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25 Juillet 2008

 

Les Béninois n’ont aucune raison de perdre espoir. L’émergence promise approche, au galop. Port en eau profonde, port sec, nouveaux aéroports, réseau ferroviaire hyper moderne, cimenteries de grande capacité, imminence d’une invasion d’investisseurs étrangers. La météo de propagande prévoit une pluie de milliards sur le Bénin. Quand ? Au cours du deuxième mandat du docteur-président probablement. Le temps nécessaire pour que la faim et la misère achèvent leur implacable randonnée. Visiblement, la machine à rêve de nos princes n’a pris la moindre ride.

 

En pleine crise de repas dans les foyers, les Béninois se voient proposer la foi en l’avenir. Le grand chef ayant publiquement avoué que les minutions sont terminées et qu’il n’y a plus grand-chose à attendre, il fallait trouver le moyen de desserrer l’étau de la demande sociale à travers cette sorte de liquidation précoce du mandat en cours. La prochaine campagne présidentielle se fabrique déjà sous nos yeux, avec trois ans d’avance. Faire saliver les gens sur les mirages d’un horizon de plus en plus fuyant, insaisissable et intemporel.

 

Des siècles que la technique de la fuite en avant a fait le bonheur des régimes en panne d’inspiration. Cela ne coûte rien à Koukpaki de venir ériger un camp sur le plateau de la télévision nationale et débiter des torrents d’annonces soporifiques. La manœuvre permet de détourner les regards de la grisaille ambiante. La Nation prospère est à portée de main à condition de se projeter dans un nouveau quinquennat en compagnie du docteur-président. Tout ce qui est demandé à la population, c’est de souffrir en silence.

 

Des partenaires étrangers accourent, les bras débordant d’investissements colossaux. On va voir ce qu’on n’a jamais vu jusque là. J’emprunterai une énième fois à mon grand ami Tlf : « il vaut mieux entendre ça que d’être sourd ».

 

C’est clair que dans sa rhétorique sur l’émergence, le gouvernement du changement ne fait pas son pari sur les paysans. Pour les amateurs de la bonne chair qui pullulent dans les couloirs de la marina depuis avril 2006, il est plus valorisant de s’accoquiner avec des porteurs de devises qu’avec des analphabètes en haillons juste bons à marcher en honneur au chef de l’Etat. La gestion de la vie chère a d’ailleurs été l’occasion d’apprécier la frénésie mercantile des gens du régime. En témoigne toutes les acrobaties liées à la gestion des magasins-témoins allant de l’Opa sur les vivres directement auprès des producteurs jusqu’à la sélection des sociétés en charge de la vente en passant par les suspensions de vente sur les stands et l’organisation du marché parallèle. Tout est prétexte pour commercer et donner libre cours à la surenchère et à l’inflation : les microfinances, la sécurité des véhicules sous escorte, les magasins-témoins, les Gsm.

 

Rien dans l’exposé idyllique de Koukpaki ne donne un rôle quelconque au génie local. Le bonheur viendrait de l’étranger. Une conception qui étonne à moitié lorsqu’on voit le mode de fonctionnement de l’appareil. Au bout de deux ans de gouvernance la visibilité de la vision pose toujours problèmes. Les courtisans n’ont que l’activisme débordant, calculateur, perpétuellement électoraliste et clientéliste de leur champion comme preuve. Une sorte de programme non écrit incorporé au seul gourou suprême. C’est sur cet attelage bizarre que repose le destin de la République.

 

En attendant, mourrez de faim !

 

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Tag(s) : #EDITORIAL
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