THÈME DE CAMPAGNE À COTONOU
Les motos polluantes en première ligne des municipales 2008
8 février 2008 - FRATERNITE
par Angelo DOSSOUMOU
Thème central de la pré-campagne et probablement de la campagne en vue du contrôle de la mairie de Cotonou, les motos polluantes ont ravi la vedette aux habituels bilans et promesses électorales. Normal, les conducteurs de motos zémidjan et autres motocyclistes constituent un électorat non négligeable à Cotonou.
La rumeur du retrait des motos utilisant des moteurs à deux temps sur initiative gouvernementale et leur remplacement par celles à quatre temps a semé la psychose dans le rang des propriétaires de ces engins. Chuchotement à un client par ici, attroupement dans un lieu public pour échanger les dernières informations à ce sujet par là, chaque Zémidjan y va de sa méthode et de son commentaire. Le phénomène a carrément pris l’allure de propagande dans la capitale économique du Bénin. Les Zémidjan qui excellent dans l’exercice de la campagne de proximité sont malgré eux mis à contribution. La conquête de la plus grande ville à statut particulier du Bénin repose en partie sur la gestion de ce brûlant dossier et les politiciens en profitent pour faire pencher la balance de leur côté. Raoul, un Zémidjan utilisant un moteur à deux temps ne cache pas ses impressions : ``Le seul capital dont je dispose, c’est ma moto. C’est grâce à elle que je nourris ma famille. La formule en vogue actuellement quant au retrait de nos motos ne m’arrange pas ’’. Ces propos rencontrent l’assentiment général des Zémidjan qui en cette matinée du 1er février 2008 se sont regroupés devant le camp Guézo de Cotonou. Le gouvernement par l’intermédiaire du ministre des transports, Armand Zinzindohoué balaie du revers de la main, la rumeur qui n’a cessé d’enfler au fur et à mesure que l’on s’approche de l’échéance municipale. ``Le gouvernement n’a pas l’intention de retirer ou d’interdire la circulation des motos à moteur à deux temps. C’est de la pure intoxication’’ dénonce-t-il.
L’environnement victime de la politique
A l’origine de la rumeur, la volonté du gouvernement de réduire la pollution à Cotonou en optant pour une politique qui consiste à demander aux propriétaires de moto utilisant des moteurs à deux temps de volontairement les échanger contre une valeur de 100 000 Fcfa et une option de prêt pour l’achat d’une moto à moteur à quatre temps. Malgré l’assurance du pouvoir exécutif, l’inquiétude des populations est loin d’être rangée aux oubliettes. Conséquence, des séances de sensibilisation à l’endroit des Zémidjan, voire des meetings ponctués de sketchs se multiplient pour propager la nouvelle. La raison fondamentale, à en croire un membre du sérail politique du chef de l’Etat, Boni Yayi est d’éviter que la folle rumeur ait raison de la cote du pouvoir et de ses partisans qui seront positionnés à Cotonou. ``La vision du président quant à la lutte contre la pollution à Cotonou est une bonne chose. D’ailleurs, on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs. La politique de la réduction de la pollution à Cotonou en particulier et au Bénin en général doit être repensée et même la politique politicienne ne doit aucunement constituer un frein à sa mise en exécution’’ lâche un environnementaliste qui a requis l’anonymat. Déçu par l’allure que prend la question de la réduction de la pollution au Bénin, il déclare que rien ne vaut notre santé et celle des futures générations. Malheureusement, les Zémidjan ont leur mot à dire dans le dénouement des municipales de 2008 à Cotonou. Le Mouvement des Zémidjan pour un Bénin émergent (Mozebe), par la voix de son porte-parole, Bonaventure Ahichémin a déjà donné le ton de la force des hommes en jaune lors de l’installation officielle de son mouvement mardi dernier au Palais des congrès : ``Nous sommes conscients des conséquences de la fumée sur notre santé. Ce sont les opposants qui tordent le cou à la vision du chef de l’Etat et nous sommes prêts à le soutenir dans son ambition de faire du Bénin, un pays émergent’’. Dans le camp de l’actuel maire de Cotonou, Nicéphore Soglo et candidat à sa propre succession, les Zémidjan font plutôt l’objet d’un deal politique qui ne les arrange guère, encore moins les populations de Cotonou en général. ``C’est une fuite en avant du gouvernement. Il faut attaquer le mal à la racine. La fin de la pollution des motos à deux temps passe par l’éradication de la filière de l’essence frelatée, la reconversion des Zémidjan et les transports en commun’’ déclare un sympathisant du maire de Cotonou. Loin des divergences politiques, les propriétaires de motos polluantes se frottent quant à eux les mains de bénéficier encore des services de leurs engins. Mais, les conséquences de l’effet de la pollution de leurs motos sur l’environnement et la santé des populations restent malheureusement entières.
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)