LACRYMOGÈNE
Lettre à mon Président3 janvier 2008
par Brice HOUSSOU
Une fois n’est pas coutume. Je voudrais donc, plutôt qu’un éditorial dans son style ordinaire, saisir l’opportunité du début de la nouvelle année et de ces colonnes, pour adresser une lettre à mon Président , au Président de la République, Boni Yayi. Il me plait en effet de saisir cette occasion de la première parution de l’année du Quotidien Fraternité pour présenter au chef de l’Etat les vœux du Directeur de publication et lui dire certaines choses que pensent et disent tout bas certains de ses compatriotes, des réflexions que beaucoup mènent tout bas et n’arrivent pas à exprimer tout haut, des faits et des choses que ses collaborateurs se refusent ou n’ont pas le courage de lui dire.
Une fois n’est pas coutume. Je voudrais donc, plutôt qu’un éditorial dans son style ordinaire, saisir l’opportunité du début de la nouvelle année et de ces colonnes, pour adresser une lettre à mon Président , au Président de la République, Boni Yayi. Il me plait en effet de saisir cette occasion de la première parution de l’année du Quotidien Fraternité pour présenter au chef de l’Etat les vœux du Directeur de publication et lui dire certaines choses que pensent et disent tout bas certains de ses compatriotes, des réflexions que beaucoup mènent tout bas et n’arrivent pas à exprimer tout haut, des faits et des choses que ses collaborateurs se refusent ou n’ont pas le courage de lui dire.
Monsieur le Président Boni Yayi, vous avez présenté à l’orée de la nouvelle année vos bons vœux à vos compatriotes. A l’occasion, vous avez surtout dit que 2008 sera l’année de la réalisation des grands espoirs du peuple, une année bénie ! Que Dieu l’entende ! Vos compatriotes, les Béninois ne veulent que cela. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils vous ont élu à la magistrature suprême, à leur grande majorité. 35% au premier tour puis 75% au second tour. Vous n’aurez aucune excuse en cas d’échec. Voilà pourquoi vos compatriotes se mobilisent pour vous soutenir, pour soutenir toutes vos initiatives en faveur du développement du pays. Certains le disent : vous êtes partout à la fois, sur tous les fronts ; vous donnez l’impression d’être même pressé, car, tout urge. Tout est priorité, dans ce pays qui compte parmi les plus pauvres du monde mais qui se veut émergent. Vous avez le mérite d’avoir assaini les finances. Seulement, cela ne doit pas être au détriment de la bonne santé financière des entreprises qui créent la richesse et l’emploi. Vous avez lancé un vaste chantier d’octroi de crédits et de micro crédits aux plus pauvres. Cela permet à la petite bonne dame du quartier ou du village le plus reculé de faire une petite activité génératrice de revenus. Seulement, avez-vous demandé une vraie évaluation de cette initiative par des services parallèles ? Quelles mesures incitatives sont déjà proposées aux jeunes entrepreneurs ? Quelles facilités fiscales sont faites aux entreprises ?
Il est vrai que nos villes commencent à changer d’aspect, Cotonou en est un bel exemple. Cela est à inscrir au crédit du gouvernement. Mais, il faut éviter à tout prix qu’il ne se développe au sein de l’opinion, la même expression, sous le mandat de Soglo, où tout en reconnaissant le formidable travail qu’il faisait, certains se demandaient quand même "Allons-nous manger des pavés ?". Voilà pourquoi, Monsieur le Président, vous devez surtout donner une priorité au panier de la ménagère. La hausse des prix des produits de première nécessité qui se constate depuis quelques mois pourrait ternir les bonnes œuvres que vous accomplissez.
Je parlais tantôt de certains de vos compatriotes qui se mobilisent pour vous soutenir à travers marches et meetings. Ces marches ! Parlons en ! Il y en a tellement eu que cela finit par enlever à l’événement son caractère sérieux et sincère. A vrai dire Monsieur le Président, nombre de ces marches qui sont montrées à grand renfort de publicité à la télévision sont du pur folklore. Elles sont organisées non pas par des gens qui ont le vrai souci de vous soutenir, mais par des personnes qui n’ont que le souci de se faire voir par vous, des personnes qui ont le souci de se montrer comme étant de la majorité afin d’en tirer des profits matériels. Le drame, c’est lorsque ce sont surtout des mouvanciers d’hier, des gens qui ont été les grands chantres du gouvernement de Kérékou, des gens qui ont contribué à piller le pays et dont certains ont même cherché en son temps à réviser la constitution pour empêcher l’alternance démocratique, qui sont aujourd’hui au devant des cortèges de marche. La majorité présidentielle actuelle est un véritable panier à crabes.
Justement, vous devriez éviter de vous laisser induire en erreur comme ce fut le cas pour Nicéphore Soglo. Voilà un vrai économiste comme vous, que les œuvres des courtisans ont conduit droit dans le mur électoral en 1996. Vous par contre, donnez l’impression d’être un parfait dosage de Kérékou et de Soglo : rusé politicien et travailleur développeur. Vous n’avez donc pas droit à l’erreur. Certains de vos compatriotes pensent en effet que vous donnez l’impression d’aimer qu’on vous adule. Et certains courtisans semblent faire le jeu. Il n’y a rien de plus dangeureux pour vous et pour le changement.
Le changement ainsi se passe sans opposition politique officiellement déclarée. Bien entendu, cela n’est pas de votre faute, si aucun parti n’a le courage de se déclarer dans l’opposition. Cela pourrait peut être se comprendre par la similitude des projets de société de la plupart de vos concurrents à la présidentielle d’avec le vôtre. Il y a aussi peut être comme raison le fait que personne n’aime plus faire la traversée du désert. Mais il y a aussi que certains partis et leaders politiques disent n’attendre que le décret d’application par vous de la loi sur le statut de l’opposition. Autrement dit et selon eux, vous constituerez, le blocage à l’existence d’une opposition officielle. Vous savez donc désormais ce qui vous reste à faire pour montrer votre bonne foi dont je ne doute point.
Après cela, vous devez également contribuer à redonner à la presse toute sa notoriété. Le déclassement que nous avons subi de la part de Reporters sans frontière n’est pas à l’actif de la démocratie béninoise. C’est mauvais que ce soit sous votre présidence. Les arrestations et surtout les gardes à vue de journalistes au début de votre mandat en sont pour quelque chose. Alors que les lois en vigueur l’interdisent. Nous sommes heureux de constater que cela ne continue plus et vous encourageons à œuvrer dans ce sens. Et pour appuyer ceci, l’enveloppe des trois cents millions d’aide annuelle à la presse pourrait être portée à un milliard. En tout cas, c’est ce que veulent les professionnels des médias dont je suis par ailleurs le Président. Je retrouve au passage ici ma casquette de porte-parole des professionnels des médias pour vous le dire de Président à Président.
Voilà, Monsieur le Président les quelques points que j’ai voulu soumettre à votre attention et votre analyse. Je n’ai pas la prétention d’avoir soulevé ici tous les sujets qui brûlent dans le cœur de vos compatriotes, car, tellement il y en a. Ce n’est que partie remise.
Mes bons vœux vous accompagnent pour la nouvelle année, vous et tout votre gouvernement.
Lettre à mon Président
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