PREPARER L'AVENEMENT D'UNE ERE NOUVELLE POUR LE PEUPLE NOIR
Par ADIADEN
Par ADIADEN
1 - Notre incapacité, nous autres africains et les Noirs du monde entier dans leur ensemble, à trouver des solutions aux nombreux problèmes qui nous assiègent est à la hauteur du désordre de tous ordres qui caractérise nos assemblées. Mais si nous admettons que ces assemblées eux-mêmes sont le reflet de la somme des individus qui les composent, l'opinion précédente se trouve pleinement justifiée.
2 - Cela fait bien longtemps que j'assiste à de nombreuses rencontres et débats organisés par de nombreux réseaux associatifs africains ou qui se réclament comme tels. Toutes ces réunions, sans exception, sont organisées autour des thèmes de « développement de l'Afrique », de « l'aide à l'Afrique » ou de « solidarité avec l'Afrique », « de changements démocratiques », et très récemment, un nouveau thème à la mode, « le rôle de la diaspora dans le développement de l'Afrique », etc. Ce qui sous attend également le thème du « co-développement ». Bien évidemment, c'est l'état de l'Afrique et la capacité de ses enfants à se mobiliser qui imposent ce genre thème.
3 - Or, qu'est-ce qui se passe dans ces réunions ? En général, tous les intervenants pérorent sur la « pauvreté » de l'Afrique, la « mauvaise « gouvernance », les responsabilités des uns et des autres – occident et dirigeants africains. Puis on s'en va, les uns satisfaits d'avoir dit leur opinion, les autres frustrés de n'avoir rien appris de nouveau, en attendant une prochaine réunion, pour entendre le même son de cloche.
4 - C'est ici que commence l'ennui. Chaque fois j'en sors avec cette impression du déjà entendu, d'avoir perdu mon temps, car au bout du compte, ces rencontres deviennent des murs de lamentations à l'africaine. Il n'y a rien de plus navrant que d'aller chercher quelque chose et de retourner à la maison insatisfait, parce que les mains vides et la soif encore plus incandescente. Pourquoi donc, nous autres africains, il nous semble congénitalement impossible, de passer de poésie à la révolte et de la parole à l'action ? Peut-être faudrait-il que chacun de nous se posent une simple question : comment, après avoir entendu tous ces cris de désespoir et tout ce discours sur la condition de l'Homme africain pour ne pas dire de l'Homme Noir, je peux transformer ces larmes en éclats de rire, cette fureur contenue en actions positives et concrètes ?
5- Car, voyez-vous, il y a quelque chose de très important que je remarque dans ces rencontres : tous les participants – conférenciers et auditeurs - sont unanimement d'accord sur tout ce qui est dit. C'est-à-dire qu'il n'y a pas à discuter sur l'extrême détresse du peuple Noir ni sur les responsables de ce crime sans nom, le long, le plus universel et le plus massif de toute l'histoire de l'humanité.
6 - Mon propos n'est cependant pas de dire que, puisque tout le monde est d'accord, il faut cesser de se lamenter. Non ! Loin de là, ce n'est nullement pas mon intention. Bien au contraire, il faut en parler en tout moment, en tout lieu et en tout temps afin que cette mémoire expérimentale, fondamentale et essentielle de notre histoire ne puisse jamais disparaître. Parce que notre souffrance est grande comme le temps et l'espace qui l'accompagne, il faut même pousser le cri de la complainte jusqu'aux confins de l'univers. La mémoire de cette souffrance doit accompagner toutes les générations, parce que toutes les générations en porteront la marque indélébile – qu'on pense seulement aux expressions qui ne s'appliquent qu'aux Noirs (anciens esclaves, anciens colonisés, métissages) – et il est alors naturel et essentiel que jusqu'à la fin des temps, chacun prenne conscience que nous sommes et que nous serons parceque nous avons été.
7 - Toutefois, et c'est ici l'objet de ma réflexion, cette conscience doit désormais se traduire en actions. Nos discours doivent désormais s'illustrer par des actes qui visent à mettre fin définitivement à tous les maux que nous dénonçons dans nos rencontres et dans nos discussions privées. Qu'est-ce qui nous empêche de le faire ? Aujourd'hui, nous avons des outils nécessaires pour agir véritablement. Pour utiliser un langage imagé, je dirais que nous sommes des malades qui disposent d'un stock de médicaments nécessaires à notre guérison, mais que ce qu'il nous faut, est de savoir en prendre des doses savamment mesurées pour nous remettre définitivement de nos maux. Dans ce cas, c'est donc une question de méthode ou de dosage auquel chacun doit s'astreindre. Nul n'aimerait tomber malade, mais lorsque la maladie nous affecte, il faut bien se soigner.
