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Le filet des oiseleurs

 

Par l'Abbé André S. Quenum

23 Septembre 2008

 

Les Béninois ont des raisons d’être inquiets. Ce qui inquiète, ce n’est pas la persistance du blocage politique et de la crise économique. Car après tout, y a-t-il de société sans crise ? Ce qui inquiète, c’est l’entassement, la complexification et l’extension subtils des conflits au sein de la classe politique et, partant, dans la société. Comme des accès d’infections mal traitées ou des volcans mal ramonés, les irruptions les plus violentes peuvent à tout moment nous surprendre tous, sans épargner ceux qui se croient maîtres d’un jeu dont plus personne n’est sûr de maîtriser toutes les implications. D’un développement à l’autre, la situation s’aggrave et le peuple se retrouve comme des oiseaux progressivement pris dans le filet des oiseleurs. Les mailles du filet sont nombreuses:


- Après les élections législatives, les partis politiques sont encore plus fragilisés et émiettés que jamais. Désormais, les replis identitaires religieux, régionaux et ethniques sont de plus en plus exacerbés ;


- Les forces politiques présentes au Parlement ont fini par bloquer l’institution et, du coup, le pays ;
- Divisés par des « patriotes » les syndicats sont hérissés et les centrales s’en raidissent ;
- Le fromage au bec, plusieurs leaders de la société civile, qui, fameux chroniqueur hier, qui, célèbre dénonciateur des opérateurs de Gsm hier, sont aujourd’hui aux ordres et en silence ;
- A coups de milliards, l’aristocratie et la démocratie, le religieux et le politique entrent dans un couvent de cocktail Molotov ;
- On n’oublie pas que les « délégués militaires » devraient quadriller le pays. Il faut plutôt oublier que tous les élus locaux ne sont toujours pas installés ;


- Il fut un temps où les défenseurs du changement étaient partout. Maintenant que les citoyens ont besoin de savoir ce qui se passe et où va ce pays, on ne les entend plus ;


- La Cour suprême et la Cour constitutionnelle sont soupçonnées de partialité alors que la maison justice est toujours malade et l’Etat de droit boiteux.

 

D’autres institutions comme l’Organe présidentiel de médiation et le Haut commissariat pour la gouvernance concertée demeurent invisible au moment où nous avons besoin de médiation et de concertation ;


- Maintenant que la lutte contre la corruption bat de l’aile, les marcheurs verts sont au repos ;


- Face à tout ceci l’attitude de chaque camp politique conduit à un raidissement de plus en plus inquiétant de la situation. Personne n’a le souci du dégel si ce n’est pour servir ses intérêts ;


Ainsi, les mailles se serrent sur les pauvres citoyens qui ont faim, et comme des oiseaux, nous courons le risque d’être pris dans les filets des politiciens oiseleurs !

 

 

Abbé André S. Quenum

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Tag(s) : #EDITORIAL
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