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30/10/2007

Le partenariat A.C.P. - U.E. à l'épreuve des accords de partenariats économiques (A.P.E),

 
par l'Ambassadeur Saliou CISSE*

A l'approche des  échéances  programmées de leur  signature et de leur entrée en vigueur le 1er janvier 2008, il est compréhensible que pratiquement, tout le monde  parle  des  Accords de  Partenariat  Economique  (A.P.E.) en cours de négociations entre l'Union Européenne (U.E.) et le groupe des pays    d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (A.C.P.). Ce   grand  débat, animé surtout par la société civile et les organisations socioprofessionnelles des pays   A.C.P. s'explique, sans nul doute, par l'importance de  leur coopération avec  la Communauté européenne mais surtout  par l'impact que ces accords pourraient  avoir sur  leur  processus de développement économique et social.

L' Europe a 27 Etats  membres aujourd'hui, est  forte de plus 455 millions d'habitants et est,  avec ses, environ, 10 000 milliards d'euros de richesses soit près du quart des richesses du  monde et plus de 50 % de la coopération mondiale, une véritable puissance économique et commerciale. Elle reste le plus grand partenaire des pays A.C.P.

C'est  en  raison des enjeux de ces accords qu'il  m'a  paru important de rappeler quelques repères  permettant de bien cerner les tenants et aboutissants du  nouveau cadre  commercial qui va être mis en place. Et des perspectives qu'il pourrait ouvrir pour les économies des pays A.C.P.

Je le fais sans prétention aucune ; seulement  en  puisant  dans  mes  modestes  connaissances et expériences acquises au cours de la mission d'Ambassadeur  du Sénégal à  Bruxelles auprès de  l'Union Européenne qui m'avait été confiée durant quatre années. C'est dans cette période d'ailleurs qu'ont été lancées les négociations pour la mise en place des A.P.E.

Il faut, tout d'abord, savoir que, dès le début, l'acceptation du principe de réciprocité dans les échanges commerciaux que pose ces accords n'a pas été facile pour les A.C.P. Pour certains observateurs, c'est surtout  le rapport de force en leur désavantage et un certain réalisme  qui  ont  amené ces derniers au  consensus de s'engager dans des négociations des  A.P.E.,   consensus qualifié dans cet esprit de « pragmatisme  fataliste ». Beaucoup d'entre  les  A.C.P. étaient déjà réservés, sinon sceptiques, sur l'impact positif des futurs accords  sur  leurs  économies. Ils  prévoyaient  plutôt  des  effets  négatifs.

Le  cadre juridique qui porte les  A.P.E. est l'Accord  de  Partenariat A.C.P - U.E. signé à Cotonou au Bénin le 23 Juin 2000 pour une durée de 20 ans. Ce nouveau cadre général de la coopération U.E - A.C.P. est intervenu après l'évaluation du bilan des 25 ans de mise en oeuvre des accords de Lomé.

Ce  bilan a  été estimé  comme étant  bien en  deçà  des  objectifs visés, plutôt décevant par rapport aux ambitions européennes de soutenir le développement économique et social  des  pays  A.C.P.  La  pauvreté  s'était  en  effet  plutôt aggravée dans les nations concernées.  C'est sûrement pour cette raison que juste   après la signature de l'Accord de Cotonou,  l'ancien  Commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire, l'exigeant Paul NIELSON a cru devoir déclarer que «  l'Accord  de  Cotonou  sera  au  service  des  plus pauvres ».
        
Dans la capitale béninoise, cinq  préoccupations et objectifs ont fondé l'engagement des partenaires :
-        L'élargissement de la coopération au domaine politique, le renforcement du dialogue en vue de l'instauration d'un environnement propre à la stabilité, au respect des droits de l'homme, des principes de démocratie de l'Etat de droit et de la bonne gestion des affaires publiques ;

-        La  réforme des instruments  européens  de  financement de la coopération ;

-        L'approche participative, c'est-à-dire, l'inclusion de nouveaux acteurs dans l'élaboration et la mise en œuvre des programmes de coopération ;

-        L'éradication de la pauvreté ;

-        et  la  mise  en place d'un nouveau  cadre commercial sous la forme d'Accords de partenariat économique (A.P.E.).

Pourquoi   et  que  sont  les  Accords   de   partenariat  économique  est indiscutablement    la    première question à laquelle il convient de répondre dans cette réflexion.

Dans  l'Accord de Cotonou, il est stipulé en son  article 36 que « les parties conviennent de conclure de nouveaux accords commerciaux compatibles avec  les règles de l'Organisation mondiale du Commerce (O.M.C) en supprimant progressivement les entraves aux échanges entre elles et en renforçant la coopération dans tous les domaines en rapport avec le commerce ».

A  cet  effet, il est indiqué que les nouveaux accords commerciaux devront  permettre  la  promotion de l'intégration  progressive et harmonieuse des Etats  A.C.P. dans l'économie mondiale et leur participation active aux négociations commerciales multilatérales. Ces accords  qui  tiendront compte  des différents besoins et niveaux de développement  des pays et régions A.C.P. seront, est-il précisé, négociés au cours de la période préparatoire qui se terminera le 31 décembre 2007 au plus tard.
        