8 - Dans cette réflexion, j'essaie ainsi de dégager une méthode adéquate qui s'articule en quatre étapes. D'ailleurs, vous vous rendrez compte très vite que toutes ces étapes ont été franchies. Il n'y a pas de démarches nouvelles à faire pour défricher le terrain. Le plus lourd a été fait. Le plus grand travail à faire est le travail sur soi, le travail d'autodiscipline pour avaler un médicament amer pour beaucoup d'entre nous. La voici donc l'ordonnance que je propose !
La cohérence
1 - Dans tous les débats concernant l'Afrique, quand bien même il n'y a aucun rapport, la conclusion que je peux résumer ainsi est souvent vite tirée sans l'ombre de contradiction : l'Afrique est « le mouroir de tous les espoirs » et les responsables de cette hécatombe méthodiquement pensée sont nos dirigeants et leurs donneurs d'ordres occidentaux. Ce résumé d'une vision de l'Afrique nihiliste avec ses bourreaux impitoyables est indiscutable. Tout le monde s'accorde pour dire que ces deux entités sont la source originelle de nos malheurs qui abreuve et nous assomme sans discontinuer de toutes les calamités du monde.
2 - Mais une fois ce constat fait, ce qui déçoit, c'est que nos débateurs ne proposent rien d'autres que nous tourner vers nos bourreaux pour leur demander l'aumône, une fois encore. Ici chacun peut comprendre la limite de l'action des africains : car, si même pour les quelques projets qui peuvent être proposés lors de ces rencontres, au lieu d'inventer les moyens autonomes de les mettre en œuvre, les débateurs ont toujours cette naïveté enfantine de dire : « nous allons les soumettre à nos dirigeants » ou encore « nous allons solliciter les partenaires étrangers », comment pouvons-nous faire un pas de plus dans nos veines tentatives de conquérir notre liberté ?
3 - Quelle manque de cohérence entre le discours et les actes ! Qui ne voit pas là, la médiocrité de toute notre entreprise ? Si nous pensons réellement que les dirigeants africains sont un problème pour notre continent, que leurs donneurs d'ordres occidentaux sont le virus mortel de nos peuples, la logique d'un combat cohérent voudrait que qu'on s'occupe de ces gens. Nous ne pouvons pas, d'un côté dire que nous connaissons les gens qui sont à l'origine de nos maux et, de l'autre vouloir leur confier le sort de notre destin. N'est-il pas évident pour nous que, si un malade confie ses médicaments à son empoisonneur, c'est qu'il cherche tout simplement son propre suicide ? Et comment donc l'empoisonneur se priverait-il de ce délicieux privilège ? N'est-ce pas sa raison d'être ? Il s'en donnera à coeur joie parce qu'il aura la vie offerte sur un plateau avec l'assentiment volontaire de sa victime bien consentante.
4 - Nous devons donc être cohérents avec nous-mêmes. Nous connaissons tous nos maux par cœurs. Nous connaissons intimement les auteurs de nos malheurs. Il me semble alors, pour des gens dotés d'un minimum d'intelligence et de logique élémentaires, qu'il faille vraiment s'attaquer frontalement à la racine même du mal. La lutte doit être ouverte et sans détour. Ce qui devrait nous préoccuper, ce sont les formes et les stratégies de cette lutte sans complaisance. J'y reviendrai plus loin. Mais avant d'en arriver à cette lutte, il faut dégager un minimum de priorités communes à tous les africains qui se battent pour le changement des choses et pour une Afrique nouvelle.
Les priorités
1 - Je viens de le dire plus haut, nous connaissons par cœur tous nos maux et tous nos bourreaux dans leur intimité. Et chaque mal qui compose la très longue liste de nos maux constitue tout autant un axe de combat contre nos tourments. Or, comme chacun le sait, ils sont très nombreux, nos tourments. Pour en avoir une idée précise, chaque aspect de la vie d'un africain est une somme de turpitudes sans nombre et sans précédent dans l'histoire de l'humanité.
