Scrutin du dimanche 20 avril 2008:Un vote sanction pour Yayi Boni
22 avril 2008
Les grandes tendances du scrutin du dimanche 20 avril dernier ont révélé à la face du monde les limites du pouvoir du changement. C’est en gros un vote sanction pour le président Yayi Boni dans plusieurs régions du pays et en premier dans les départements du sud.
Elu à 75% des Béninois il y a juste deux ans, le président Yayi Boni a réussi bien difficilement à se donner 35 députés lors des élections législatives de 2007 et a dû contourner les réalités politiques qui se sont imposées à lui par l’accord de législature pour obtenir une majorité de plus de 48 députés à l’Assemblée nationale. Une majorité qui s’est d’ailleurs beaucoup effritée avec le temps et n’augure rien de confortable pour les prochains enjeux au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo. C’est dans ces conditions où les contradictions sont de tous les ordres autour de lui et alors qu’il s’avère qu’il n’a plus les vraies informations sur le pays que les citoyens sont retournés aux urnes le dimanche passé. Les résultats ont été simplement désastreux. Surtout dans la ville de Cotonou où le nombre de conseillers élus sur sa liste Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) peut se compter au bout des doigts. Quand on tient compte des efforts déployés et des moyens engloutis, ces résultats paraissent minables. Le comble sera le cas de l’ancien chef de la circonscription urbaine de Cotonou M Jérôme Dandjinou qui visiblement, ne pourra pas passer, au regard de l’évolution des chiffres. Tous les espoirs étaient fondés sur l’homme sans compter avec les nouvelles donnes politiques et surtout l’écho de certaines actions du président Yayi Boni et de ses proches sur le terrain. Aujourd’hui, tout le monde a la réalité en face. Le président Yayi Boni qu’on croit encore très populaire, a perdu assez de plumes et les 75% de son record incontestable de 2006 se sont bien effrités et au bout de deux ans de gestion, il n’a pas pu profiter de ses grandes réalisations pour investir certaines municipalités. C’est la lecture et la comparaison des résultats de ce même Cotonou pour le président Yayi Boni en 2006 et ceux du dimanche passé qui constituent la meilleure référence. La crise est pareille dans tout le pays presque et ce sont certains de ses proches qui ne veulent pas lui faire toucher du doigt la réalité et l’aider à corriger le tir. Au delà de ses suffrages qui dépassaient l’entendement en 2006, le président Yayi Boni a été présent des mois durant dans les grands fiefs de ses adversaires qui ne pouvaient pas critiquer publiquement certains comportements négatifs. A l’Assemblée nationale, rares étaient ceux qui pouvaient avoir un jugement de valeur sur sa politique. Mais tout ceci remonte désormais à un passé certainement déjà révolu. Et mis à part Parakou, toutes les autres villes à statut particulier doivent lui échapper. Sans compter les autres grandes localités qu’il aurait pu conquérir pour les enjeux de 2011. Surtout quand on se rappelle les conditions dans lesquelles son groupe a préparé les présidentielles de 2006. Et il faut dire aussi que Yayi Boni vient de boucler deux ans et le bon sens recommande une autre forme d’organisation pour mieux garder le terrain jusqu’en 2011. Ce qui ne semble actuellement pas être le cas. Et le vote du dimanche passé est un précédent très grave dont il faudra forcément tenir compte dans les prochaines prévisions.
L’arrestation des militants de la Renaissance du Bénin au sujet du fameux dossier de vol de 50 000 cartes d’électeurs aura été la dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le traitement politique qui en a été fait, la descente du couple Soglo et de leurs militants dans les rues et les campagnes médiatiques qui ont suivi ont été très préjudiciables aux candidats Fcbe. Dans l’opinion publique, on était persuadé que le pouvoir du changement se préparait pour enterrer les partis politiques traditionnels et en premier lieu la Renaissance du Bénin. La nomination remarquée de l’ex-porte-parole de la mairie de Cotonou Joseph Tamègnon à la direction de la Sogema et la promotion faite du fils Galiou Soglo ont reçu différents échos dans la ville. Surtout avec les récentes prises de position de celui-ci contre ses propres parents contre qui le pouvoir œuvrait par tous les moyens pour leur retirer la ville de Cotonou. Mieux, il y avait déjà les descentes des ministres du gouvernement dans les localités pour rencontrer les populations et prendre leurs doléances. Et le comble sera les commentaires à la limite injurieuses des chantres du changement à la suite de l’intervention du président Nicéphore Dieudonné Soglo sur la radio Rfi. Dans les quartiers de Akpakpa et certaines autres régions du pays, le président Yayi Boni a échoué à cause de la manière dont il a conduit certains grands dossiers. Partout dans le pays, on a dû fermer les yeux sur ses réalisations pour critiquer sa tendance à vouloir pour lui seul toutes les institutions de la République. Et puis, il a cette façon de rendre justice qui ne pourra jamais convaincre les citoyens qui ont, à tort ou à raison, l’impression que tout se fait à la tête du client et il faut éviter de s’opposer au changement pour s’éviter des ennuis. Alors qu’on attend toujours les résultats des audits organisés à grande publicité pour rien du tout, on fait arrêter le richissime homme d’affaires Séfou Fagbohoun. Par ailleurs, il y a la gestion qui a été faite du dossier Gsm et les remises sous tension sans qu’on n’explique les contours du compromis, le point des acquis et les nouveaux cahiers des charges. De plus, on se rappelle la situation de la route Akpro-Missérété-Kpédékpo. Beaucoup de promesses ont été faites, le chef de l’Etat a fait un certain nombre de déplacements sur le site mais rien ne bouge et l’entreprise Kara Fadoul qui a gagné le marché a commencé par plier bagage. Sans compter la cherté de la vie pour laquelle le gouvernement a du mal à trouver la solution idoine. On dit que les populations mangent moins le riz déversé dans le pays et dont elles dénoncent d’ailleurs la qualité. Autant de situations qui n’ont pas rendu la vie facile au pouvoir qui doit se contenter de quelques mairies seulement et sacrifier ses rares conseillers qui cohabitaient avec leurs collègues de l’opposition dans plusieurs municipalités. Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé/Plateau)
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)