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Allocution du Président du Conseil Exécutif de l’UNESCO
au lancement de l’Année Internationale des Langues le 21 février 2008

                                                                      
 

Allocution de  S. Exc. M. Olabiyi Babalola Joseph YAI,
Président du Conseil exécutif de l’UNESCO

à l’occasion de  l’ouverture de l’Année internationale des langues et
de la Journée internationale de la langue maternelle,

 
Paris, le 21 février 2008

Les circonstances qui nous réunissent aujourd’hui ce matin, pour lancer solennellement l’Année internationale des langues, à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, sont pour moi exceptionnelles. C’est que  m’échoit l’honneur, en tant que Président du Conseil exécutif de l’UNESCO, de distiller et d’exprimer le sentiment des Etats membres, en même temps que m’étreint l’émotion, la passion, que dis-je, de vous parler en linguiste professionnel, en citoyen du monde qui a délibérément fait de la défense et illustration des langues maternelles son apostolat, bien avant d’avoir le privilège de servir notre Organisation.  Ainsi donc, le hasard, qui n’est peut-être que l’autre nom de Dieu, fait s’exprimer à l’unisson le militant et le Président.  C’est assurément un instant magique, que je vis avec bonheur.
A l’origine de ce moment et de la cérémonie de ce matin, il y a, vous le savez, une résolution que l’Assemblée générale des Nations Unies a adoptée il y a neuf mois environ, le 16 mai 2007. Cette résolution, qui traite de manière étendue de plusieurs aspects de la promotion du multilinguisme, déclare 2008 Année internationale des langues, et confie à l’UNESCO le rôle de chef de file pour les célébrations de l’Année.
Comme l’avait annoncé le Directeur général dans son message diffusé  après la proclamation, l’UNESCO a assumé de manière résolue son rôle de chef de file. En misant sur son efficacité en tant que facilitateur et responsable du monitorage des activités mises en place dans l’Année, elle a lancé une campagne de sensibilisation et produit une série d’outils destinés à la nourrir – allant des lettres circulaires aux sites web –  qui sont en train de donner leurs fruits. Au moment où je vous parle, le site UNESCO de l’Année internationale des langues 2008 (le premier publié entièrement en 6 langues) répertorie les 50 projets environ lancés dans le monde déjà pendant les premières semaines de l’Année. Pour la première fois dans l’histoire de l’Organisation, un slogan de campagne a été traduit en plus de 200 langues.
Bref, l’Année internationale des langues n’a pas attendu la cérémonie de lancement officiel d’aujourd’hui pour démarrer de manière dynamique et prometteuse.   Cependant, un écueil nous guette, que nous devrons éviter : que ces belles initiatives ne se convertissent en feux de paille. 
Ce que les Etats membres, ce que les communautés, surtout celles du Sud, attendent de l’UNESCO en tant que Chef de file, c’est qu’elle aide nos Etats à formuler et à mettre en œuvre des projets dans les domaines de la protection, de la promotion, de l’aménagement et de l’enseignement de leurs langues, lesquels projets devront aboutir à des résultats durables, bien au-delà de 2008 et des événements et des initiatives de sensibilisation.
La résolution de Nations unies qui proclame l’Année internationale des langues, invite l’ensemble de partenaires, je cite, « à arrêter, soutenir et multiplier des activités propres à favoriser le respect, la promotion et la protection de toutes les langues, particulièrement les langues en péril, de la diversité linguistique et du multilinguisme ».
Il s’agit d’une tâche très ardue car le contexte de la globalisation, souvent caractérisé par des rapports de force et de graves asymétries, aggrave les menaces contre la diversité des cultures et donc des langues.
En effet, malgré de nombreux et encourageants exemples de bonnes pratiques dans différentes parties du monde, le multilinguisme fait aujourd’hui plus figure d’idéal que de réalité tangible. Plus de 50 % des quelques 7 000 langues parlées dans le monde, vecteurs de mémoire collective et de patrimoine immatériel, risquent de disparaître. Moins d’un quart de l’ensemble des langues existant sur cette planète sont utilisées à l’école et dans le cyberespace, et, pour la plupart, seulement sporadiquement. Les langues véritablement mises à l’honneur dans le système éducatif et le domaine public se chiffrent à quelques centaines, et moins de cent sont présentes dans le monde digital.
Qu’il me soit permis de prendre comme exemple l’Afrique, où l’on parle un tiers des langues de la planète. Bien que parfaitement maîtrisées par les populations dont elles sont le moyen normal, quotidien d’expression, la plupart de ces langues ne sont pas utilisées à l’école, dans l’administration, la justice ou la presse publique. Tout un continent se trouve ainsi, pour le dire avec une image que vous me permettrez de formuler de manière un peu provocatrice, aliéné à ses propres langues, étranger à des éléments fondamentaux de sa propre culture.  Prenons le cas, loin d’être hypothétique, d’un tribunal africain qui juge un paysan africain et prononce la sentence en français ou en anglais, sur la base du Code napoléonien ou du « Common Law » britannique.  Ne sommes-nous pas là en présence d’une flagrante violation de droits humains élémentaires ?
Il est donc urgent de réagir, certes par une approche ouverte et intégrée, qui reconnaît ou restaure les identités linguistiques sans en faire un enclos, c’est-à-dire une approche qui vise la promotion des diversités, des possibilités de choix, du multilinguisme pour tous.
Ces objectifs peuvent être poursuivis à travers un grand nombre d’initiatives, car les langues constituent, en tant qu’éléments profondément propres à l’humain, un domaine interdisciplinaire.
Comme le dit le slogan lancé par l’Organisation pour l’Année internationale des langues, « les langues, ça compte ! ».   Comme le dit le slogan lancée par l’Organisation pour l’Année internationale des langues, « les langues, ça compte ! ». En yoruba, ma langue maternelle : «  NNKAN NLA LEDE NNKAN RIBIRIBI LEDE ».  Oui, elles comptent beaucoup, en effet, les langues, et à plusieurs titres. En tant que facteurs d’intégration sociale, les langues occupent en effet une place stratégique dans l’élimination de la pauvreté ; comme supports de connaissances et de compétences, elles sont essentielles dans l’enseignement, y compris dans le domaine sanitaire et pour la sauvegarde des savoirs autochtones, pour une gestion durable de l’environnement. Il n’y pas, enfin, d’accès aux droits fondamentaux, comme le droit d’expression ou d’information, sans accès à sa langue. Et par ailleurs, la diversité culturelle est étroitement liée à la diversité linguistique, comme le rappellent la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle et son Plan d’action (2001), la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2003) et la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (2005).
Dans ce contexte, l’UNESCO entend prendre très au sérieux la tâche qui lui a été confiée en tant que chef de file des célébrations. Et c’est dans cet esprit de sérieux qu’elle a opté pour une cérémonie de lancement axée non seulement sur des aspects festifs, mais également sur la substance. C’est pourquoi, dans une demi-heure nous laisserons la tribune à des experts, pour un séminaire d’information et d’échange sur certains aspects normatifs de la question du multilinguisme.
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Tag(s) : #Politique Internationale
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