| | Depuis quelques mois, notre pays est installé dans une situation de tension sociale et politique. Au plan social, cette tension s'exprime par les multiples crises ouvertes entre le Gouvernement et les différents corps constitués de la Nation. Elle est aggravée ces dernières semaines par le doute qui s'est subitement emparé des populations lasses de promesses sans suite et d'actions sans incidences significatives sur leurs conditions de vie et de travail. A cette crise de confiance, s'est ajoutée une série de discours et comportements tendant à fragiliser l'édifice démocratique que le peuple béninois s'est employé dix huit (18) ans durant à construire. Au plan politique, les égoïsmes politiques, la recherche d'intérêts particuliers au détriment de l'intérêt de la Nation et le développement des extrémismes au mépris du consens sont à la base de la crispation des relations entre les forces et acteurs politiques de notre pays. Or, depuis la Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990, le Bénin s'est résolument engagé dans une ère nouvelle de démocratie, de paix et de développement. Il s'est doté d'un modèle démocratique grâce auquel des avancées significatives ont été enregistrées tant aux plans politique, économique que social et culturel. La démocratie béninoise, unanimement perçue comme une expérience inédite dans cette Afrique qui se cherche, a conquis ses lettres de noblesse et fait la légitime fierté de tout un peuple. L'alternance politique intervenue au sommet de l'Etat en avril 2006 a suscité un immense espoir dans tout le pays. La politique de changement prônée par l'actuel régime a rencontré, dans un mouvement spontané, une large adhésion des différentes couches sociales et catégories socio professionnelles, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest. Aujourd'hui, moins de deux ans après cette euphorie générale, c'est le désenchantement total et le début de la désillusion . La situation politique nationale est de plus en plus préoccupante. La démocratie béninoise se trouve gravement menacée. Conflits de compétence entre institutions de la République, musellement de la presse, grèves à répétition dans divers secteurs de la vie nationale, risques d'une paralysie générale dans le pays, etc…, autant de cas de dysfonctionnement et de désarrois qui caractérisent aujourd'hui le modèle démocratique béninois. Face à cette situation que connaît notre pays au moment même où le peuple béninois commémore le 18ème anniversaire de la Conférence des Forces Vives de la Nation, les formations politiques signataires de la présente déclaration, à savoir, la Renaissance du Bénin (RB), le Parti Social Démocrate (PSD) ; le Mouvement Africain pour la Démocratie et le Progrès (MADEP), le Parti du Renouveau Démocratique (PRD) conscientes de leurs responsabilités historiques et constitutionnelles, et animées par le souci de préserver les acquis démocratiques, la paix et l'unité nationale, ont procédé à une analyse approfondie du climat politique et social, ainsi que de l'environnement économique qui prévalent actuellement dans notre pays. Ces formations politiques prennent acte de la volonté du Gouvernement de poursuivre l'oeuvre de redressement économique, social et culturel entamée depuis la Conférence Nationale. Toutefois, recherchant les causes du malaise général observé au plan national, les signataires de la présente déclaration l'attribuent aux nombreuses entraves à la consolidation de la démocratie, aux manquements graves qui s'observent dans les domaines de la bonne gouvernance et de l'assainissement des finances publiques, ainsi que dans la gestion des grands dossiers de l'Etat. ENTRAVES A LA CONSOLIDATION DE LA DEMOCRATIE En vingt (20) mois d'exercice du pouvoir, les autorités actuellement en charge de notre pays n'ont pas qualitativement fait avancer le chantier de la consolidation des libertés fondamentales et du renforcement de notre démocratie. Plusieurs actes attestent de cette lente déconstruction du modèle béninois. 