Les négociations seront aussi flexibles que possible en ce qui concerne la  fixation d'une  période de  transition d'une durée suffisante, la couverture finale  des produits compte-tenu des secteurs sensibles et le degré d'asymétrie en  termes de  calendrier de démantèlement  tarifaire tout en restant conforme aux règles de l'O.M.C. en vigueur à cette date.

En clair, il s'agit d'adapter les échanges commerciaux  A.C.P. - U.E. aux  dispositions de   l'O.M.C., d'aboutir, ce  faisant, à des accords de libre-échange.

A  l'analyse des dispositions et objectifs que voilà, l'on peut admettre  que, dans  le  contexte  mondial actuel, ceux  qui s'inquiètent  dans les pays A.C.P quant à la mise en place des A.P.E. ne jouent pas à se faire peur.

Ces accords  vont  se  traduire, à terme, par  l'introduction du principe de réciprocité et la suppression des préférences commerciales non réciproques que  l'U.E. accorde  aux  A.C.P.  Les  pays A.C.P. vont devoir, à leur tour, ouvrir  progressivement leurs marchés fragiles aux produits européens.

Même  si l'on tient compte de la promesse d'une aide  financière pour compenser  les  coûts  de cette ouverture, les  A.C.P., compte-tenu de la faiblesse de leurs capacités, éprouveront, à  n'en pas douter, des difficultés sérieuses dans les négociations des  A.P.E., et pour soutenir une concurrence   avec  les  produits  des  pays   développés  ou  émergents. Par  exemple, la    CEDEAO peine, on le sait, à présenter une étude d'impact fiable des A.P.E sur l'économie de ses membres et le processus d'intégration ouest-africain.
        
Pour  négocier efficacement, il faut, en effet pouvoir estimer, même si ce n'est  pas  de  façon  précise, le niveau de chute  des  revenus et  taxes douaniers, les effets sur les appareils de  production, la compétitivité des produits des pays A.C.P., etc.

Par ailleurs l'O.M.C. qui n'arrive pas à boucler le « cycle de Doha » laisse, en réalité, en l'état actuel des choses, une marge relativement mince à la mise en place d'accords régionaux dérogatoires des règles générales de démantèlement  tarifaire. Ceci, si on se réfère notamment à la « clause de la nation la plus favorisée ». L'O.M.C., par les conditions qu'elle pose à cet égard n'est pas particulièrement   favorable aux exceptions sur la couverture des produits, même « sensibles » ,et sur les délais de mise en place de ces accords, etc.

Alors quelles perspectives pour le Partenariat A.C.P. - U.E. ?

Manifestement, il sera difficile de maintenir, avec les A.P.E.,  les acquis qu'ont  les pays A.C.P. dans leur partenariat avec l'Union Européenne. Pour autant, une remise en cause de ce partenariat ne paraît pas pensable. En effet,  s'il n'a pas atteint les objectifs fixés, il reste d'une grande importance pour les  A.C.P. qui en tirent de considérables avantages.

C'est   sûrement la  raison pour laquelle les A.P.E. sont dénoncés généralement, non pas en tant que principe, mais sous leur forme actuelle.

Au  reste, il ne faudrait  pas perdre de vue que les A.C.P. ont signé le traité de l'O.M.C.  à  Marrakech en 1994 et accepté en 2000 à Cotonou le principe du nouveau cadre commercial. Il leur faut donc se soumettre la règle « Pacta sunt servanda ».

Il  s'y  ajoute qu'un refus de négocier des A.P.E. pourrait entraîner, pour les  A.C.P., des  sanctions  pouvant  prendre diverses formes et se traduire par des manques à gagner non négligeables. En effet, les subventions octroyées par  l'U.E. à travers le Fonds Européen de Développement (F.E.D.) sont assez consistantes. En plus de ces subventions, il faut compter les autres instruments ou mesures en faveur du développement des pays A.C.P. : initiatives « tout sauf    les  armes »,  traitement  spécial et différencié  en  faveur des économies très  vulnérables, les facilités d'investissement, les programmes dans le secteur de l'eau, l'assistance au secteur privé, etc.

Au    cours  de  la  première phase des négociations des  A.P.E., les partenaires de l'U.E. ont beaucoup insisté sur la dimension économique des  A.P.E. en demandant des ressources  supplémentaires à ce qui est déjà acquis. Pour vendre, il faut, en effet, produire  et faire circuler les productions.

Les A.C.P. et l'U.E. pourront-ils,  en se concertant et en  collaborant comme ils s'y étaient  engagés à Cotonou, dans le cadre des négociations multilatérales à l'O.M.C., obtenir des dérogations leur permettant de conserver ou d'améliorer leurs acquis en termes d'accès aux marchés européens tout en protégeant leurs économies vulnérables ?
 
Rien  n'est moins sûr mais cela reste possible si tous les acteurs font preuve de  volonté politique et d'un esprit de solidarité et d'équité dans ces négociations multilatérales.


*L'Ambassadeur Saliou CISSE est professeur de « diplomatie », « géopolitique » et « gestion des crises à ESSPRI. Il peut être joint à saliou.cisse@laposte.net.        
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Tag(s) : #EDITORIAL
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