Assemblée nationale : et si Nago était la solution
Date: Mercredi 09 juillet 2008
Sujet: Actualités
Il se passe des choses à l’Assemblée nationale. Le second pilier de l’Etat se laisse consumer par un débat politique difficile dont l’enjeu, chaque jour confirmé, est de voir le Président de cette institution, Mathurin Nago, plier bagages et abandonner le perchoir. A ce jeu de ping-pong entre un président de plus en plus affaibli et ses collègues sur lesquels on laisse planer le soupçon d’avoir été démarchés et soudoyés pour l’abattre, c’est le spectre de la paralysie de l’institution qui se profile à l’horizon.L’Assemblée nationale a déjà connu des semaines de blocage. Et cela est assez préoccupant, assez inquiétant pour qu’on en rajoute. Quand on ne parle pas de boycottage des sessions parlementaires, par défaut de quorum, on se laisse aller à d’interminables tirailleries de procédures, une véritable guerre de tranchées qui maintient dans un face-à-face tendu deux camps déterminés qui n’en finissent plus d’en découdre.
Nous n’avons que trop noyé le poisson. Il est temps, grand temps, nous semble-t-il, d’abandonner à son triste sort ce qui prend les allures de la quadrature du cercle, en nous engageant, de manière ferme et résolue, à regarder devant nous. Le député se doit de continuer de mériter la confiance de ceux par les suffrages desquels il est devenu ce qu’il est, il se trouve là où il est. Le député est le représentant de quelqu’un. Il ne saurait se muer en son propre représentant, ne travaillant qu’à son compte, n’agissant que pour son compte. Les intérêts du pays d’abord.
Au lieu de se perdre dans de laborieux et vains jeux de coulisses, à la recherche d’une hypothétique sortie de crise, et si le chef, c'est-à-dire, le Président de l’Assemblée nationale soi-même, prenant courageusement les taureaux par les cornes, et tenant jusqu’au bout son rang et sa place, dans l’honneur et dans la dignité, mettait en jeu son fauteuil à travers une question claire et précise à faire trancher par un vote. La question là voici : « Moi, Mathurin Nago, élu Président de notre Assemblée, en témoignage de votre confiance, je me tourne vers vous, au jour d’aujourd’hui, collègues députés, pour vous demander soit de me renouveler cette confiance, soit de me la retirer ».
Une position comme celle-là, pour tranchée qu’elle soit, a au moins l’avantage d’être claire. Car il est des moments dans la vie où l’on doit s’empêcher de continuer de pêcher en eaux troubles. Il est des situations dans lesquelles l’on doit savoir trancher dans le vif, à comprendre par couper dans la chair encore saine, pour empêcher la gangrène de s’étendre. Pourquoi recommandons-nous que Mathurin Nago s’engage dans une telle voie, ceci sans calculs ni regrets ?
Premièrement. Avec la fronde qui se développe dans l’hémicycle autour de son nom, le Président de l’Assemblée nationale a le devoir de savoir, indépendamment de toutes procédures établies par les textes régissant l’institution, s’il a toujours la confiance de ceux lui ont confié une charge, une mission, laquelle, dans notre entendement, dépasse sa personne ou toutes les petites acrobaties politiciennes qu’on pourrait imaginer. Il faut se le dire : sans la confiance de ses pairs, le Président est hors jeu. Le caractère sacré de la mission doit le contraindre à en tirer toutes les conséquences, sans hésitation ni faux fuyant.
Deuxièmement. Celui qui accède au perchoir et devient le Président de l’Assemblée nationale ne reste pas moins un député. Cela veut dire que l’on peut perdre la confiance de ses collègues, conjoncturellement ou ponctuellement. L’essentiel n’est-il pas de garder la confiance de ceux qui vous ont élu dans votre circonscription et qui vous ont fait député de la nation ? Si l’on ne devait pas ainsi voir les choses et montrer le détachement qui sied, on pourrait laisser croire que l’on a choisi la fonction et les privilèges qui y sont attachés contre la mission et les exigences morales impliquées.
Troisièmement. Quand le chef en vient à prendre une telle décision, face à des situations aussi embrouillées, aussi alambiquées que celle dans laquelle s’englue en ce moment l’Assemblée nationale, il se place d’emblée dans une posture éthique, morale. Se faisant, il se conforme à des dispositions qui ne sont inscrites nulle part ailleurs que dans sa conscience. Et l’éthique, du grec ethos, c’est l’attitude juste, ordonnée dans la bonne direction. On ne doit plus être loin de parler de ce qui est vrai, de ce qui ressortit à la vérité. A en croire les sages Malinké, celle-ci passe par le feu sans se brûler.
Quatrièmement. Il est noble et méritoire de se faire un croisé, un militant de la vérité en politique, laissant à d’autres le mensonge, les coups tordus, les peaux de banane, les coups bas ou les coups de poignard dans le dos. Nous avons le devoir de changer le visage de la politique dans notre pays en l’investissant de valeurs fortes qui lui restituent la part de noblesse d’une mission éminente au service des autres, au service de notre pays. La dignité, par exemple, ne doit pas être seulement objet de discours, mais à la fois une idée et un idéal qui se matérialisent en des attitudes et en des comportements.
Cinquièmement. Mathurin Nago, à l’issue de ce quitte ou double, de cette épreuve à laquelle nous l’appelons pour qu’il risque un grand coup, devrait se sentir comme l’homme le plus serein de la terre. Les résultats du vote lui feront peut-être perdre un fauteuil, mais rien ni personne ne peut lui contester sa liberté de décider par lui-même et pour lui-même, de prendre l’initiative et de garder l’initiative. De toutes les façons, celui qui va courageusement, comme nous le recommandons, à l’école de l’épreuve ne réussira peut être pas à réaliser un gain palpable et tangible ou à montrer un trophée de chasse, mais il aura su pleinement honorer cette idée forte de Jean-Paul Sartre : « L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous ».
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 9 juillet 2008
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