1. Des violations répétées de la Constitution Jamais, depuis la Conférence nationale, le Bénin n'a connu un régime dont les rapports avec les autres institutions de la République ont été aussi tendus et les décisions ont fait l'objet d'autant de recours en inconstitutionnalité. La décision de la Cour Constitutionnelle relative au non respect de la séparation des pouvoirs dans le conflit ayant opposé récemment les magistrats au Gouvernement, le non respect de la décision de la Cour Constitutionnelle relative aux nominations à la tête des médias de service public, le maintien en prison d'un élu parlementaire en dépit de son immunité, l'appel à la désobéissance lancé aux adjudicataires de fréquences octroyées par la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication (HAAC), sont autant de faits avérés, illustratifs des violations répétées de notre Loi fondamentale par le pouvoir en place, qu'il convient d'abhorrer. Le respect de la séparation des pouvoirs est un principe sacrosaint sur lequel repose toute démocratie moderne, auquel notre Gouvernement devrait constamment se conformer, à moins de faire le choix délibéré de blocages institutionnels aux conséquences imprévisibles. 2. Des menaces sur le pluralisme politique En rejetant résolument la dictature et le monopartisme depuis la Conférence des Forces Vives de la Nation, le peuple béninois a opté de façon irréversible pour une démocratie pluraliste. Cette option consignée dans la Constitution du 11 décembre 1990, se trouve aujourd'hui dangereusement remise en cause. Le pluralisme qui a toujours caractérisé l'animation de la vie politique et citoyenne dans notre pays est menacé d'une part, par le populisme dont le développement tend à infantiliser et à instrumentaliser les laborieuses populations de nos villes et de nos campagnes. Le pluralisme politique est mis à mal d'autre part, par l'intolérance politique - qui se manifeste de plus en plus dans le pays et la tendance à la monopolisation de la vie politique qui se traduit à la fois par la volonté affichée d'élimination de l'essentiel des partis politiques et par l'acharnement contre certains acteurs de la vie publique. Il l'est également par l'insolence des préfets qui utilisent généreusement la télévision nationale pour proférer des menaces aux responsables politiques. Les instructions adressées le 15 février 2008 aux Ministres désignés coordonnateurs départementaux de FCBE et leur prescrivant de « rendre compte » au jour le jour au Président de la République sur le comportement des adversaires politiques est une des nombreuses tentatives de restauration du Parti-Etat. Toutes ces déviances, assorties de manoeuvres politiciennes anticonstitutionnelles, constituent des préludes à un retour à pas de charge à la pensée unique. De ce point de vue, elles sont à dénoncer et à bannir de notre système politique. Les partis politiques signataires de la présente déclaration estiment qu'il est urgent et impérieux de mettre fin à de telles dérives, sous peine de mettre en péril notre jeune démocratie et d'entraîner notre pays dans un aventurisme aux conséquences incalculables. En tout état de cause, ils en appellent à la maturité et à la vigilance du peuple béninois qui doit continuer de faire bonne garde, dans la paix et la concorde, en vue de préserver ses acquis démocratiques. 3. Des rapports entre le Parlement et le Gouvernement La Constitution du 11 décembre 1990 a fait de l'Assemblée Nationale la haute incarnation du pouvoir populaire et l'enceinte par excellence de la représentation nationale. Elle a le pouvoir de voter des lois et de contrôler l'action du Gouvernement. En d'autres termes, dans notre régime politique, l'Assemblée Nationale est le temple de l'exercice de la démocratie. Or, plusieurs entraves à son fonctionnement ont été notées. L'indépendance de l'Assemblée Nationale et son autonomie à l'égard du Gouvernement ont notamment été mises à mal, dans l'exercice de sa double mission de vote de la loi et de contrôle de l'action gouvernementale, les ingérences du pouvoir exécutif sont si nombreuses et si flagrantes, que l'institution parlementaire est de plus en plus perçue au sein de l'opinion publique et par la classe politique nationale, comme une simple caisse de résonance du Gouvernement et une institution à son ordre. Les tractations vécues lors de la constitution du Bureau de l'Assemblée nationale pour la 5 ème Législature ainsi que les tensions et autres blocages qui caractérisent depuis quelques temps les travaux parlementaires, confirment à suffisance la volonté d'en assurer un contrôle sans partage et cette tendance à son bâillonnement. En vertu du principe de la séparation des pouvoirs consacrés