| | En deux ans, il est trop tôt pour faire une évaluation assez exhaustive des réformes économiques dont les retombées sont souvent perçues plusieurs années après leur mise en oeuvre. Mais deux ans suffisent, tout de même, pour apprécier la qualité de ces réformes et voir si les actions posées sont susceptibles de conduire vers l’émergence promise par le Président de la République. D’emblée, on peut se réjouir qu’au plan macro-économique, le Bénin peut se prévaloir des indicateurs encourageants qui se résument à une croissance économique d’environ 5%, certes en deçà de la moyenne africaine (5,8%) mais en nette progression par rapport aux années antérieures. Cette croissance n’est pas venue ex-nihilo. C’est, sans nul doute, le fruit des efforts consentis par le gouvernement actuel, notamment en matière d’assainissement des finances publiques, de maîtrise de l’inflation, de relance de la production cotonnière et de la lutte contre la corruption. Si l’investissement personnel du Chef de l’Etat dans la gestion de la filière coton a permis de fouetter la production en perte de vitesse, c’est surtout au niveau de l’assainissement des finances publiques que le régime actuel s’est positivement illustré. En vue de corriger certains déséquilibres observés en début de mandat, le Gouvernement a mis en oeuvre une série de mesures qui ont porté notamment sur la conduite d’audits des structures étatiques, le renforcement des régies financières, la mise en place d’un Comité de trésorerie et la centralisation des ressources de l’Etat auprès de la Bceao. Aujourd’hui, l’usage abusif des ordres de paiement relève du passé. L’Etat béninois dispose désormais d’un référentiel de prix pour l’achat des équipements et fournitures de bureau de l’administration. Il s’agit d’une donnée importante en matière de gestion rationnelle des dépenses publiques. Car désormais, les commissions perçues sur les commandes publiques, même si elles n’ont pas disparu, ont sensiblement diminué d’ampleur. Ces actions ont, par ailleurs, contribué à instaurer un cadre propice à une meilleure gestion de la dette publique, aidant ainsi à préserver les acquis des allégements de dettes obtenus dans le cadre de l’annulation de la dette extérieure du Bénin. Ainsi, le fait d’avoir porté le budget de l’Etat 2008 à de plus de 1000 milliards traduit bien l’ambition que nourrit le gouvernement d’accroître la richesse nationale et par ricochet de renforcer la contribution des recettes nationales aux programmes d’investissement public. Mais les efforts du gouvernement pour consolider l’équilibre macro économique sont émoussés par la flambée généralisée des prix du marché international. Une inflation importée, qui perdure jusqu’à présent, et qui oblige l’Etat à s’engager dans une politique de maîtrise et de contrôle des prix des produits de grande consommation (pétrole, ciment, fer, pain, riz, lait) qui grève fortement les recettes publiques. Booster les secteurs de production Si au niveau des finances publiques, il y a de quoi tirer un satisfecit, les réformes au niveau des secteurs économiques ont du mal à se mettre en place. Au niveau agricole, le Chef de l’Etat, dès sa prise de fonction, avait annoncé son ambition de porter la production cotonnière à 600 000 tonnes pendant la campagne 2006-2007. Le gouvernement a déjà passé deux campagnes sans que cet objectif ne soit atteint. Quand bien même il faut reconnaître qu’en annonçant cette ambition, le Chef de l’Etat avait placé la barre un peu trop haut, au regard des réalités de la production cotonnière au Bénin, force est de reconnaître qu’aucune réforme approfondie n’a été entreprise pour accompagner cette initiative. Le gouvernement s’est contenté de se mêler, parfois de façon maladroite, à la gestion de l’Interprofession. Une intrusion qui n’a pas toujours fait du bien à la filière. Parlant de réformes au niveau du secteur cotonnier, la privatisation de l’outil industriel de la Sonapra n’a pas toujours abouti. Dans la même optique, la diversification agricole qui devrait être sanctionnée par la promotion de douze nouvelles filières et surtout la mise en valeur de la vallée de l’Ouémé est toujours au stade de projet. Le projet de relance de la filière palmier à huile par les investisseurs malaisiens a tourné au fiasco. Climat des affaires toujours morose Au plan industriel, les vraies retombées des nombreux voyages du Chef de l’Etat à l’extérieur qui avaient accouché des intentions d’investissement de centaines de milliards, en provenance notamment des pays asiatiques, ne sont pas encore ressenties au niveau du tissu industriel. En dehors, du projet de construction de la Nouvelle cimenterie du Bénin, et d’un nouveau complexe hôtelier à l’Hôtel de la Plage, l’investissement direct étranger stagne, et la Zone franche industrielle ne semble pas toujours drainer assez d’investisseurs. A l’intérieur, le gouvernement a fait l’effort de ressusciter certaines industries moribondes (Sitex, Coteb) qui ont du mal à donner raison au gouvernement d’y avoir réinjecté de l’argent frais. Le forum économique Bénin-Nigéria, un an après, met du temps à porter ses premiers fruits, en dépit des promesses faites par les investisseurs nigérians. Le seul acquis de cette relance de partenariat économique avec le Nigéria a été l’avènement d’un cinquième opérateur GSM (Globacom), arrivé en pleine crise des GSM, comme une bouée de sauvetage. In fine, aucune réforme sérieuse n’a été faite jusque-là pour améliorer le climat des affaires (le Bénin a été classé à la 151è dans le rapport Doing Business 2008) qui ne rassure pas toujours les investisseurs potentiels. Au plan commercial, le pays n’arrive pas toujours à sortir de la morosité ambiante qui persiste au fil des jours à cause du faible pouvoir d’achat des Béninois et de la hausse généralisée des prix produits de grande consommation. Tout le monde se plaint que les affaires ne tournent plus dans le pays. Même si l’argument avancé par le gouvernement (il n’y a plus d’affaires louches dans le pays) peut se justifier au tout début du régime, il faut aussi reconnaître que le commerce n’est pas aussi florissant qu’il y a quelques années. Au niveau des services, la situation du Port autonome de Cotonou a déjà fait l’objet de plusieurs séminaires gouvernementaux. Plusieurs réformes ont été annoncées, notamment avec le Programme du Millenium Challenge Account (MCA). Il faut encore attendre quelques années pour voir si ces réformes ont amélioré les performances du PAC. A l’étape actuelle des choses, la compétitivité du Port de Cotonou est toujours remise en question. En définitive, pendant les deux années écoulées, le gouvernement n’a cessé d’affirmer son intention de faire du Bénin, un pays émergent. Mais beaucoup de chemin reste encore à parcourir. | |