays à l’abri de toute attaque, d’où qu’elle provienne. Laurent Gbagbo, lui-même, s’est engagé à répondre à toutes les attentes des Ivoiriens qui ont placé en lui leur confiance. Après seulement deux (2) ans de règne, Gbagbo a failli à son devoir de protection de la nation. Il n’a pas su trouver les meilleurs instruments pour la défense du pays. Résultat : guerre et division du pays en deux. A qui le président de la République, garant de la défense nationale, voudrait-il que les Ivoiriens s’en prennent ? Quand vous confiez la clé de votre maison à votre frère et qu’un voleur y pénètre pour commettre un forfait parce que votre frangin a oublié de la fermer, à qui devez-vous vous en prendre ? Au voleur ou à votre frère ? La culture de l’impunité Les Ivoiriens reprochent donc à Laurent Gbagbo de n’avoir pas réussi à préserver le pays de cette déchirure et l’en tienne pour responsable. C’est pourquoi, aucun crédit n’est accordé à ceux qui gèrent le pouvoir et se cachent derrière le fait que s’il n’y avait pas eu la guerre, Gbagbo aurait fait de cette terre un jardin d’Eden. Cela n’est pas une excuse, dans la seule et simple mesure où en dépit de la guerre, le train de vie de l’Etat est resté le même. Ces animateurs (directeur de l’Administration, ministres, jeunes patriotes) aujourd’hui possèdent des stations d’essence partout à Abidjan, gèrent des affaires personnelles sur le dos de l’Etat, construisent des châteaux et des bunkers à donner le vertige, se partagent les deniers publics en toute impunité, narguant la misère en sirotant des coupes de champagne. La pauvreté gagne du terrain dans le pays de Laurent Gbagbo. Se nourrir, se loger, se soigner, se vêtir, se déplacer sont les combats quotidiens de la survie que les Ivoiriens livrent contre eux-mêmes. Gagnées par la désillusion, les populations ivoiriennes n’attendent peut-être plus grand chose des “ refondateurs ”. Des populations, à Abidjan et même à l’intérieur du pays, se sont dressées contre Gbagbo, il y quelques semaines, en exprimant leur indignation du fait de la cherté de la vie. Ce qui déçoit plus que jamais les Ivoiriens, c’est la culture de l’impunité qui entoure la gestion du pouvoir d’Etat. Au moment où les Ivoiriens s’interrogeaient sur leur sort, sous un ciel rendu incertain par une classe politique mal inspirée et cupide, des déchets toxiques sont déversés, en grande quantité, à Abidjan. On a enregistré des pertes en vie humaine. Les regards profondément marqués qui sont tournés vers le chef de l’Etat, n’ont rencontré aucun réconfort. Des proches de Gbagbo, dont les responsabilités ont été reconnues, n’ont pas été inquiétés. Le président de la République, dans une attitude de défiance à donner carte blanche à ses hommes qui sont tous demeurés à leurs postes. Le dossier sale de détournements dans la filière café cacao, la scabreuse affaire de faux dollars où des membres de l’entourage du chef de l’Etat sont cités, sont traités avec la plus grande légèreté. Pourquoi laisse-t-il faire alors que toutes ces malversations jettent un discrédit sur son pouvoir ? On tient donc rigueur à Gbagbo qui donne l’impression d’avoir des frayeurs quand il s’agit pour lui de lever le bâton contre “ ses ” hommes coupables dans des dossiers qui ne font point honneur au clan présidentiel. Il est clair que Gbagbo qui veut aller vite aux élections parce que sûr de les gagner, est dans de beaux draps. Il lui appartient, en effet, de regagner la confiance des Ivoiriens et de montrer qu’il n’est nullement impliqué dans les malversations de nature à souiller l’image du pays qu’il incarne. Réussira-t-il vraiment à dissiper toute ces pensées négatives des électeurs ivoiriens dont beaucoup ont juré déjà de le sanctionner à travers les urnes ?
Alain BOUABRE
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