2 - Et nous en sommes tellement conscients que, lorsque nous débattons, l'énumération des problèmes qui nous étranglent part dans tous les sens. Cela donne une certaine impression de désordre dans la suite de nos idées mais c'est la traduction fidèle même de notre trouble intérieur ! Tellement nous sommes assaillis de toutes parts et demeurons en perpétuelle fuite ! C'est normal, parce que nous ressentons cette persécution continue et sans relâche nous poursuivre jusque dans nos derniers retranchements : la parole, les larmes et les lamentations. Elles deviennent décousues, désordonnées, dépourvues de sens, purs délires. Avez-vous vu quelqu'un de persécuté s'exprimer avec aisance et assurance ?
3 - Quand la langue semble décrochée, que le coeur veut exploser, que les forces vous abandonnent, que le monde vous habille de ses excréments, vous perdez le sens même de soi.
4 - Cependant, par rapport au travail déjà accompli dans la recherche, l'analyse et la compréhension de nos malheurs, nous ne devrions plus passer tout notre temps à ressasser nos peines. Nous sommes vaccinés maintenant ! Nous pouvons juste consacrer un temps limité à faire le rappel du cadre historique et passer à l'essentiel. C'est pourquoi je crois important le fait d'hiérarchiser les axes d'actions. Si vous êtes d'accord avec moi que chaque problème correspond à un axe de combat ou à une solution à trouver, cela revient à répertorier nos maux par priorité. Il est alors vital de se poser une simple question : quel est le problème le plus grave pour nous ? Quel est le suivant ? Et ainsi de suite. Je crois que ce sont les bonnes questions à se poser préalablement à toute action. Car, en se posant les bonnes questions, la moitié de la solution est déjà trouvée. L'enjeu ici est de savoir, par où on commence pour trouver une solution à un problème aussi complexe que la question du peuple Noir.
C'est seulement une fois l'identification est faite et que le plus grand nombre d'entre-nous l'admettent, que le combat peut commencer. Mais qui va procéder à cette identification ?
Les organisations efficaces.
1 - Comme pour les précédentes étapes, à ce niveau le travail a également été fait en partie. Reste simplement à le rendre plus efficient et plus fructueux.
2- Depuis le début du 20ème siècle, le peuple Noir a commencé par se réveiller, peu à peu d'un long sommeil léthargique. Il a lentement déchiré l'énorme voile obscure qui lui bandait les yeux. Il a péniblement déposé le lourd fardeau blanc qui lui courbait l'échine et engourdissait ses muscles.
3 - Les quinze dernières années du 20ème siècle ont été des années d'un réveil à la vitesse exponentielle pour les africains et les Noirs dans l'ensemble. Elles ont vu naître une flopée d'organisations associatives, coopératives, politiques ... qui, dans leur objet global, portent l'Afrique au cœur même de leurs préoccupations premières. Les peuples africains, partout dans le monde, ont peu à peu élargi les horizons et découvert l'aube brillante et étincelante qu'on leur empêchait de voir depuis si longtemps.
4 – Aujourd'hui, nous avons décidé de marcher pour toucher de nos mains cette aube rédemptrice. Car, s'appuyant sur le même constat que j'ai résumé plus haut, chacune de nos organisations justifie son existence et ses actions. Nous nous positionnons sur presque tous les axes de notre combat. C'est-à-dire que chacune de ces organisations, selon son expérience, sa spécialité, ses capacités, ses sensibilités, ... s'est faite un devoir de s'occuper de tel problème plutôt que de tel autre. C'est normal et c'est très bien. La multitude des calamités qui affectent l'Afrique exige une multitude de thérapies et d'intervenants ! L'ennui est que le moribond ne se rétablit ni ne se meurt une fois pour toute mais continue de gémir sans pouvoir rendre le dernier souffle !
5 - Devrions-nous en conclure que ces intervenants sont des sadiques qui font tout pour maintenir le malade « Afrique » dans son état d'extrême souffrance pour légitimer leur propre raison d'être ? Que parceque sadiques, cela les amuse et leur procure jouissance ?
6 - Je ne crois pas ! Du moins du côté des africains. Ces organisations méritent toutes d'exister puisqu'elles ont franchi les premières étapes de prise de conscience et d'analyse de fond des problèmes. Aujourd'hui cependant, elles doivent reconnaître leurs limites chacune et accepter de modifier leur façon de fonctionner.
7 - Chers Africains, faisons l'effort d'appliquer à nous-mêmes d'abord, pour donner l'exemple de ce que nous sommes capables de faire, ce que nous exigeons des autres. Ce que je demande ici aux organisations associatives et autres fondées et dirigées par les africains et les Noirs en général, c'est désormais, de rechercher l'unité, la coopération, le partenariat. N'est-ce pas ce que nous reprochons à nos dirigeants de ne pas faire ? Faisons-le alors pour montrer que c'est possible. Si nous ne pouvons pas le faire, c'est que nous sommes comme eux et qu'à leur place nous ferions peut-être pire !
