| | Cette causerie matinale entre deux propriétaires de maisons, sises dans un quartier périphérique de Cotonou rend bien compte de l’ampleur de la crise du ciment au Bénin. ‘’J’ai fait le tour des dépôts, il m’a été presque impossible de trouver quelques paquets de ciment pour arranger certaines de mes chambres endommagées par la dernière pluie’’, déclare l’un au bord de l’énervement. Mais pour l’autre, qui avait aussi des aménagements à faire, la maitrise des « circuits » lui a permis de tirer son épingle du jeu. Mais au prix fort. ‘’ Le ciment existe si tu veux y mettre le prix. Du fait de l’urgence, on m’a aidé à avoir le paquet à 5000 francs Cfa. C’est cher, mais l’essentiel est que j’ai eu du ciment’’, explique-t-il. Le marché du ciment rime aujourd’hui avec pénurie et spéculation. Dans certaines parties du Bénin, il y a des mois que certains dépôts n’ont plus exposé un sac de ciment. ‘’ Nous avons l’argent mais nous n’en trouvons pas à acheter’’, se désole un habitant de Parakou qui se dit d’ailleurs prêt à acheter la tonne à 90.000 F Cfa, pourvu que le produit soit disponible. Cette métropole du Nord Bénin était d’ailleurs gagnée par un mouvement de protestation d’une foule de clients d’un dépôt qui ont manifesté lundi devant les cameras d’une chaîne de télévision locale. A l’analyse, la situation de pénurie qui perdure sur le marché du ciment avec son corollaire de spéculation tient en grande partie à la volonté de l’Etat de bloquer le prix de la tonne à 69.000 FCfa. Un prix totalement en déphasage avec les réalités de la production d’aujourd’hui. La démarche salutaire de l’Etat qui consiste à soulager le prix du ciment dans la tendance générale de la cherté de la vie ne semble plus résister à l’air du temps. Cette mesure aurait payé si l’offre de ciment arrivait à couvrir la demande des consommateurs. Mais aujourd’hui, il est difficile de savoir combien coûte réellement la tonne de ciment, tant la spéculation a gagné du terrain. Changer de fusil d’épaule Deux situations montrent aujourd’hui à suffisance la nécessité pour le gouvernement de changer de fusil d’épaule. Il y a quelques jours, le Chef de l’Etat a reçu en audience Monsieur Martin LÖFGREN, Directeur général de CIM BENIN. La déclaration qu’il a faite à sa sortie d’audience a de quoi inquiéter sur l’avenir des cimenteries béninoises. Il semble dire que la hausse du prix des matières premières aurait complètement grevé leur compte d’exploitation et si rien n’est fait, malgré les efforts déjà consentis par l’Etat, cette société sera obligée de mettre la clé sous le paillasson. Et lorsqu’on parle de la hausse des prix des matières premières, il ne s’agit pas d’une partie de plaisir. Il y a quelques semaines, nous avions évoqué la structure des prix des matières premières importées (clinker, gypse, calcaire, sacheries) sur le marché international. Le clinker a vu son prix croitre de 63% en deux ans, et le gypse de 50%. Le prix CFA de ces matières premières est passé de 46.000 francs Cfa, la tonne à environ 69.000 F CFA. La situation aujourd’hui va de mal en pis, notamment avec le prix du pétrole brut qui ne cesse de grimper, touchant la barre des 135 dollars le baril en début de semaine. L’autre fait révélateur de la gravité de la situation est l’incapacité extraordinaire des importateurs à combler le déficit de la production locale. Avec les chantiers de l’Etat, il s’agissait d’une opportunité d’affaires que les opérateurs économiques béninois, réputés dans l’import-export, ne sauraient rater. Pourtant, les efforts du gouvernement à doper l’importation se sont révélés comme une tempête dans un verre d’eau. Sur plus de 200 sociétés agréées, aucune n’ose importer un paquet de ciment. La raison : le prix pratiqué sur le marché béninois n’est pas compétitif alors que le marché régional offre des opportunités d’affaires aux revendeurs subtils qui détournent le ciment produit au Bénin vers les pays limitrophes. Même l’Etat, confronté à cette réalité de pénurie sur ses propres chantiers, a dû subventionner l’achat du ciment en provenance du Togo. Aujourd’hui, tous les indicateurs du secteur cimentier virent au rouge. Les Chefs d’entreprise se plaignent, les entrepreneurs en construction ont des soucis pour respecter les délais, les travailleurs grognent, les populations crient leur ras-le-bol. L’Etat n’a pas assez de ressources pour subventionner tout à tout instant, au risque d’aller vers la banqueroute. Il y a donc nécessité pour le gouvernement, de voir la réalité plus en profondeur afin d’asseoir une politique qui prend en compte les difficultés des acteurs économiques. Seule l’entreprise crée la richesse. | |