| EVERYTIC - - 2 juin 2008 BONI YAYI ET 2011 |
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De temps en temps, en citoyen immergé dans le train train de la vie quotidienne, je donne l’oreille à la rue, discute à tout va avec les petites gens, voir si entre les « réalités officielles » qu’on nous donne à souper et ce que ma vision des choses me fait apprécier, il y a des épisodes essentiels de la vie publique qui m’échappent.
Zémidjan, sages du quartier, vulcanisateurs, vendeuses d’oranges au décolleté tombant, mangeurs de « gabriel » dans les gargotes, tous, un jour ou l’autre ont subi ma provocation, juste parce que j’ai voulu entendre la version qu’ils ont de la gestion du pouvoir Yayi. Cela, loin des discussions d’officine ou des débats enfiévrés des salonnards. Certes, ce n’est pas un sondage, ni une enquête d’opinion, mais un instantané d’appréciations, des échanges au brûlot sur la façon dont le pays est conduit, avis qui risquent de perdurer et motiver leurs choix pendant les échéances électorales de 2011.
Ce qui est remarquable dans leurs propos et presque unanime, c’est le rejet qu’ils font de la gestion du pouvoir du Changement. Les réalisations du gouvernement en matière d’infrastructures, routes, écoles, centres de santé ne semblent pas trouver grâce à leurs yeux. Au surplus, les accueillent-ils avec sourire et ironie, comme s’ils en avaient déjà vu d’autres. « On ne mange pas ça, fulminent-ils à l’endroit du locataire actuel de la Marina, Soglo a fait plus, mais nous l’avons chassé… »
Que reprochent-ils à Yayi ? Comment se fait-il que, célébré hier comme un messie, le natif de Tchaourou soit aujourd’hui l’objet de rejet quasi pathologique chez nombre de Béninois ?
Cinq raisons peuvent expliquer cette situation. D’abord, des causes d’ordre sentimental : malgré les ans, il existe encore dans notre pays des élans d’instinct grégaire, ces automatismes de repli ethnique et communautaire qui s’observent à l’occasion de certains événements. Lorsque, par exemple, le leader d’une région est l’objet d’une sanction du pouvoir central. Un acte toujours interprété comme une décision dirigée contre les natifs de la région et donc, forcément, contre leurs intérêts. C’est le cas des gens issus du Plateau. Le fait que Sefou Fagbohoun ait été emprisonné et maintenu pendant longtemps dans les fers – en dépit du délibéré de la cour d’appel – a été vécu par tous comme de l’acharnement gratuit. Surtout que cet acte, estiment-ils, serait à l’antipode des promesses que le candidat Yayi aurait faites au leader du MADEP entre les deux tours des présidentielles. « S’il veut nous rendre orphelins, clament les natifs de la région, il nous trouvera sur son chemin ». Un élan de solidarité, inexistant jusque là, s’est alors cristallisé autour de Fagbohoun, faisant désormais de lui, la victime héroïque du système Yayi.
Le même sentiment, quoique plus nuancé, apparaît également dans l’attitude de l’électorat fon, majoritaire au sud et centre du pays. On se rappelle, avant les élections, les passes d’arme entre Soglo et le gouvernement Yayi. On se rappelle surtout les menaces du sieur Alexandre Hountondji contre le leader des Houézèhouè. Le porte-parole du gouvernement avait alors menacé de représailles le maire si jamais il l’ouvrait encore aussi grande. De fait, l’électorat fon a jugé intolérable cet affront et manifesté diversement son hostilité. Et si on y ajoute ce pseudo vol de actes d’électeurs, la publicité incroyable qui en avait été faite et l’attitude irresponsable de la FCBE, le repli identitaire s’est aussitôt produit, les gens prenant faits et causes pour les leurs, considérés alors comme des victimes du pouvoir.
La seconde raison du rejet du gouvernement Yayi relève de la gestion calamiteuse des micro-crédits et du fonds national pour l’emploi de jeunes.
Sur le terrain, il existerait des intermédiaires troubles – des espèces de kélébés qui disent avoir reçu mandat du ministre de tutelle – et qui rançonneraient les bonnes femmes jusqu’à dix pour cent des sommes qui leur sont allouées. Et cela, dans une ambiance de menace, de passe-droit et de délation. Ceux ou celles qui seraient soupçonnés de sympathie avec d’autres partis, seraient priés d’aller se faire pendre en enfer. A moins qu’ils produisent la preuve de leur amour fou pour la FCBE. Bref, pagaille, insolence et irresponsabilité seraient en train de prospérer sur ce terrain-là sans que se profile à l’horizon le moindre signe de correction…c’est ce qu’on appelle le « clientélisme barbare », a commenté un amateur de viande de gabriel.
