M. Bush recevra M. Umaru Yar'Adua à la Maison-Blanche le 13 décembre.
Washington - La visite, le 13 décembre, du président de la République fédérale du Nigéria, M. Umaru Yar'Adua, à Washington représente le début d'une « nouvelle relation » marquée par un rapprochement entre ce grand État de l'Afrique de l'Ouest et les États-Unis dans un nombre considérable de domaines.
Le sous-secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines, M. Todd Moss, s'est entretenu, le 10 décembre, avec l'USINFO de l'éventail des relations américano-nigérianes et des thèmes qui seraient abordés durant la visite de M. Yar'Adua.
« Les problèmes » qui ont surgi lors de la récente élection présidentielle au Nigéria, « ont provoqué une pause dans nos relations étroites », a d'abord expliqué M. Moss. Ces relations avaient été « très solides » pendant la présidence de M. Olusegun Obasanjo, qui a duré de 1999 jusqu'au début de 2007. C'est en avril de cette année que M. Yar'Adua a pris sa succession, à l'issue d'élections que le responsable américain a qualifées d'« entachées de graves irrégularités ».
La conduite de ces élections « nous a fait réfléchir sérieusement à la qualité de nos relations. Nous avons exprimé nos inquiétudes aux Nigérians (...) et clairement énoncé ce que nous attendions d'eux. Je suis heureux de pouvoir dire que, jusqu'à présent, toutes nos attentes ont été satisfaites. »
Celles-ci, a indiqué M. Moss, consistaient notamment à faire en sorte que les tribunaux électoraux qui examinaient le scrutin « soient libres de faire leur travail à l'abri de toute pression politique ». En conséquence directe de cette liberté, « nous avons déjà vu plusieurs postes de gouverneur changer de main. Nous n'avons relevé aucun indice d'ingérence politique de la part de l'exécutif dans le travail de ces tribunaux ou dans les procédures judiciaires. Nous pensons que tout cela se déroule en ce moment de façon très positive. Nous souhaitons que cela continue. »
Selon le responsable du département d'État, les États-Unis et le Nigéria procèdent actuellement à un échange de visites dans le cadre duquel s'inscrit la venue du président Yar'Adua à la Maison-Blanche.
« Le président Yar'Adua était d'abord venu à New York pour assister à l'Assemblée générale des Nations unies. M. John Negroponte (secrétaire d'État adjoint) et Mme Jendayi Frazer (secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines) viennent de rentrer d'Abuja ; à présent, M. Yar'Adua a été invité à la Maison-Blanche. Nous pensons que cela représente le début de notre nouvelle relation qui marquera un rapprochement dans tout un éventail de dossiers d'intérêt mutuel. »
Certes, a déclaré M. Moss, le Nigéria « devra sans aucun doute réparer son mécanisme électoral défaillant » à temps pour le prochain cycle électoral.
Dans le cadre de cette révision, « un comité de réforme électorale très compétent et digne de confiance a été créé. Il vient tout juste d'entamer ses travaux mais, vu sa composition, il ne chercha certainement pas à étouffer l'affaire, car c'est un groupe très sérieux. » Selon M. Moss, les États-Unis « s'en réjouissent vivement et examineront de près les résultats de ses travaux ».
M. Yar'Adua, lors de son arrivée au pouvoir, « a reconnu que sa légitimité pouvait être mise en doute. Son style de direction a été, jusqu'ici, très participatif et de nature, nous pensons, à restaurer la légitimité du gouvernement. Le président a également clairement indiqué que si les tribunaux se prononçaient contre lui, il se retirerait. »
L'un des gouverneurs dont l'élection a été invalidée n'est autre que le gendre de M. Yar'Adua. Selon M. Moss, les États-Unis n'ont rien observé qui laisse à penser que le président ait tenté quoi que ce soit pour empêcher l'annulation des résultats de cette élection. « Il a permis que cette procédure se fasse, ce qui montre qu'il essaie réellement de respecter l'équilibre des pouvoirs au sein du gouvernement nigérian et de laisser le judiciaire faire son travail sans ingérence de la part de l'exécutif. »
Tout en collaborant avec les pouvoirs publics nigérians sur de nombreux fronts, les États-Unis souhaiteraient voir des progrès s'accomplir dans trois domaines cruciaux : primo, la lutte contre la corruption ; secundo, la refonte du budget de l'État, notamment des réformes économiques approfondies, allant jusqu'au niveau des États fédérés ; tertio, le problème prioritaire entre tous du delta du Niger.
« Il faut que le Nigéria règle les problèmes du delta du Niger », a souligné le haut responsable américain. « On voit des signes très favorables selon lesquels le président Yar'Adua comprend l'importance cruciale de ce dossier et prend actuellement des mesures pour s'y attaquer, mais nous voudrions que ce soit plus que de simples expédients : il nous faut une vraie stratégie en place, afin de stabiliser le delta et de commencer à en promouvoir le développement. Nous sommes disposés à aider les Nigérians sur ce plan dans toute la mesure du possible. »
Le Soudan et la Somalie sont également à l'ordre du jour de l'entretien à la Maison-Blanche, principalement dans le domaine de l'affectation de soldats nigérians de maintien de la paix dans ces deux pays.
M. Moss a qualifié le Nigéria d'État pivot « absolument essentiel pour l'avenir de l'Afrique de l'Ouest et, en fait, de toute l'Afrique. Il faut que les États-Unis entretiennent avec ce pays de bonnes relations. Nous avons trop d'intérêts imbriqués pour ne pas avoir des relations très solides. Il s'agit évidemment de la sécurité énergétique, mais cela va encore bien plus loin : le Nigéria est la la pièce vraiment maîtresse du maintien de la paix en Afrique. Il représente le principal atout en matière de sécurité régionale et un partenaire de premier plan des États-Unis en vue de parer à toute une gamme de menaces transnationales : le terrorisme, le trafic de stupéfiants, les maladies infectieuses. Nous devons nous entendre avec les pouvoirs publics nigérians afin de faire face à toutes ces menaces. »
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