par la Constitution, l'Assemblée Nationale devrait veiller à préserver jalousement son indépendance vis-à-vis du Gouvernement, quelle que soit la configuration politique en son sein. La dégradation du climat politique est une autre manifestation du malaise démocratique actuellement en cours dans notre pays. 4. Du climat entre les acteurs politiques et les acteurs Sociaux Le développement de la société civile et la diversification de ses composantes sont un élément non négligeable pour l'approfondissement de la démocratie béninoise. Même si des progrès sont attendus quant à leur structuration et leur positionnement, il est incompréhensible que des organisations de la société civile soient utilisées pour vilipender et tenter de disqualifier les animateurs politiques, alors qu'en raison de la complémentarité de leurs actions, ces deux acteurs de la vie publique devraient normalement rechercher des synergies qui contribuent effectivement au renforcement de la démocratie. Une telle pratique relève de la manipulation politique préjudiciable à la collaboration utile entre les animateurs de la vie publique que sont les partis politiques et les organisations de la société civile. L'instauration et la préservation d'un climat de confiance réciproque entre ces deux entités, participent inéluctablement des conditions favorables à la consolidation de la démocratie et de la paix sociale. Avec le renforcement des autres acteurs de la vie publique, elles constituent un préalable majeur à une gouvernance concertée. Celle-ci requiert en outre une meilleure protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales. 5. De la liberté de presse et de la liberté syndicale Depuis l'avènement du Renouveau Démocratique, la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés publiques ont constamment été un des impératifs majeurs de nos gouvernants. La bonne santé de notre démocratie en a d'ailleurs souvent dépendu. C'est pourquoi, gouvernants et gouvernés ont systématiquement fait de la promotion et de la protection des droits et libertés un des fondements du modèle démocratique béninois. Mais, ces derniers mois, les discours de l'actuel régime ainsi que sa pratique des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont l'objet de préoccupation pour l'ensemble de nos compatriotes. Jamais, la liberté de presse et la liberté syndicale n'ont été aussi menacées. De l'histoire de notre jeune démocratie, la presse béninoise n'a été autant bâillonnée que sous l'ère dite du « changement ». Longtemps admirée pour sa contribution au renforcement de la démocratie et classée dans le peloton de tête mondial de la presse libre, la presse béninoise peine aujourd'hui à préserver ses acquis. Les ingérences et les injonctions répétées du pouvoir dans ce secteur se caractérisent par la restauration de la censure sur les médias de service public et par la mise au pas de la plupart des organes privés à l'aide de contrats de non publication d'informations critiques. La monopolisation de la presse par le pouvoir actuel est une dérive inacceptable, qui ne laisse aucun espace d'expression libre à d'autres forces politiques et courants d'opinion. Plus grave encore, est le recours à une panoplie de mesures de représailles pour museler la presse: acharnement fiscal, censure, interdiction d'antenne, interdiction de rédaction ou de couverture, interpellations, intimidations et autres menaces. Sur le plan. de la jouissance de la liberté syndicale, la situation n'est guère plus reluisante. Les libertés syndicales sont menacées sinon bafouées. Ainsi, en lieu et place du dialogue avec les partenaires sociaux, le Gouvernement oppose le mépris, la force, la fuite en avant, le pourrissement, les effets d'annonce. L'infiltration des mouvements syndicaux par des éléments dissidents baptisés « patriotes », est la nouvelle porte de sortie adoptée par le pouvoir face aux revendications sociales. Sur ce plan, les Partis signataires de la présente déclaration invitent le Gouvernement à assumer plutôt pleinement ses responsabilités, en recherchant par le dialogue et la concertation, des solutions justes et durables aux préoccupations légitimes des travailleurs et des étudiants. Ils rappellent que la préservation et la garantie absolue de la liberté de presse constituent des exigences incontournables de la démocratie. Elles ne sauraient être bafouées ou entravées. Il en va de même pour la promotion des nouveaux acteurs locaux à travers le processus de décentralisation. 