La candidature de Houngbédji
12 mars 2008
Adrien Houngbédji candidat dans le 4ème arrondissement de Cotonou. Comme en 2002, le leader du Parti du renouveau démocratique (Prd) s’emballe dans la course municipale. Mais cette fois-ci, l’ancien président de l’Assemblée nationale et candidat malheureux à la présidentielle de 2006 abandonne Porto-Novo et se loge dans le groupe de Cotonou. D’une capitale à une autre, la balade arc-en-ciel remue le climat politique sous le vieux poulpe coloré de son leader énigmatique. Et une question se montre persistante : Que veut Adrien Houngbédji ?
Le président du Prd n’est sans doute pas né de la dernière pluie inondant le monde politique. Représentant légendaire de la vieille garde, il a engrangé de longues expériences et le statut de faiseur de roi qui a maculé son parcours politique devrait être perçu comme un fortifiant et une source d’inspiration dans ses choix. La présence de Houngbédji sur la liste Prd à Cotonou est tout, sauf gratuite. Cela s’inscrit dans une stratégie d’endiguement de la poussée Fcbe dans la plus grande municipalité du pays. Les cymbales des forces cauris ont tôt fait d’alerter l’ancien challenger de Boni Yayi qui ne veut pas assister en spectateur à la probable chute de son ’’ami’’ Soglo. Au delà du 4ème arrondissement dans lequel il niche, le leader Tchoco Tchoco envisage boucler toute la zone d’Akpakpa et provoquer le doute dans la famille cauri. Le capital Prd prendra à coup sûr de l’ampleur à Akpakpa avec le capitaine Houngbédji aux commandes du navire arc-en-ciel. Sans être forcément abîmés, les cauris peuvent être moralement perturbés et touchés par la recette du Prd pour sauver Soglo.
En avalant la distance pour se frotter au camp Fcbe et à la machine Rb, Adrien Houngbédji affiche d’emblée ses ambitions pour 2011. ’’Qui va loin ménage sa monture’’ dit l’adage. Devant un destin présidentiel sans cesse fuyant, le chef arc-en-ciel a pris le taureau par les cornes et innove car sa candidature à Cotonou ne saurait être prévue par les prophètes du changement.
Politiquement, le choix porté sur Cotonou est le premier signe de l’alliance Rb-Prd. Opposant héréditaire au régime Yayi, Me Houngbédji ne saurait incongrûment livrer un combat contre Soglo pour le contrôle de la mairie de Cotonou. Seul un pacte avec l’ancien chef d’Etat devrait lui garantir le soutien de la Rb en 2011. Après la bourde de 1996 où il s’est acoquiné avec le clan du Kaméléon et la félonie de Abomey-Calavi, l’arc-en-ciel et ses mille couleurs semblent décidément prendre l’éclat du soleil pour assurer sa revanche sur les novices cauris, surprenants héritiers du trône de Kérékou.
Mais l’arme de la vengeance et de la prévision politique est un couteau à double tranchant. Si Adrien Houngbédji ne fait pas à Akpakpa une moisson de suffrage plus florissante que celle de 2002, l’expédition cotonoise se réduira à un désaveu cinglant pour le candidat de 2011. Les municipales dans la capitale économique constituent donc un test majeur pour l’ancien faiseur de roi confiné dans l’anti-chambre du pouvoir.
Cette candidature du président du Prd hors de son indéracinable base, Porto-Novo, pourrait sur un autre plan déboussoler son électorat. Son attitude apparaît comme une banalisation du scrutin puisque l’ancien président de l’Assemblée nationale qui a abdiqué à la mairie de Porto-Novo ne s’offrira pas l’affront d’être conseiller municipal à Cotonou. Le voyage fantaisiste dans le 4ème arrondissement pourrait mettre les électeurs Prd dans l’embarras et il n’est pas exclu que l’indécision entraîne une désaffection des votants et un fort taux d’abstention de ses partisans. Une candidature de complaisance encastrée dans un décor peuplé de faux amis ne récolte pas toujours les fruits de l’effet d’annonce. Adrien Houngbédji qui s’amuse à déménager avec ses idées ne sème pas toujours la confiance dans l’opinion.
La décision de se présenter à Cotonou, aussi stratégique qu’elle puisse paraître abrite d’autres secrets politiques. Les vieilles rancoeurs déchirant la Rb et le Prd ont besoin des actes de bonne foi pour définitivement s’effacer. Reste que Adrien Houngbédji, esclave de ses calculs politiques, est une fois encore face à son destin.
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