Les raisons, je les ai saisies à travers la vison que le petit peuple a de la gestion de son pouvoir, avec des griefs qui se déclinent en cinq points. Le premier relève d’une erreur d’appréciation de la sociologie béninoise. Les populations ont conservé, malgré tout, des instincts de repli ethnique et identitaire qui se manifestent dès lors que leur leader - ou la personnalité présumée telle - a maille à partir avec le pouvoir central. Exemples servis : Fagbohoun avec les gens du plateau et Soglo avec l’électorat fon.
La deuxième raison vient du clientélisme que de sombres intermédiaires, se servant de la bannière Yayi, ont mis en place à l’occasion de la distribution des micro-crédits ou des prêts pour le programme des emplois jeunes. Les gens censés bénéficier de ces sous se feraient outrancièrement mener en bateau par ces apprentis sorciers qui exigeraient, contre libération de ces pécules, jusqu’à dix pour cent du montant demandé.
La troisième raison provient, elle, de la gestion quasi conflictuelle de certains dossiers apparemment sensibles. On se rappelle la brutalité avec laquelle le pouvoir avait fait installer des directeurs à la tête des institutions et de certaines sociétés. ORTB, douane, PADME…les chantiers de la contestation ont été ouverts ici et là et ont laissé dans l’opinion l’image d’un président extrêmement autoritaire, peu soucieux d’arrondir les angles.
Dictateur va ! " avaient hurlé les opposants. Les " parlementaires debout ", ce regroupement de chômeurs et autres zémidjan qui se retrouvent au champ de foire, à l’angle de la rue menant à la morgue du CNHU, ont conclu : " nous n’avons ni or, ni diamant, notre seule richesse, c’est la démocratie. Pourquoi Yayi veut tuer ça ? "
Quatrième raison du recul du président dans l’électorat du sud, la communication autour de sa personne.
Le petit peuple perçoit le premier personnage de l’Etat non plus à travers ses réalisations, mais à travers les multiples marches de soutien orchestrées parfois depuis la présidence et les officines des partis de la majorité. Pendant un an, les chaînes de télévisions, les radios, sur toute l’étendue du territoire, ont vibré à l’unisson pour dire et redire qu’un Jésus nous était venu et qu’il fallait l’aduler comme tel. Mais les populations, pour analphabètes qu’elles soient, sont au fait du montage : puisque c’est encore elles qui sont sollicitées pour aller battre pavé, marcher jusqu’à l’usure du bitume. Rémunérés de l’heure ou au comptant, les marcheurs laissent parfois éclater leurs colère lorsque des commanditaires de ces manifestations deviennent de mauvais payeurs. Avis d’un marcheur patenté : " moi je prends 1000 francs pour marcher. J’ai fait plus de douze marches, ça sert à combler des trous, mais ça ne comble pas ma conviction ". On a envie de dire " escroc ! " Mais qui l’est en premier ? Mais cette propagande calamiteuse, qui ne se refuse rien, sauf des images à la Kim Il Sung, est soigneusement conçue par la cellule de communication. Un entourage qui, selon beaucoup de personnes, constitue l’un des vrais handicaps du pouvoir Yayi. Et c’est l’une des dernières raisons de l’argumentaire du petit peuple. Comme par le passé, les gens ne font aucune confiance aux collaborateurs immédiats du chef de l’Etat pris en otage par des faucons, des va-t-en guerre qui le poussent sur la pente glissante.
On a dit de Kérékou qu’une maffia aussi nuisible que la Causa Nostra, l’avait entourée jusqu’à l’étouffement. De Yayi, la même impression sévit qui faire dire au citoyen lambda que les hommes de l’ombre constituent les premiers écrans qui limitent la vue du président. Qui saucissonnent son appréciation des problèmes du pays. Les mêmes choses produisant les mêmes effets, on devine vers quel iceberg se dirige le navire.
Certes, le vulcanisateur, la vendeuse de " moyo " ou le cordonnier ambulant que j’ai rencontrés ne veulent, pour leur quotidien, que les petites recettes pouvant leur permettre de mener une existence tranquille. Mais ils veulent aussi que les actions du chef de l’état, si elles doivent produire l’effet escompté, c’est-à-dire parvenir à l’émergence, intègrent les réalités sociologiques béninoises, tous ces paramètres qu’il est loin de saisir et qui rendent sa gestion polémique. " La démocratie doit nourrir son homme, avouent-ils, nous ne rêvons plus, nous ne voulons que du concret ".
Florent Couao-Zotti couao64.unblog.fr) |
BENIN: BONI YAYI ET 2011
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