6. De l'application intégrale des lois sur la décentralisation Les lois sur la décentralisation voulue par la Conférence nationale, ont été adoptées et publiées en 1999. Elles constituent le bréviaire des communes. Quant à la déconcentration administrative, l'article 8 de la loi portant organisation de l'administration territoriale de la République du Bénin, dispose que « les localités, chefs - lieux de départements sont déterminées par décret pris en Conseil des Ministres sur la base de critères bien précis ». Or à ce jour, ledit décret tarde à être pris, freinant de fait le rapprochement de l'Administration publique de l'administré et le développement. d'une gouvernance locale de qualité. Il est donc impérieux qu'interviennent à brève échéance, la désignation des chefs-lieux des six (6) nouveaux départements et la nomination des préfets, afin que la démocratie à la base s'en trouve renforcée. Ce mouvement accompagnera ainsi la décentralisation qui confère de larges responsabilités aux collectivités locales. Il se trouve que, contrairement aux dispositions des lois relatives à la décentralisation et celles conte nues dans la loi des finances votée par l'assemblée nationale, le Gouvernement confisque les ressources destinées aux communes, s'emploie à exécuter des travaux et à opérer des dépenses en lieu et place des Maires. Il en va ainsi pour la construction des salles de classe, l'entretien des infrastructures sanitaires d'arrondissement, l'aménagement des rues, la gestion de l'eau potable, etc. Ces handicaps à la mise en oeuvre des programmes de développement communal doivent être courageusement enrayés. La substitution de compétence à laquelle se livre le Gouvernement en faisant parader ses membres dans les localités à des fins électoralistes, est une grave entorse à l'esprit et à la lettre des lois sur la décentralisation. En conséquence, le Gouvernement devrait cesser de s'immiscer dans les domaines de compétence des collectivités territoriales, et prendre des mesures idoines qui assurent à celles-ci les moyens de leurs missions, de manière à favoriser, l'instauration d'une démocratie participative à la base, un développement local durable et une prospérité partagée, toutes choses qui s'accommodent mal de l'attitude de l'Exécutif en matière de compétence et d'intervention sur le terrain. La vigilance d'une opposition reconnue aurait pu limiter ces violations des lois si son statut adopté par la loi n° 2001-36 du 09 juillet 2002 et promulguée le 14 Octobre 2004 avait été rendu effectif par un décret d'application. 7. Du Statut de l'opposition L'opposition dans une démocratie est une nécessité vitale comme l'est le sang dans un corps humain. Au Bénin, cette évidence démocratique ne semble malheureusement pas être admise par tous, encore moins par les autorités gouvernementales. En effet, pour mieux consolider la démocratie béninoise et surtout asseoir dans notre pays des moeurs politiques de qualité, l'Assemblée Nationale a voté la loi portant statut de l'Opposition, loi reconnue conforme à la Constitution par la Cour Constitutionnelle et promulguée. Et, depuis sa promulgation le 14 Octobre 2004, cette loi n'a pas fait l'objet d'un décret d'application, ce qui équivaut à lui refuser de produire effet. Malgré les nombreux rappels et interpellations, les Gouvernements successifs sont restés indifférents au sujet et n'ont manifesté aucun empressement à favoriser l'existence d'une vraie opposition, ayant des droits et des devoirs comme le veut la tradition démocratique dans le monde entier, et comme l'a si justement prescrit la loi béninoise en la matière. Aussi, les Partis politiques signataires de la présente déclaration interpellent-ils à nouveau le Gouvernement du changement pour qu'il adopte au plus tôt le décret attendu. Ils lancent un appel à tous les démocrates de notre pays, pour qu'ils restent vigilants et ne s'endorment pas sous l'effet des annonces répétées d'une publication imminente du décret d'application. Il sera alors possible aux partis politiques se réclamant de ce statut de jouer pleinement leur rôle de forces d'opposition, garantes d'une véritable démocratie pluraliste, dynamique et constructive. A toutes ces menaces qui pèsent sur notre système politique et plus particulièrement sur les poutres fondatrices de notre modèle démocratique, il faut ajouter les discours régionalistes, les revendications identitaires et communautaires qui mettent à mal l'unité de notre peuple et la cohésion de notre société. 