Dans quel état sera le Bénin en 2011 ???
Par Arimi CHOUBADE
3 septembre 2008
Lancinante, persistante, tentaculaire et ravageuse, telle une tumeur cancérigène, le Changement à la béninoise vire inexorablement au mélodrame. Les coups pleuvent sur le système démocratique et ne font plus rire du tout. Les émergents ne se contentent pas de mordre dans l’héritage déjà calamiteux de la génération Kérékou. Il leur faut hypothéquer, le patrimoine commun sur plusieurs autres générations à venir. Personne ne se demande plus jusqu’où pourrait aller le régime Yayi. La réponse est connu : c’est du « no limit ». Je m’excuse pour l’usurpation. C’est encore heureux qu’on n’ait pas encore envoyé les chars d’assaut pour disperser les grévistes des centres de santé, des cours et tribunaux. Et qu’on se soit arrêté au recrutement d’agents ad hoc et autres « patriotes » pour briser les grèves.
Le questionnement qui a plus de sens, à mi-mandat de Yayi Boni, est celui relatif aux contours du Bénin qu’aurait achevé de configurer les nombreux coups de canif expédiés dans la seul richesse commune connue : « la paix ». Le régime supporte de moins en moins l’esprit frondeur voire rebelle de ses sujets. Une résistance diffuse qui frise, si ce n’est la lèse-majesté, l’humiliation. Sinon à quoi ressemble ce dédain de la vieille classe politique face à l’offre d’entrer au gouvernement afin d’élargir l’assiette des applaudisseurs et des adulateurs du prince ? Surtout au moment où le pouvoir tient entre ses mains un instrument de chantage détonnant : les communes sous contrôle de l’Etat-Fcbe et privées de conseils légitimes.
Le Bénin y est déjà, en plein syndrome du « roi blessé », engagé dans une logique vengeresse. Un roi qui considère toute velléité d’émancipation comme l’agitation du chiffon rouge destiné à l’effaroucher davantage. Une déclaration dans le style de celui de l’Université d’été du G13 à Ouidah apparaît et est vue comme une dérision. Issa Salifou, Rachidi Gbadamassi et Vénance Gnigla qui paradent aux côtés du grand messie au cours d’une cérémonie de pose de première pierre retransmise en direct à la télévision nationale alors qu’ils s’apprêtent à balancer dans l’opinion un texte lapidaire pour le pouvoir ? Une humiliation.
Rendez-vous pris pour Calavi, Malanville, Sèmè-Kpodji, Avrankou ou partout ailleurs au centre du Fcbe-land pour la revanche du prince.
Plus que l’état du Bénin, c’est l’état psychique des courtisans, en fin de mandat, qui préoccupe. Il faut bien que les auteurs des « sales boulots » rendent compte un jour. C’est un drame pour une administratrice civile d’être contrainte de se souiller l’âme juste pour faire élire un maire souhaité par le prince, en contradiction flagrante avec l’expression du suffrage universel. Que dire de l’autre ministre accusé d’actes crapuleux et de séquestration sur des cadres de son département ministériel au nom des mêmes fantasmes princiers ?
Mettant en porte-à-faux le « plus jamais ça » proféré à pleins poumons par les participants à la conférence des forces vives de la nation en février 1990.
De la souillure, des cadres civils et militaires l’ont connu sous la dictature socialiste. Une mémoire difficile à solder, des décennies après, malgré l’éteignoir de la loi d’amnistie votée sous la transition entre la révolution et le renouveau démocratique. Savent-ils seulement, ces zélés du Changement, que les chances d’une nouvelle loi d’absolution sont quasi nulles. Avis à Hachémè, Hountondji, Ndouro, Dovonou, Dossou, Soulé et comparses ! Entre la colère du président, liée au mandat et la colère de la République, intemporelle, il faut savoir choisir. Pas de place pour l’amnistie à l’ère de la Haute cour de justice.
Alain Adihou n’en avait peut-être pas fait autant !!!
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)