Boni Yayi face au cartel des hypocrites
22 novembre 2007
Au cinéma, les films s’achèvent le plus souvent par la disparition des chefs du gang. Mais dans la réalité béninoise, l’implacable lutte contre la corruption pourrait bien connaître l’épilogue sanctionné par la victoire du shérif sans que la pègre ne soit véritablement décimée. Contrairement à la vague de soutiens observée après la marche verte du chef de l’Etat, la question de la levée de l’immunité de 2 députés soupçonnés de prévarication et de malversations à la Société Béninoise d’Energie Electrique (Sbee) n’a toujours pas réveillé les vieux réflexes d’appui à l’assainissement des finances publiques.
Plus d’une semaine après les révélations troublantes du conseil des ministres sur le crime économique à la Sbee, plus d’une semaine après la volonté manifeste du gouvernement d’engager des poursuites judiciaires contre des membres de la famille cauri, des membres protégés par l’immunité parlementaire, les marcheurs semblent rebelles à accompagner le chef de l’Etat dont le pragmatisme éclatant devient dérangeant. Dans la galerie des hypocrites, le doute s’est finalement installé, la débandade est en gestation dans le rang de la cohorte de corrompus qui ont tenté de récupérer et de pervertir les marches par infiltration. Tous ont fini par se rendre à l’évidence que malgré leurs élans simiesques, avec Boni Yayi, l’équilibre politique ne se trouvera plus cimenté par des échanges de privilèges contre un soutien politique ou une quelconque allégeance.
Sinon pourquoi, excepté la Renaissance du Bénin de Rosine Vieyra Soglo, les partis politiques se réclamant de la mouvance présidentielle se murent-ils dans un mutisme entouré d’une gangue opaque ? Pourquoi ce refus de s’afficher à l’heure du passage à l’acte ? Ce silence à l’allure de complicité s’apparente, à mon avis, à une tentative d’étouffement de l’action engagée par le chef de l’Etat, la preuve que des thuriféraires prévaricateurs de l’économie sont frileux au passage aux sanctions. En clair, la conscience que l’irréversibilité de la lutte contre la corruption peut générer un lourd impact sur le parcours politique rencogne la cohorte de marchands d’illusions dans l’ambiguïté. Dans un environnement politique où la transparence a été longtemps assommée et la loyauté réprimée, Boni Yayi vient semer la révolution de la gouvernance vertueuse.
L’activité économique et la gestion de la chose publique étant elles-mêmes à l’image de la réalité politique, l’opacité et la fourberie ont accouché de vols, concussions, détournements, escroquerie, gangstérisme ; la visibilité de la corruption est incommensurable et le pays dégage une forte odeur de soufre.
Boni Yayi dont la reine des priorités est de faire du Bénin un pays émergent n’a pas d’autre choix que d’afficher sa détermination à démanteler les réseaux mafieux. L’analyse institutionnelle de la corruption fournit des indications sur des remèdes à apporter et Boni Yayi semble sur le bon chemin en optant pour la promotion des valeurs, une plus grande transparence et l’obligation de rendre compte, une stratégie qui devrait lui permettre d’amorcer un cercle vertueux favorisant développement et amélioration de la gouvernance. Seulement, à l’heure de la vérité, les hypocrites embusqués dans la horde de partis soutenant le chef de l’Etat, ces hypocrites diablement enfouis dans la dérobade hésitent à s’afficher et à accompagner le docteur Boni Yayi. La phase pratique de la lutte contre la corruption est curieusement douloureuse pour les chantres de l’éthique aux mains paradoxalement sales. Mais Boni Yayi n’a visiblement pas de souci à se faire. Il ne lui reste qu’à écouter la voix de la Nation, une nation qui l’a plébiscité en mars 2006, cette même nation qui réclame la punition des pilleurs du patrimoine national.
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