La rébellion annonce avoir pris Adré, dans l'Est. Un représentant des rebelles a annoncé dimanche en fin de journée la prise d'Adré, à la frontière du Soudan, alors que l'armée tchadienne avait annoncé plus tôt avoir repoussé leur attaque. "Les rebelles sont venus du Soudan voisin", a indiqué un observateur dans l'est du Tchad. Selon le préfet d'Adré, "les rebelles sont soutenus par des hélicoptères soudanais et des Antonov de l'armée soudanaise", mais cette information n'a fait l'objet d'aucune confirmation. Le Soudan a nié toute implication dans les combats au Tchad. "Ce qui se passe au Tchad est une affaire interne et nous n'avons rien à y voir. Nous souhaitons que la situation se calme dans ce pays et continuer à avoir des relations de bon voisinage" , a déclaré le ministre d'Etat aux affaires étrangères. Un porte-parole de l'UFDD (rebelles) a également nié que les rebelles aient reçu un soutien militaire du Soudan pour attaquer Adré : "Nos forces ont attaqué Adré sans l'aide de personne", a-t-il dit.
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Selon des témoins, le grand marché de N'Djamena et la radio nationale tchadienne ont été détruits. "Le marché public a été en partie incendié dans la matinée à la suite d'un tir d'obus d'un hélicoptère (de l'armée tchadienne) visant des rebelles, a déclaré un témoin. La foule est revenue pour piller tout le marché.". La radio a été détruite, pillée par la foule, selon un autre témoin.
Les rebelles, après avoir été jusqu'aux abords de la présidence samedi, s'étaient retirés dans la soirée dans le nord de la capitale. Ils ont reproduit le même scénario dimanche, menant des incursions ponctuelles contre l'armée retranchée dans le centre-ville autour du palais présidentiel, avant de se replier.
De nombreux blessés civils. Les combats ont fait plusieurs centaines de blessés, essentiellement des civils touchés par des "balles perdues", a estimé dimanche l'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF). Une équipe de MSF travaillant dans un hôpital de la capitale tchadienne a accueilli sur la seule journée de samedi 48 blessés dont "seulement un combattant", a précisé à l'AFP Isabelle Defourny, responsable de programmes MSF au Tchad. Mais un autre hôpital a dénombré environ 200 blessés, selon des informations transmises à MSF par la Croix-Rouge tchadienne. MSF souligne que cet établissement est complètement démuni de moyens, "sans médecin ni chirurgien". Selon des témoins tchadiens et européens, les affrontements de samedi ont fait de nombreuses victimes. Aucun bilan officiel n'a été diffusé.
Déby refuse l'évacuation proposée par Paris, qui retire ses chasseurs Mirage. La France a proposé dès vendredi soir à Idriss Déby de le faire sortir du Tchad s'il considérait sa vie en danger, mais le président tchadien a refusé, a-t-on appris dimanche de source proche de l'Elysée. "Cette proposition d'aide est toujours valable", a-t-on précisé de même source.
Depuis vendredi soir, le président Nicolas Sarkozy a tenu deux réunions de crise avec les ministres de la défense, Hervé Morin, et des affaires étrangères, Bernard Kouchner, mais aucune déclaration politique n'est venue de l'Elysée. Lors de ces entretiens, "nous avons souhaité bien sûr qu'il y ait une trêve, qu'il y ait des négociations et qu'il y ait un arrangement, et nous maintenons cette ligne", a précisé M. Kouchner.
Sur le terrain, les six Mirage F1 de l'armée de l'air stationnés à N'Djamena ont quitté le Tchad dimanche matin "pour être mis à l'abri" des combats entre l'armée tchadienne et la rébellion, a indiqué l'état-major des armées à Paris. Samedi, ces avions français n'ont pas fait de sorties quand les rebelles sont entrés dans la ville et lors des affrontements qui ont opposé troupes gouvernementales et forces rebelles. Les six Mirage F1 étaient stationnés au Tchad dans la cadre du dispositif Epervier, maintenu dans ce pays par la France depuis 1986. Ils participaient notamment à des missions de renseignement au profit des forces gouvernementales tchadiennes.
L'armée française présente au Tchad dans le cadre du dispositif Epervier a été renforcée par 150 soldats venus de Libreville, ce qui porte ses effectifs sur place à 1 450. Paris et N'Djamena sont liés par des accords de défense de 1986 basés sur "l'intégrité territoriale du Tchad" .
Hervé Morin a assuré samedi soir sur France 3 que la France, liée au Tchad par un accord de coopération, gardait sa position de neutralité. "Nous continuons à rester neutres dans ce combat", a-t-il dit. "Je n'emploierais pas le mot neutre", a nuancé Bernard Kouchner sur France 2. "Nous soutenons le pouvoir, nous soutenons la légalité", a-t-il précisé. Paris appelle également à "l'apaisement et à la réconciliation" et apporte son "soutien à la médiation que vient d'engager l'Union africaine en ce sens".
L'UA a mandaté le président congolais, Denis Sassou Nguesso, et Mouammar Kadhafi, pour "trouver une solution négociée à la crise actuelle". Tripoli avait fait savoir dans la nuit que Mahamat Nouri, l'un des trois chefs de l'alliance rebelle, avait accepté une trêve, également demandée par Paris. Mais les rebelles ont nuancé leur position.
Le rapatriement des étrangers se poursuit. Depuis samedi soir, quelque 580 étrangers ont été évacués vers Libreville par des vols militaires français. Un Airbus A-310 avec 202 personnes à bord à quitté Libreville dimanche pour la France. Un second avions devait le suivre dans la soirée. 1 500 Français résident au Tchad, dont 85 % dans la capitale. Un des responsables de l'alliance des rebelles tchadiens a affirmé samedi à l'AFP que la rébellion respecterait "les normes internationales" sur la protection des étrangers, affirmant vouloir "rassurer tous les expatriés" .
Le déploiement de l'Eufor reste en suspens. Les ambassadeurs des 27 pays membres de l'UE se sont réunis dimanche à Bruxelles pour examiner la situation militaire à N'Djamena, sans toutefois arrêter de date sur l'envoi de la force européenne Eufor, a annoncé la présidence slovène de l'UE et des diplomates. "Nous suivons la situation avec beaucoup d'attention. Le Comité politique et de sécurité (PSC) refera à nouveau le point mardi", a indiqué une porte-parole européenne. Selon un diplomate de l'UE, le PSC n'a pris aucune décision. "Personne n'a remis en question l'envoi de la force de paix", a-t-il dit. Le déploiement de la force européenne Eufor est "suspendu jusqu'à mercredi", avait déclaré plus tôt le ministre de la défense, Hervé Morin.
La force européenne qui doit être déployée dans l'est du Tchad et en Centrafrique vise à protéger 450 000 réfugiés du Darfour soudanais et déplacés tchadiens et centrafricains.
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