8. Des menaces sur l'unité nationale et la cohésion sociale Depuis l'indépendance de notre pays, l'unité nationale et la cohésion sociale ont toujours été au coeur des préoccupations des régimes et des gouvernements successifs. Ces valeurs cardinales longtemps préservées sont aujourd'hui directement menacées. Le recours intempestif aux fils du terroir pour régler des problèmes d'intérêt national ou à caractère local, ainsi que les manifestations de remerciements tous azimuts à l'occasion des nominations aux postes de responsabilité ou à des fonctions ministérielles, sont de réelles entraves au raffermissement de l'unité nationale parce que faisant appel à des relents régionalistes, porteurs de germes de désagrégation du tissu social. De surcroît, certaines personnalités de l'Etat adoptent des comportements qui assurent la promotion du régionalisme, délivrent et cautionnent des messages en faveur de l'ethnocentrisme, encouragent l'usage de considération ethnique à des fins de promotion politique et sociale. Cette tendance à la désintégration se trouve malheureusement renforcée par le non respect de la laïcité de l'Etat. 9. Des menaces sur la laïcité de l'Etat En effet, l'Etat béninois est républicain et laïc. Cette prescription constitutionnelle souffre aujourd'hui de l'immixtion intempestive et de plus en plus flagrante du religieux dans les affaires de l'Etat, au travers d'individus et de groupes proches des milieux évangélistes, agissant au nom de la société civile ou du Chef de l'Etat. Il est d'une extrême urgence que le pouvoir d'Etat soit soustrait de toutes ces influences, qui ne peuvent que porter un coup sérieux à la coexistence pacifique des cultes et religions et par conséquent à la cohésion nationale. L'assainissement des finances publiques ainsi que la nécessaire bonne gouvernance du pays ont également mobilisé l'attention des partis signataires de la présente déclaration. II. BONNE GOUVERNANCE ET ASSAINISSEMENT DES FINANCES PUBLIQUES Les Partis signataires de la présente déclaration saluent et soutiennent les proclamations de principe du Gouvernement en faveur de la bonne gouvernance dans tous les domaines. Ils se déclarent prêts à s'engager dans toute action qui concourt à la réalisation de cet objectif dont dépend le développement réel et durable de notre pays. Ils s'inquiètent néanmoins du modus operandi adopté par le Gouvernement sur le terrain de la lutte contre la corruption et celui de la gestion des finances publiques. 10. De la lutte contre la corruption et l'impunité Dans ce domaine, il convient de noter que vouloir lutter contre la corruption et l'impunité, est un programme admirable auquel aucun Béninois responsable ne peut raisonnablement s'opposer. Mais à y regarder de près, il est aisé de s'apercevoir du caractère plutôt incantatoire de la lutte que le Gouvernement du changement mène contre la corruption et l'impunité. En l'occurrence, celle-ci relève plus d'une déclaration d'intention que d'un engagement réel susceptible d'être suivi d'actions concrètes, dépouillées de tout folklore populiste. N'en va-t-il pas ainsi des audits dépêchés dans de nombreuses administrations et entreprises publiques, notamment à la Société Béninoise d'Energie Electrique (SBEE) et ailleurs? Le peuple béninois ne doit-il retenir que les tapages médiatiques et autres marches opportunistes? ' Ce qui est visible aujourd'hui en tout cas, c'est la lutte à géométrie variable contre la corruption et l'impunité que pratique le Gouvernement du changement. Il est loisible de le constater dans la gestion de bien des dossiers, relativement aux termes de référence de certaines missions d'inspection et à la suite réservée à des investigations. Sinon que dire des dossiers de la Société Nationale des Eaux du Bénin (SONEB), de la Loterie Nationale, du Conseil National des Chargeurs du Bénin (CNCB) etc. Les partis politiques signataires de la présente déclaration estiment qu'il s'agit d'un élément important pour le développement de notre pays dans lequel doit se manifester la rupture par rapport aux pratiques antérieures. De ce point de vue, ils recommandent la mise en oeuvre de mesures concrètes relatives à la prévention et à l'éradication de la corruption. 