| | Le mot d’ordre lancé par le collectif des boulangers aura été suivi à la lettre par les boulangers à Cotonou. Lancée pour durer 72 heures, leur grève aura privé les populations béninoises de ce produit de première nécessité qu’est le pain. Nulle part dans la ville, il n’était possible de trouver ce produit du samedi au lundi dernier. Mais chose curieuse, de nombreuses boulangeries, bien qu’ayant ouvert leurs portes hier, n’ont pas cru devoir fabriquer le pain destiné à la grande consommation. Selon El Hadj Mam de la pâtisserie ‘’Le pain doré’’ sise à Houéyiho, les fournisseurs que sont les boulangers ne lui ont pas livré la quantité habituelle. « Leur livraison est restée bien en deçà de la quantité habituelle» se désole-t-il, le visage déprimé du fait des nombreux clients qui défilent devant le bac à pains sans pouvoir y trouver le produit de leur désir. Au niveau des autres pâtisseries et même les salons de thé, le constat est le même. Le pain a été livré, mais en quantité très insuffisante. Déjà à onze heure, explique un tenancier de pâtisserie à Kouhounou, mon stock de pains s’est épuisé. Mes démarches pour m’en procurer davantage sont restées infructueuses. Il a fallu que je rappelle à plusieurs reprises mon fournisseur avant qu’il ne m’explique qu’il n’en dispose plus, puisque n’ayant pas produit en quantité suffisante. Du côté des boulangers, motus et bouche cousue pour la plupart. Ceux qui ont choisi de délier leur langue expliquent avec force détails que les 72 heures de grève n’ont guère préoccupé les autorités gouvernementales qui feignent de ne pas comprendre l’enjeu de la situation. « Avant de lancer une autre motion de grève, précise Ramanou, le gérant de la Boulangerie St Daniel, nous diminuerons progressivement la quantité de notre production journalière jusqu’à ce que le besoin des consommateurs se fasse vivace et sans possibilité de satisfaction. « Ce n’est qu’après cela que la grève proprement dite va s’installer » avertit-il. Pour ce quadragénaire dont la boulangerie n’a même pas ouvert ses portes, il est temps que le gouvernement leur vienne au secours, puisque selon lui, continuer de produire le pain au coût actuel serait suicidaire pour les boulangers. Il précise par ailleurs que si sa boulangerie ne fonctionne pas, ce n’est pas une prorogation de la grève, mais plutôt un choix délibéré de la Direction générale. A l’en croire, beaucoup de boulangeries ont profité de cette crise pour procéder à la maintenance de leurs machines. Des explications des boulangers rencontrés, qui n’ont accepté se confier à nous qu’au prix de l’anonymat, on retient essentiellement que le mot d’ordre de grève est certes levé, mais la menace plane toujours sur les populations, la nouvelle trouvaille étant désormais la réduction du coefficient de production jusqu’à concurrence d’un seuil critique avant de lancer d’autres hostilités. Nul doute que les prochains jours réservent de nombreuses surprises pour les consommateurs de pains. Pour l’heure, les vendeurs de pains sucrés, salés ou de seigles, importés des pays voisins se frottent les mains, les Béninois retrouvent peu à peu le réflexe de penser à eux. | |