8 – L'absence d'autodiscipline, l'incapacité de cultiver le consensus, le culte du surmoi et de l'ego ultra dimensionné, ce sont là quelques-uns des verrous mentaux et psychologiques qui emprisonnent beaucoup d'entre-nous nous dans une logique suicidaire et nous poussent à faire des choix sans issus et franchement ridicules.
9 - L'unité, la coopération et le partenariat procèdent d'une toute autre logique : celle de la nécessité vitale même. Autrement dit, il faut vraiment prendre conscience de son existence pour exister et, par conséquent, protéger et perpétuer la vie. Or, l'existence et la vie sont le contraire de la dissociation, la division et la dispersion qui finissent naturellement par la dissolution complète et l'anéantissement total.
10 – Prendre conscience de sa propre existence c'est réaliser le sens même de la vie, la mission suprême de toute existence qui a un sens : réaliser que l'autre existe. Se rendre compte que tout est lié. Comprendre que la vie est un courant continu qu'il faut entretenir, protéger et perpétuer à travers les existences. Savoir que lorsque vous portez atteinte à la vie, c'est tout ce courant continu que vous désorganisez, c'est votre propre existence à laquelle vous mettez fin. C'est dire que, comme n'importe quel organe animal, minéral ou végétal, vous n'avez aucune conscience de votre propre existence, encore moins de la vie. Vous êtes l'ennemi de la vie. Est-ce cela que vous êtes ou que vous voulez être ?
11 – Donc, pour exister et vivre, l'unité, la coopération et le partenariat sont un impératif. Mais l'unité, la coopération et le partenariat ne se décrètent pas, surtout pas chez les gens qui n'ont pas encore pris conscience de leur existence et de la nécessité de la perpétuer . Cela passe par le dialogue. Et en dialoguant, on se rend compte qu'on peut se rendre des services mutuellement et supprimer ainsi les pertes inutiles de temps et de ressources. Pour ce faire, nos organisations doivent initier des rencontres à plusieurs pour débattre et identifier les priorités ainsi que de décider la mutualisation des moyens et des forces.
12 – Nous devons bâtir un cadre à travers lequel un maximum d'africains se reconnaissent pour agir assemble. Comment se fait-il que par exemple, pour ne parler que de l'actualité, les Noirs ne donnent pas leur avis sur les initiatives qui sont prises en leur nom en matières de co-développement, d'immigration choisie et autres ? Comment se fait-il que par exemple, il y a chaque jour des Noirs qui sont bafoués dans leurs droits et leur dignité sans qu'une moindre protestation soit entendue ?
13 - Nous aimerions agir car cela nous fait très mal et parfois même nous donne la rage. Nous avons fulminé et poussé un grand cri destructeur. Mais notre impuissance nous ramène à notre réalité : nous connaissons tous la réponse n'est-ce pas ? Nous n'avons aucune organisation représentative, efficace pouvant parler en notre nom. Nous n'avons aucun cadre source d'ordres impératifs pouvant mobiliser d'un simple éternuement, une nuée de forces surgissant le soleil déchirant les derniers brouillards du matin, autour d'un projet, d'une initiative, d'une action jugés essentiels pour un seul ou une multitude d'entre-nous ?
14 – Notre réalité, c'est que notre condition nous cantonne dans une posture de survie et dans une conscience de survivants. Alors, nous vivons cachés. Nous agissons déguisés. Et au passage, pour survivre un jour de plus, nous ne nous interdisons pas les petites trahisons.
15 – L'organisation efficace – l'unité, la coopération, le partenariat – est le contraire de cette résignation qui nous assigne à demeure !
16 - Croyez-vous que c'est un impossible de le faire ? Pensez-vous que c'est demander l'impossible de te demander toi lecteur de rechercher l'unité, la coopération et le partenariat avec ton plus proche voisin Noir ? Si tu le penses, si vous le pensez, il faut relire les point 7 et 8 de cette partie… Essayons-nous à la pratique.
Les actions
1 - La cohérence dans notre raisonnement nous a sûrement conduit à nous poser de bonnes questions. Et les bonnes questions nous ont permis d'identifier nos priorités. C'est tout naturellement que nous nous sommes dotés des moyens adéquats pour mener à bien nos priorités. C'est l'organisation efficace qui sera le centre des actions réussies.