11. De la violation des principes et règles des finances publiques A l'issue de sa séance du jeudi 24 janvier 2008, le Conseil des Ministres a rendu publics le montant des recettes générées par l'escorte des véhicules d'occasion et l'utilisation qui en est faite. En communicant sur le sujet, comme il l'a fait, le Gouvernement visait à mettre un terme aux rumeurs sur l'existence de comptes occultes soustraits à tout contrôle budgétaire et violant de fait les règles élémentaires de gestion des fonds publics en République du Bénin. Le souci de transparence proclamé par le Gouvernement est certes louable, mais les explications qui viennent en appui à cette justification n'ont pas permis de clarifier les conditions, modalités et procédures de perception et d'utilisation de la totalité des ressources escomptées. A cet égard, les dépenses effectuées sur la part logée dans un compte spécial à la BCEAO, ne sont pas soumises, comme dans un Etat de droit, à l'autorisation préalable de la représentation nationale. Pire encore, les attributions discriminatoires et partisanes de ces ressources par les membres du Gouvernement, notamment dans l'opération d'allocation de micro crédits aux plus pauvres, violent le principe sacro saint l'égalité des citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques. Au-delà du principe de l'unicité de compte, de l'universalité et de la non affectation des recettes de l'Etat, la gestion qui est faite des fonds générés par l'escorte douanière des véhicules d'occasion, ne repose sur aucune base juridique. Il est donc souhaitable que le désir de transparence se concrétise par la publication de toutes les informations relatives à cette activité. Les légitimes suspicions seraient ainsi dissipées et l'utilisation des ressources publiques, comme des dons personnels prendrait fin. La gestion républicaine de l'Etat s'étendra aux ressources humaines pour une administration dépolitisée. 12. De la gestion des ressources humaines de l'Etat Au chapitre de la gestion des ressources humaines de l'Etat, les critères de compétence et de bonne moralité constituent le leitmotiv du Gouvernement du changement. Mais à la pratique, il est aisé de constater que ces critères, plutôt louables, ont été abandonnés au profit d'autres, inavoués, qui sont loin d'être administratifs ou techniques. La nécessité d'avoir une administration performante au service du développement national se trouve ainsi fondamentalement compromise. Les nominations à des fonctions techniques s'effectuent sur la base de considérations partisanes et régionalistes à un niveau jamais égalé dans notre pays. Cette politisation extrême de l'administration amoindrit son efficacité. De même, dans un contexte national où la tendance devrait être à l'économie et à la rigueur, il est incompréhensible que le Gouvernement s'engage dans une politique de multiplication, à la Présidence de la République ainsi que dans les structures de l'Etat, de fonctions et postes politiques sans utilité avérée pour l'efficacité de l'action publique. Les Béninois notent aussi avec inquiétude, l'augmentation exponentielle du train de vie de l'Etat renforcée par la création de nouvelles institutions budgétivores telles que le Haut Conseil au Changement, l'Organe Présidentiel de Médiation, le Haut Commissariat à la Gouvernance Concertée, etc. Le coût excessif des nombreux voyages présidentiels, qui ne sont pas toujours opportuns et justifiés, constitue également un autre motif de préoccupation de nos compatriotes. En outre, l'utilisation des moyens de l'Etat (fonctionnaires en exercice, véhicules, dons) à des fins partisanes ne s'inscrit pas dans les bonnes intentions contenues dans la Charte adoptée par le Gouvernement. Durant ces vingt (20) derniers mois, la gestion des grands dossiers de l'Etat n'a pas non plus rassuré notre peuple sur l'efficacité de la méthode et des moyens de gouvernement. III. GESTION DES GRANDS DOSSIERS DE L'ETAT Les inquiétudes enregistrées au sein de la population trouvent également leur fondement dans la manière dont les grands dossiers de l'Etat sont gérés. Le contraste entre la multiplicité des annonces et la prise de mesures qui améliorent réellement les conditions de