Dieu n’a pas besoin de 500 millions…
Arimi CHOUBADE
12 septembre 2008
Le tourniquet de la Marina n’arrête plus de ventiler des deniers publics aux quatre vents. Au tour des Imams, pasteurs, prêtres, têtes couronnées de ramasser leur part. Le nouveau credo des émergents ne manque pas d’originalité. Il parait qu’on se grandit en donnant, à entendre les vociférations du porte-parole du gouvernement, Alexandre Hountondji. On s’est certainement grandit vis-à-vis des Togolais qui ont reçu leur part (100 millions) et pourquoi pas vis-à-vis de Dieu ou des dieux – nous sommes au pays du vaudou. Ce qui explique la dispersion d’un demi milliard à travers mosquées, églises, couvents et palais royaux.
En le voyant prêter serment sur l’esplanade de l’Assemblée nationale à Porto-novo le 06 avril 2006, les Béninois pensaient confier à Boni Yayi un trésor public désormais épargné de la légèreté et du gaspillage. La détermination avec laquelle le ministre chargé des relations avec les institutions vient défendre cette affaire est révélatrice de l’enjeu qui se joue. La gestion de cette manne considérable revient de droit à son département ministériel. On peut compter sur la faculté de dissimulation, de manipulation et de fraude d’une administration entièrement instrumentalisée par le régime pour faire dissoudre les dites subventions dans des circuits de financement de l’Etat-Fcbe.
Dans leur grande majorité, les entités identifiées pour bénéficier du ½ milliard ne sont ni légales ni légitimes. On ne connaît que le clergé catholique, la Communauté islamique Ahmadiyya et probablement un ou deux autres qui jouissent de conventions claires avec le gouvernement béninois grâce à la signature d’accord de siège en bonne et due forme. Le reste végète dans un flou indescriptible. Il eut fallu donc que le gouvernement Yayi commence dans un premier temps par réglementer l’exercice des cultes au Bénin avant de choisir de jeter de l’argent du contribuable dans ce magma difforme. A moins que l’opération ne vise à perpétuer le clientélisme politique dont se nourrit l’Etat-Fcbe en route vers le pouvoir absolu. Indécente, la promiscuité que l’on tente d’entretenir entre le divin et l’illégalité.
On attend que les initiateurs de cette affaire viennent approfondir davantage la morale des subventions aux religieux et à ce qui reste de la noblesse locale. Déjà, ceux d’entre eux qui ont signé avec l’Etat béninois des accords de siège, jouissent du régime des exonérations à l’instar des représentations diplomatiques. Il s’agit d’une série de facilitation au cordon douanier, aux impôts et taxes divers. Les autres qui opèrent sans cet accord de siège ne sont pas moins exempts des dites exonérations à l’exception de celles auprès du cordon douanier. En clair, les lieux de culte et les vestiges des anciens palais royaux ne paient pas d’impôt sur le foncier ou sur leurs recettes éventuelles. Ce qui constitue aussi des sortes de subventions sans qu’on ne soit obligé d’en rajouter.
Le mépris du régime vis-à-vis des lois est si criard que le débat sur une probable violation du principe constitutionnel de la laïcité de l’Etat n’est apparu nulle part dans les conjectures après l’annonce de la subvention de tous les excès. Une banalisation de l’illégalité qui prend des proportions abyssales. Les émergents ne se sont même pas interroger sur le sort de la grande masse qui ne fréquente ni mosquée ni église ni pagode ni couvent ni palais royaux. La prospérité partagée ne les concernerait pas. Et puis après tout, les 500 millions vont à Dieu (ou aux dieux), parait-il.
Ils ont osé corrompre les cieux…
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