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« Je veux le changement »

« Yayi Boni nous a promis le changement. Il s’emploie à le faire arriver. Le changement, c’est donc pour bientôt. » Voilà, sans caricature, l’état d’esprit dans lequel se sont mis la plupart de nos compatriotes. Les uns et les autres se pensent dans le hall d’attente du changement. Les uns et les autres attendent le changement comme l’on attend un train dans une gare, partagés entre crainte et espoir, impatience et assurance.

Un train qu’on croit chargé de bonnes choses, des choses destinées à changer la vie de milliers de gens jusqu’ici acculés à la misère. Un train dont on voit l’entrée en gare comme le signe avant coureur d’une ère de bonheur, chacun attendant d’être comblé à la hauteur de ses vœux et de ses rêves pour que tout soit désormais pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Il faut en convenir, le mot changement a une charge magique sans pareille. Il exerce sur les esprits une immense force d’attraction. Mais si tout le monde peut sentir au plus profond de lui ce que le mot éveille et évoque, il n’est pas sûr que tout le monde sache bien ce que le mot signifie, ce que le mot veut dire, au-delà d’une simple définition sémantique.

[Suite:]

La bibliographie nationale s’est enrichie la semaine dernière de plusieurs livres et ouvrages, écrits par des Béninois, touchant à des points d’intérêt divers. L’un de ces ouvrages s’est intéressé plus particulièrement au changement. Les auteurs, Thomas Boya et Jérôme Carlos, avec un titre aussi engagé qu’engageant comme « Je veux le changement », ont essayé de faire le tour du concept, l’ambition affirmée étant de l’arracher au destin d’un simple slogan ou au sort d’un alibi politicien, d’en restituer la richesse et la profondeur.

Un tel ouvrage, désormais disponible, est à découvrir. Il propose, autour du concept de changement, de provoquer la rencontre des esprits, moins pour qu’ils se joignent afin d’en cerner intellectuellement le sens, que pour l’inscrire dans nos vies comme un principe de vie, un principe qui aide à changer de vie et à changer sa vie.

Le changement est universel. Il affecte les êtres et les choses sur toute la surface de la terre. Personne ne peut y échapper. Personne ne peut s’y opposer. C’est en cela que nous sommes tous des mutants. Rien, en effet, autour de nous et en nous n’est fixe, n’est immobile. Tout bouge, tout évolue. Mais tout être humain, pris dans le tourbillon de ce mouvement universel, peut au moins s’arrêter pour se poser la question suivante : faut-il subir le changement, en se livrant en aveugle au destin qui vous entraîne, pour parodier Racine ou faut-il choisir de maîtriser, de contrôler le changement en s’appliquant à découvrir la loi qui préside à tout changement ?

C’est à cette équation fondamentale que tient l’ouvrage « Je veux le changement », Thomas Boya et Jérôme Carlos ayant fait l’option de faire découvrir au lecteur la loi du changement. Et c’est parce qu’on ne connaît pas cette loi qu’on a tôt fait d’assimiler le changement à un phénomène qui survient par hasard ou qui tient du miracle, un phénomène qui sanctionne un processus obscur, inexpliqué et inexplicable, un phénomène qui relève de l’action de forces invisibles et ésotériques.

C’est la connaissance d’une telle loi qui nous révèle que chacun de nous a le pouvoir et la capacité absolue d’être l’agent de son propre changement, qu’il peut se rendre apte à changer tout autour de lui, sa famille, sa vie, la vie de son quartier, de son entreprise, de son établissement scolaire, de son pays, de son continent, du vaste monde.

Quand on a ainsi compris les choses, on ne peut plus continuer de raisonner comme un tambour en soutenant que Boni Yayi va faire arriver le changement. Si cela se passait ainsi, aussi automatique et aussi mécanique comme passe une lettre à la poste, il ne resterait plus qu’à attendre le paradis sur terre douillettement vautré dans sa chaise ou paresseusement étendu à l’ombre de ses utopies et de ses chimères.

De même que, comme l’a dit l’historien Burkinabé Joseph Ki-Zerbo « On ne développe pas, mais on se développe », de même nul ne peut changer quoi que ce soit, s’il ne s’était pas imposé la discipline préalable de changer lui-même. Car seuls les Béninois qui auront d’abord changé dans leur tête, à travers les pensées et les idées qu’ils entretiennent dans leur esprit, seuls ces Béninois là peuvent accéder au statut privilégié d’agents du changement sur le chantier du Bénin, notre pays.

« Je veux le changement », c’est l’effort de perception d’un Bénin, d’une Afrique qui gagne, par delà la grisaille du quotidien, par delà la misère et la pauvreté qu’on ne saurait tenir pour l’horizon définitif et indépassable de notre pays ; par delà nos contre-performances qui ne devraient pas nous cacher cependant nos progrès ou tout au moins la volonté de nous arracher au destin de feuilles mortes, choses inutiles qu’emporte le vent.

« Je veux le changement », c’est, enfin, un acte de foi en l’avenir brillant du Bénin, de l’Afrique. Le changement, parce que compris, est rendu désirable, enviable. Il est saisi dans la nécessité pour tous de ranger définitivement au vestiaire ou au garage des accessoires le mot « impossible ». C’est vrai qu’on accouche de l’avenir dans les souffrances et les douleurs d’un difficile enfantement. Mais cela ne doit pas nous cacher l’évidence, à savoir que le Bénin change, à savoir que le Bénin changera.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 2 novembre 2007

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