2 - Mais quelles sont ces actions que nous allons mener ensemble demain ? Nous suivrons les priorités que nous avons identifiées. Ici, il faut que le lecteur me comprenne bien : je ne suis pas entrain de dire que nous allons nous retrouver autour d'un projet tous à la fois, le mener jusqu'à son terme avant d'en entamer un autre !
3 – Je ne suis pas non plus entrain de demander la disparition de toutes les organisations au profit d'une seule. Non seulement cela est impossible dans la pratique mais ce n'est pas souhaitable stratégiquement. Ce que je préconise, c'est que dans l'esprit d'unité, de coopération et de partenariat, chaque organisation peut garder son autonomie ou sa spécificité si elle ne souhaite se dissoudre dans une autre, nouvelle ou existante. Mais elle peut déléguer ou accepter la délégation des tâches au profit des autres et agir comme si chacune de ces dernières était sa propre extension de domaine ou de compétence. L'organisation efficace, c'est un cadre d'échange, de concertation, de décision, d'exécution ... que les acteurs bien élevés et conscients de leur mission décident de mettre en place en tout conscience. Il s'agit d'un aménagement d'un nouvel esprit et espace d'action. Il s'agit aussi d'envisager un nouveau paradigme de vision qui va nécessairement bouleverser les habitudes, les comportements et les postures.
4 – Dans ce nouvel esprit et espace sous ce nouveau paradigme, nous allons alors travailler à des projets différents mais qui convergent vers un résultat commun : ce qui nous permet en fait de nous partager les tâches et les moyens, de gagner du temps et de progresser vite. Je m'en vais donner un exemple : si nous pouvons trouver que la priorité des priorités est de résoudre les problèmes politiques et décider que nous devons lutter de toutes nos forces contre les régimes africains et les systèmes néocolonialistes dont ils sont les créatures. Dans ce cas, cela ne signifie pas que tous les acteurs des changements africains et Noirs doivent faire la politique. Bien au contraire, ce serait même une erreur fatale. Mais tous les acteurs peuvent se mettre en réseaux et coordinations pour que chaque action menée dans quelque domaine que ce soit, conduise à fournir les moyens de lutte contre ces deux entités mortelles pour nos peuples.
5 – Cela vaut pour toutes les actions prioritaires. Si c'est un problème qui est mis en tête de liste, tous les autres viennent simultanément derrière, comme en ordre de bataille, pour lui prêter mains fortes.
6 - C'est tout un processus qui doit conduire à la victoire finale. Tous les processus sont menés dans ce seul but, de conduire au succès total. Cela signifie, en réalité, que ce succès ultime sera la somme totale des succès de tous les projets et cations de chaque organisation unitaire, coopératrice et partenaire. Et chacun trouvera ainsi son compte grâce à cette action collective bien coordonnée.
7 - Vous le voyez bien, c'est ici que les rencontres et le dialogue qui doivent avoir lieu en vue de provoquer la prise de conscience de la nécessité de l'unité, de la coopération et du partenariat jouent un rôle crucial : celui de mettre de l'ordre dans nos idées et de faire des choix prioritaires et donc, nécessairement stratégiques.
8 - Je suis toujours amusé mais aussi effaré d'entendre des intervenants africains déclarer, dans ces réunions auxquelles j'assiste : « pour moi, le seul problème en Afrique est politique » ou alors, « pour moi, le seul problème en Afrique est économique » ou encore, « le problème en Afrique, c'est l'éducation », etc. Bien souvent d'ailleurs les débats entre ces opinions sur l'importance ordinale de ces problèmes sont tellement âpres qu'ils tournent aux disputes. Car pour les uns et pour les autres, il suffirait de trouver une solution aux problèmes qu'ils ont identifiés pour que les Noirs guérissent de leur malédiction éternelle ! C'est qu'en réalité ces gens se placent uniquement sur le terrain de leurs propres expériences ou spécialités. Et que les verrous mentaux et psychologiques les empêchent d'écouter les autres qui peuvent eux aussi avoir raison.
9 - Mais au fond d'eux-mêmes, chacun sait que nos problèmes sont méga multiples et qu'une seule solution ne suffirait pas. Nous savons pertinemment tous, que nul n'a la solution magique. Nous savons également que si toutes les solutions ne se valent pas, toutes s'additionnent. C'est peut-être même la plus négligeable de toutes, qui bien souvent constitue le chaînon fort de toutes les jointures de l'édifice. Sans elle, ce denier s'écroulera.