vie des citoyens a fini par susciter des interrogations quant à la capacité du Gouvernement à bien conduire les affaires publiques. L'improvisation, la dispersion et l'instabilité des décisions sont devenues les méthodes courantes de gestion comme cela s'est manifesté à propos de la crise des GSM, de la privatisation de l'outil industriel de la SONAPRA et des mouvements qui ont secoué les secteurs de l'éducation et de la santé. Le cafouillage qui a caractérisé les décisions prises dans la crise des fragilisés, l'image de notre pays sans rapporter ressources attendues. Après avoir usé des mesures discrétionnaires et fait l'annonce de montants de redevances alléchants, le Gouvernement s'est trouvé dans l'obligation de négocier dans les conditions les plus défavorables. Il a ainsi accordé des exonérations excessives qui font aujourd'hui le bonheur de certains opérateurs. Le bilan financier de ce réajustement n'est pas en faveur du Trésor Public qui a ainsi fait des cadeaux à des privés dans ces conditions de grande confusion. Les usagers et tous les opérateurs économiques ont eux aussi supporté des préjudices qui portent sur des montants importants, même s'il est difficile de l'évaluer avec précision. Somme toute, la conduite improvisée de cette crise aura porté un coup à la réputation de notre pays, à notre capacité à conduire des négociations qui attirent les investisseurs étrangers et nationaux. Ces derniers ont en outre été ébranlés par la manière dont a été conduit le dossier de la SONAPRA. Les milliards de ressources provenant du Budget National n'ont déjà pas donné les résultats attendus. Engagés dans la précipitation, ils n'ont pas permis d'apaiser les producteurs et les autres acteurs de la filière. Il suffit de rappeler les cafouillages observés au niveau de l'achat des intrants ponctués par des conférences de presse de membres du Gouvernement aussitôt désavoués par le Chef de l'Etat. Il suffit de rappeler les communiqués du Conseil des ministres sur la privatisation des usines de la SONAPRA et la création de la SODECO, suivis quelques jours plus tard par un désaveu du même Gouvernement. C'est ce même cafouillage qui caractérise la gestion des mouvements sociaux dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Les promesses non tenues et les démarches inopportunes sur le terrain ont compliqué la situation. La perturbation de ces services vitaux a ainsi duré anormalement faute d'une programmation des actions en relation avec les responsables syndicaux. Aussi les Partis signataires de la présente déclaration souhaitent-ils que le Gouvernement prenne dès à présent les mesures nécessaires au respect des engagements pris, afin d'éviter le renouvellement de grèves dont les premières victimes sont les populations les plus déshéritées de notre pays. Notre pays traverse un moment difficile et le Gouvernement est invité à prendre la juste mesure de l'ambiance générale malsaine ainsi que de la morosité qui y prévalent. Il lui faut y trouver des solutions conséquentes et durables, car toute propension à l'aveuglement, à l'autosatisfaction injustifiée, à la démagogie et au populisme érigés en méthode de gestion, pourrait entraîner des remises en cause fondamentales du processus démocratique si cher au peuple béninois. Les formations politiques signataires de la présente déclaration osent croire que le pouvoir actuel prendra en considération ces quelques préoccupations largement partagées par l'opinion publique nationale pour redonner espoir à notre peuple et à sa jeunesse dans ce contexte de vie chère et de grande difficulté sociale. Enfin, elles lancent un vibrant appel à toutes les forces politiques, à l'ensemble des acteurs de la vie publique, à tous les démocrates ainsi qu'à toutes les organisations de la vie sociale de notre commune patrie, pour qu'ils se mobilisent, s'engagent dans la réflexion et dans des actions pertinentes, en vue de contribuer effectivement aux efforts nécessaires pour la consolidation de la démocratie, la sauvegarde de la paix sociale, la préservation de l'unité et de la cohésion nationale. Vive la Démocratie! Vive l'Etat de droit ! Vive le BENIN Fait à Cotonou, le Mercredi 12 mars 2008 Ont signé Mme Rosine Vieyra-Soglo présidente Rb M. Bruno Amoussou Président Psd M. Antoine Kolawolé Idji 1er Vice président Madep Me Adrien Houngbedji Président Prd | |