Revalorisation de la fonction paysanne !
« Monseigneur allait au champ avec nous », a confié M. Gaston Adjassoho de Bohicon à l'abbé Herman Adjanon qui, pour le compte de La Croix du Bénin , recueillait des témoignages en hommage au prélat défunt, Mgr Lucien Monsi Agboka. Effectivement, Daagbo, comme on l'appelait affectueusement, avait même ses champs de Davougon à Pira, en passant par Agoua et Agbon. Daagbo croyait en la terre et au paysan. En hommage à son témoignage, et à l'occasion de la fête du t ravail, je voudrais dédier mon argumentatiom aux grands oubliés du monde du travail, les paysans.
Les travailleurs de la terre n'ont guère les moyens de faire la grève comme les fonctionnaires en général, comme par exemple les enseignants qui réclament avec raison «la revalorisation de la fonction enseignante». Mais, ceux-là ont-ils besoin d'une grève ? La fin de notre faim est dans leurs mains, et si seulement la Nation les revalorise ou simplement les valorise ? La faim qui sévit dans le monde entier fait des malheurs de plus en plus graves dans les familles béninoises. Alors que le taux de mise en valeur de l'espace cultivable pour l'ensemble du pays est à 13% seulement, les paysans constituent la plus grande force de travail du pays, avec une population agricole active de plus de 60% de la population totale. Et pourquoi donc ce pays ne peut se nourrir à partir de sa terre ? Pourquoi importons-nous autour de 30 milliards de Fcfa de riz par an ? Pourquoi le Burkina, qui a moins d'atouts naturels que nous, exporte des légumes en Europe et même chez nous ?
Une encore plus grande ironie, c'est la faiblesse de notre système de conservation, de transformation et de commercialisation. Les braves femmes cultivatrices du Couffo et de l'Atacora cultivent abondamment de tomates. Elles les arrosent parfois à l'eau de puits pour finir par les jeter aux ordures lorsqu'elles ne peuvent même pas les brader. Les grands agriculteurs de Banikoara exploitent plusieurs hectares par personne. Leur maïs déversé sur les marchés nationaux leur retourne beaucoup plus cher en période de soudure. Le coton qu'ils produisent en quantité fait peser le risque de déboisement et de désertification sur la région. Paradoxe !
Il est clair que si les paysans offrent leur sueur et leur savoir-faire, il revient aux autorités politiques et aux experts de leur créer de meilleures conditions de mécanisation et de transformation. Notre autosuffisance alimentaire est une question de politique agricole.
Abbé André S. Quenum
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