11 – Dites-moi, entre-nous : qui, entre nos aînés chantres de la « négritude » et la « tigritude » a plus raisin que l'autre ? Celui qui chante et sublime sa « négritude » ou celui qui comme un tigre exhibe au grand jour l'éclat de sa beauté. Je pense qu'ils ont tous raison et qu'il fallait que tous existent et expriment ces vérités. En fait, comme d'habitude, on a cherché a opposé deux ordres promis qui se mariaient parfaitement : lorsque les premiers cherchent passionnément à prouver au monde notre humanité primordiale, leurs frères les rappellent à l'autre essentiel : « nous sommes des hommes, beau et fier, c'est tout. Plus besoin de le clamer, imposons cette vérité au besoin ». Ne trouvez-vous pas que ce que nous faisons, est l'extension du débat primordial qui eut lieu justement au début de notre réveil ?
12 - Il est heureux, cependant, que la démarche qui nous a conduit à la formation d'un organisation efficace, ce cadre centre de toutes nos actions, nous a en même temps permis de faire sauter les verrous mentaux et psychologiques qui constituaient une sorte de résistance suicidaire nous barrant la voie au changement et au progrès. Or, qui ne progresse pas recule irrésistiblement pour finir dans un ravin au milieu des crottes de chien et d'autres ordures.
13 – Progresser ! Progresser justement, voilà un de mes bien aimés, comme liberté, justice, etc. Laissez-moi vous faire partager ma compréhension de ce mot. Progresser c'est, pour moi, considérer qu'à ma situation actuelle, qu'à mon statut actuel, je ne suis pas plus haut que le plancher du globe. Dès lors, comme tout être humain doué d'un minimum de sens, je ne dois cesser d'élargir ma base. Voilà pourquoi, chaque jour, je cherche à ouvrir les nouvelles dimensions à ma conscience. Que chaque instant, j'essaie de pousser au plus loin possible les limites et les frontières de mes facultés. Qu'à tout moment mon souci est de percer les espaces afin de conquérir d'autres mondes.
14 – Progresser c'est aller très loin, c'est abolir toutes les limites et étendre sa matrice : ma Mère n'est pas Mère. Elle est la mère du monde comme toutes les Mères sont mes Mères. Tous les mondes sont ma terre et je suis de toutes les terres. Nul ne peut me l'empêcher sous peine de lui livrer un combat fatal. Tous les Hommes sont mes Frères parce que je suis le Frère de tous les Hommes. Voilà l'idée que je me fais du progrès.
15 – Les esprits bornés se moqueront de moi, je sais. Ils diront, mais où la place du confort matériel dans son idée de progrès ? Les techniques et les technologies, il ne connaît pas ? C'est une question absurde qui ne mérite pas d'être discutée ! Car, comprenez bien, quand j'aurais conquis ces dimensions, ...
16 – Progresser, pour moi, c'est se mouvoir, agir, lutter. S'arrêter c'est mourir. Mais lorsque j'appelle au mouvement, à la lutte, à l'action ou au combat, je n'appelle pas nécessairement aux armes et à la guerre. Seuls les esprits simples me prêteront cette intention. Même si la lutte armée peut être une nécessité ultime, ce n'est pas forcément le geste primordial pour la libération de nos peuples. Il y a une infinité de gestes, d'actions et de stratégies qui aboutiraient plus rapidement et plus en douceur, à la victoire finale, sans effusion inutile d'une goûte de sang précieux. C'est l'organisation qui les déterminera.
17 – Simplement il faut prendre conscience, que la première lutte et la seule féroce qui en vaille la peine, est la lutte contre nous-mêmes : nos peurs, nos lâchetés et nos postures indignes. Notre absence d'autodiscipline, notre incapacité de cultiver le consensus, notre culte du surmoi et notre l'ego ultra dimensionné. Le jour où chacun de nous vaincra la moitié de ces ennemis personnels, nous aurons remporté toutes les victoires.
18 – Laissez-moi terminer en rappelant qu'il ne nous reste qu'une chose à faire, vous et moi, sans plus tarder : choisir entre l'action libératrice et la soumission avilissante. L'avènement d'une ère nouvelle radicalement différente et divinement prometteur pour nous, en tant que peuple et humanité, est à ce prix. Il n'y a pas une troisième voie possible, sauf peut-être le suicide conscient. Or, même dans ce cas, il intervient comme un choix brave et éclairé.
Fraternellement vôtre.
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