Lecture des mesures anti-crise du gouvernement béninois
Date: Jeudi 17 juillet 2008
Sujet: Actualités
Aux grands maux les grands remèdes. La réponse du gouvernement face à la crise qui sévit ne s’est pas fait attendre. Elle est tombée depuis sous la forme d’un communiqué en date du 14 juillet 2008. Des mesures diverses sont annoncées. Elles touchent notamment à la nouvelle structure des prix des produits pétroliers, aux mesures destinées à réduire le train de vie de l’Etat, aux mesures d’accompagnement pour atténuer les effets de la crise sur différentes catégories sociales.
C’est le devoir du gouvernement de prendre ses responsabilités face à une crise dure et qui risque de durer en proposant une réponse aux inquiétudes des populations. En somme, la rue, les ménages, le citoyen lambda se plaignent et se lamentent face à la cherté de la vie, le gouvernement, en réponse, et pour situer les uns et les autres, a parlé. Mais a-t-il bien parlé ?
La parole du gouvernement a ignoré un principe clé, la co-gestion de la crise. La parole du gouvernement a fait fi d’une ligne de conduite qu’il a lui-même prescrite, la gouvernance concertée. Est assurément insuffisante pour que l’on parle de co-gestion et de gouvernance concertée, la référence au Forum sur la cherté de la vie, un forum convoqué à titre non nominal et non personnel pour le 14 juillet 2008, un forum sans un ordre du jour précis, sans un minimum de base conceptuelle et organisationnelle, un forum marqué du reste par l’absence notable des organisations syndicales.
Soit dit en passant, ce n’est pas parce que le gouvernement se trouve en première ligne dans le champ des responsabilités face à la crise qu’il faut le laisser se débrouiller tout seul. La crise qui nous frappe a une portée nationale. Sa solution est à chercher et à trouver dans le cerveau de chacun des 7 millions de Béninois. Pour cette raison, il n’est que plus assourdissant le silence des grandes formations politiques de notre pays. Leur analyse de la crise actuelle et leur position de principe ne peuvent être que d’un éclairage certain.
Du communiqué du gouvernement, nous avons retenu trois domaines d’activité où celui-ci pense agir pour amoindrir les effets de la crise. Il s’agit notamment, au titre de la réduction du train de vie de l’Etat, des voyages, par avion, en classe économique, des ministres de la République. Il s’agit du respect des conditions d’attribution et d’utilisation des véhicules de fonction et des véhicules de service. Il s’agit d’un train de mesures touchant au secteur agricole expressément convoqué pour aider à relever le défi de la crise.
D’abord, du voyage, par avion, en classe économique, des ministres de la République. Ce n’est qu’une mesure d’économie en trompe-l’œil. Nous grappillerons, sans nul doute, quelques milliers de nos francs sur les billets émis au titre des voyages de nos ministres. Mais nous ne ferons que des économies de bouts de chandelles, c’est-à-dire des économies bien insignifiantes au regard du coût réel de la crise qui nous frappe.
Un ministre de la République en classe économique ne vaut que pour la curiosité et le spectacle, dans le sens d’un « grand » ravalé au rang des « petits ». Il faut partir du principe que même si l’envie nous prenait de faire petit pour le bien du pays, l’Etat, quant à lui, à travers certains de ses grands serviteurs, doit être et doit rester grand, partout et toujours.
Ce n’est pas parce que nous sommes en crise, ce n’est pas parce que nos moyens sont désormais limités que nous devons affubler l’Etat des boubous défraîchis de la misère et de la pauvreté. Même pauvre, il vaut toujours mieux faire envie que pitié, parce que l’image de l’Etat, à travers un ministre de la République, ne peut s’évaluer et s’apprécier à l’aune de quelques milliers de nos francs d’économie.
Ensuite, du respect des conditions d’attribution et d’utilisation des véhicules de fonction et des véhicules de service. Si depuis que nous menons campagne sur ce chapitre, nous n’avons enregistré aucun résultat probant et satisfaisant, autant l’oublier dans les mesures destinées à réduire le train de vie de l’Etat. Les véhicules concernés ont été différenciés par la couleur de leur plaque respective. Sans résultat. Certains de ces véhicules portent l’inscription de leur provenance et de leur appartenance. Sans résultat. Les sorties musclées de contrôle de l’ex Cellule de la moralisation de la vie publique de Mme Cica Adjaï sont encore dans nos mémoires. Sans résultat. Si le gouvernement, sur ce chapitre précis, n’a rien de nouveau à proposer pour plus d’efficacité, convenons alors, triste et désabusé, que seul le silence est grand.
Enfin, l’agriculture au secours pour faire face à la crise. Il faut craindre, d’une part, dans les mesures retenues par le gouvernement et qui vont entraîner le décaissement d’importantes sommes d’argent pour nous doter d’engrais, d’insecticides, de semences et de matériel agricole que nous ne nous engagions dans une politique d’importation massive d’intrants et de facteurs de production agricole. Et si, pour tous ces produits, nous donnions une chance aux initiatives endogènes, à partir de l’expertise, des travaux, des expériences de nos chercheurs ? Il faut craindre, d’autre part, qu’avec l’aménagement souhaité des vallées et terres cultivables de notre pays, nous n’ouvrions la porte à une mise en valeur sauvage et désordonnée, avec, à terme, l’apparition d’une nouvelle classe de propriétaires terriens et d’une autre de paysans pauvres sans terre. N’avions-nous pas prioritairement besoin d’études sérieuses pour assurer une relève paysanne sérieuse, avec de jeunes agriculteurs modernes outillés de savoir et de savoir-faire ? On paye cher, très cher, plus tard, ce qu’on n’a pas pris la peine, aujourd’hui, de bien penser, de bien préparer.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 17 juillet 2008
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)