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Il n’y a que lui, le patriarche Emile Derlin Zinsou pour gratifier les Africains d’un humour aussi intelligent. Appréciez la fameuse blague : « l’armée ne sert à rien, il faut la supprimer » ; sur Rfi, la radio coloniale. En échos aux frasques ubuesques des hauts gradés en adoubement constant vis-à-vis du régime du Changement, cela prend l’aspect d’un véritable désaveu. Venant d’un ancien président de la République, la boutade tombe pile dans un débat sur l’utilité d’une armée au Bénin. Il ne s’agit pas ici d’élucubrations de journaliste sur les risques d’une « oligarchisation » de la grande muette qui m’ont d’ailleurs valu, en novembre 2007, les foudres des « 3 étoiles » de Mathieu Boni, chef d’état-major des armées en personne.

 

Un voyage sur les exploits de cette armée vus par les non émergents suffit pour se faire une opinion. Commençons par le plus spectaculaire : le convoyage de fonds à la frontière avec le Togo par des généraux, l’un ministre de l’Intérieur, l’autre chef d’état-major général des armées. Comment ne pas revenir sur la peur bleue de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Idji Kolawolé face aux comportements de certains militaires lors de la campagne électorale des législatives 2007 ? Ces escorteurs en uniforme du cortège présidentiel distribuant des affiches à l’effigie de l’Etat-Fcbe, terrorisant les adversaires politiques du chef de l’Etat qu’ils ont fini par conduire dans une embuscade jamais élucidée.

 

Pêle-mêle, revenons sur l’offensive incisive d’un lieutenant-colonel contre un autre ancien président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji. Le commandant militaire de l’institution parlementaire qui décide d’organiser une conférence de presse afin de démonter, preuves à l’appui, la mauvaise foi supposée d’un député qui plus est adversaire politique direct du gouvernement. Sans que la hiérarchie militaire ou administrative du franc tireur ne s’émeuve outre mesure.

 

L’instrumentalisation des militaires au service de l’émergence ne connaît aucune limite. Même à l’interne, aucune complaisance n’est tolérée à l’endroit des anticonformistes. Le général Fernand Amoussou l’a appris à ses dépens. Il fut littéralement bombardé de noms d’oiseau sur la télévision nationale béninoise par des officiers qu’il avait eus sous son commandant lors de son passage à la tête de l’état-major général des armées. Son crime était d’avoir bénéficié de la confiance des instances onusiennes pour commander les troupes d’interposition en Côte d’Ivoire. Un strapontin que bien de militaires « patriotes émergents » voudraient récupérer. Il y a également l’intermède tumultueux du célébrissime général François Kouyami traité par ses anciens sujets comme un vulgaire malfaiteur surveillé à domicile, objet d’une filature constante et fiché par les renseignements généraux.

 

Reste la boite de pandore des interventions intempestives et brouillonnes de soldats dans des dossiers qui relèvent d’actes administratifs classiques ou de simple police. Le transport de matériels électoraux, l’exécution de marchés publics à caractère commercial, la traque d’opposants, le maintien d’ordre et son lot de bavures sanglantes etc… Si ce n’est pour masquer des signes évidents d’oisiveté d’un corps visiblement en quête d’identité. Nulle part dans ces hauts faits d’arme énumérés, on ne voit poindre des impératifs de défense du territoire national, la fondamentale raison d’être d’une armée. Encore que sur le ce sujet, une réelle menace sur le territoire béninois relève de fantasmes d’une autre époque. La grande muette serait certainement très inspirée à se convertir en une structure de sécurité interne en renfort à la police.

 

Cette conversion lui éviterait à coup sûr d’éventuelles blagues désobligeances

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Tag(s) : #EDITORIAL
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