| Séfou Fagbohoun accueilli en héros : Chronique d’un destin exceptionnel
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| LE BENINOIS LIBERE 9 juillet 2008 Aboubakar TAKOU
Dimanche de pentecôte 04 juillet 2006. La fête de la descente de l’Esprit Saint était à son faîte quand le ciel s’assombrit à Ouèrè. Il venait de se passer un événement. Des éléments de la garde présidentielle appuyés par leurs homologues des autres corps de sécurité agissant au nom du directeur du cabinet du chef de l’Etat, venaient d’arrêter l’homme d’affaire Séfou Fagbohoun à son domicile à Adja Ouèrè. Cette arrestation est le résultat des discussions que l’actuel chef de l’Etat a eues avec certains milieux lorsqu’il a hérité du brûlant dossier de la Sonacop. Dans un premier temps, le pouvoir avait laissé entendre que le président de la Continental des pétroles et investissement (Cpi) serait simplement entendu dans le cadre de ce dossier. Mais très tôt, les masques tombèrent et Fagbohoun fut incarcéré. Contrairement à la place due à son rang, patron d’un parti politique et d’homme d’affaires de classe internationale, il a été mêlé aux autres pensionnaires de la prison civile de Cotonou. Cela jusqu’à ce qu’une demande de ses conseils à l’attention du ministre de la justice d’alors, Abraham Zinzindohoué soit faite. A la suite de cette demande, l’homme d’affaires fut transféré dans un autre appartement. Sa santé allait déjà mal et méritait un suivi particulier. Après les premières interventions de la justice sur le cas du détenu, le régime Yayi flairant un prochain échec de son entêtement à garder l’homme d’affaires en prison, a choisi l’option d’une petite vengeance pour se soigner le moral. Entre temps, il est à noter que le bourreau de Fagbohoun, Nestor Dako, venait de remplacer Zinzindohoué au département de la justice. Ainsi, fidèle à sa logique, il demanda que le détenu rejoigne la galère des voleurs de poulets, d’œufs, de motos, etc. On aurait dit que le pouvoir voulait en finir physiquement avec un détenu devenu trop encombrant. La mise en scène de son transfert en dit d’ailleurs long, puisque le connaissant de santé fragile, toute brutalité émotionnelle aurait suffit pour qu’il craque. C’est donc dans ces conditions que le patient tombé dans un coma, n’a retrouvé ses esprits qu’au CNHU après des soins intensifs.
Le bras de fer de son évacuation sanitaire
Les mois passés en prison ont entamé dangereusement la santé de l’homme d’affaires. Les médecins toutes tendances confondues en ont conclu à une évacuation sanitaire immédiate. Une décision qui froissa les hommes du système qui, eux ne voulaient rien de tel. Il aura fallu que le peuple se mobilise, de diverses manières, derrière la cause du détenu pour que, craignant d’éventuelles déconvenues dont le décès de Fagbohoun, dans ces conditions ; pour que Boni Yayi ne se décide à le laisser partir. C’était en juillet 2007, soit 13 mois après son arrestation et son incarcération.
La candidature et l’élection du député Fagbohoun
Avant son évacuation, alors qu’il était à la prison civile de Cotonou, l’homme d’affaires a été contacté par plusieurs députés aussi bien de la mouvance que de l’opposition qui lui proposèrent, dans le cadre de sa sortie de prison, d’accepter de se porter candidat aux législatives de Mars 2007. Après moult réflexions et surtout avec la pression des Béninois épris de justice et de paix, le détenu a finalement accepté de tenter l’aventure. Même l’ancienne présidente de la Cour Constitutionnelle était de ceux-là qui ont souhaité que le pensionnaire Séfou Fagbohoun relève ce défi. Dans le Plateau, l’adhésion de Fagbohoun pour cette idée a été accueillie dans une liesse totale. Nombreux sont ses sympathisants qui ont souhaité qu’il n’ y ait pas campagne dans cette localité pour montrer à quel point leur soutien à la cause de leur frère, de leur bienfaiteur était grand et indéfectible. Ils ont voulu ainsi offrir la possibilité de siéger à l’Assemblée National à cet homme, pour tous ses bienfaits à l’endroit du Bénin en général et de leur localité en particulier. Au soir du scrutin, c’est la présidente sortante de la Cour Constitutionnelle en personne qui l’appela pour lui présenter ses félicitations. Fagbohoun venait ainsi d’être élu député de la 5ème législature.
Un député en prison
Pour la première fois dans l’histoire du Bénin, le peuple venait de rendre justice à un détenu en le hissant au rang d’honorable député. Le cas du député a commencé par gêner les âmes démocratiquement sensibles. Un représentant du peuple est en prison en Afrique de l’Ouest, principalement au Bénin. Des tractations ont commencé à l’Assemblée Nationale pour demander sa libération immédiate. Mais comme la législature est sous le contrôle de l’exécutif, parce que présidé par un sous-fifre du chef de l’Etat, les tractations n’ont pu aboutir on en dédura avec amertume que, si cela ne tenait que de Nago, l’homme aurait pu finir son mandat entre les quatre murs de la prison civile de cotonou.
Le droit a été dit
Alors que ses sympathisants ont tous perdu l’espoir de revoir leur frère et ami, la justice béninoise se penchant sur l’affaire Sonacop a décidé de libérer Fagbohoun contre dix millions de caution. Le ministère public interjeta appel, mais la Cour d’Appel confirma la première décision sans exiger de caution. Et voilà qui ulcéra Yayi Boni et son club qui, non contents d’avoir malmené le détenu devenu député, emmenèrent l’affaire devant la Cour Suprême. Le dossier fut mis entre les mains d’un magistrat de référence, l’incorruptible et adepte des textes, Jean Baptiste Monsi. Ni la puissance du pouvoir, ni la fortune du député Fagbohoun ne pouvait plus rien face à la rigueur de ce magistrat de renom. Parallèlement à tout ceci et en attendant le verdict de la Cour Suprême, une hypocrisie de l’exécutif a laissé entendre que l’homme pouvait revenir au pays sans être inquiété.
Yayi tombe dans le piège
Mais connaissant la ruse machiavélique du pouvoir en place, les amis de Fagbohoun ont mis en place un stratagème pour évaluer le degré de sincérité de la parole du pouvoir Yayi. Une rumeur a donc été insinuée et relayée par la presse. Rumeur selon laquelle le député Fagbohoun descendrait le vendredi 11 Avril 2008. Il n’en fallait pas plus pour que Boni Yayi tombe dans ce piège cousu de fil blanc pour ne pas dire, gros qu’un trou d’éléphant. Quelques heures auparavant avant la prétendue arrivée, c’est le Garde des Sceaux qui se fend d’un courrier dans lequel il demande à son homologue de la Défense de prendre les dispositions pour cueillir le député à sa descente d’avion et le mener dans les geôles de la prison civile de cotonou. Tout le monde, dès lors, comprit que le pouvoir continuait de nourrir une haine viscérale contre l’homme d’affaires Séfou Fagbohoun. On en était là quand, comme un bolide, la décision de la Cour Suprême tomba. Les décisions rendues par le Tribunal de Première Instance et la Cour d’Appel sont en conformité avec le droit. Le député venait ainsi de regagner la plénitude de ses droits. Ce qu’il manifesta en foulant son sol natal le 13 Juin 2008. Depuis hier il a rejoint ses pairs à l’Assemblée Nationale. |
BENIN - Séfou Fagbohoun accueilli en héros : Chronique d’un destin exceptionnel
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