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 Nouveaux chefs-lieux des départements: Démolé Moko veut enflammer le pays

 

8 octobre 2008 - LE MATINAL


Le ministre en charge des collectivités locales et de la décentralisation a rendu public le lundi dernier les résultats des travaux techniques du nouveau découpage territorial et les nouveaux chefs-lieux de départements. Au delà du fait que toutes les questions n’ont pas encore trouvé de réponse dans les explications du ministre, c’est l’imprudence du gouvernement à réveiller ce vieux dossier qui risque de susciter des réactions épidermiques.

Comment arrivera t-on à imposer ces quatre critères de l’équipe technique aux populations ? A-t-on pensé un instant aux réactions qui découleraient d’une désignation dans les conditions actuelles des nouveaux chefs-lieux pour les six départements restant, ? Et au-delà de ces critères, comment justifier l’enquête qui a abouti à ce résultat ? Autant de préoccupations qui semblent n’avoir pas été prises en compte par le ministre en charge de la décentralisation et ses techniciens qui se sont juste bornés aux aspects intellectuels du dossier pour faire des choix à la limite contestables. Alors qu’il y a aussi d’autres éléments non négligeables que le ministre Issa Démolé Moko a tendance à ignorer dans cette affaire qui remonte bien d’années déjà. Et malgré les critiques, les rappels à l’ordre et surtout les grognes, les pouvoirs politiques passés se sont abstenus. En dehors de ces critères de l’équipe technique sur le sujet, il y a d’abord et avant tout la situation politique actuelle qui ne permet pas de sortir un tel dossier des tiroirs. Les prédécesseurs du président Yayi Boni en savent bien des choses. D’ailleurs, ils ont jusqu’à passer le témoin, d’en faire une préoccupation. Parce que les polémiques autour de ce dossier sont telles qu’aucun d’eux n’a eu le courage de l’aborder dans un sens ou dans un autre. Pour certains, il était mieux de revenir sur les six précédents départements du Bénin que d’avoir à gérer des intrigues à n’en plus finir. Le ministre Issa Démolé Moko qui en sait aussi quelque chose devrait épargner au chef de l’Etat des complications les complications que va engendrer la prise d’une telle décision. L’autre grande difficulté qui pourrait aussi réveiller les vieux démons de la division, c’est que les initiateurs de la stratégie n’ont pas pris en compte les clivages dans la mouvance hétéroclite autour du chef de l’Etat. Avec cette situation, c’est déjà au sein de cette mouvance que les problèmes vont commencer et vont s’envenimer. Simplement parce que le choix porté sur une ville contre l’autre pour servir de chef-lieu de département pourrait obliger les populations à interpeller le leader de leur région recalée. La situation pourrait également fragiliser certains hommes politiques dans leurs fiefs. D’autres hommes politiques peuvent profiter de la situation pour régler des comptes à leurs adversaires. Une série de complications que le ministre Issa Démolé Moko et ses techniciens semblent perdre de vue en jetant le président Yayi Boni en pâture.  

Des incohérences au sujet des critères même de choix

  Ce sont les critères de démographie, d’infrastructures, de position géographique et de poids économique qui ont concouru, dit-on, au choix de Savalou pour les Collines, Ouidah pour l’Atlantique, Pobè pour le Plateau, Aplahoué pour le Couffo et Djougou pour la Donga. Si Djougou et Pobè ne posent pas pour l’instant un problème majeur, des voix pourraient se lever pour contester le choix porté sur toutes les autres villes pour servir de chefs-lieux de département. Et pour cause. Allons au cas par cas. C’est d’abord la situation géographique de Ouidah et d’Applahoué qui devrait les annuler naturellement. Car, quitter certaines localités du sud de l’Atlantique pour Ouidah est plus aisé que venir du nord de ce département. Ainsi, les populations de ce département pourraient profiter de cette injustice claire pour contester facilement ce choix qui leur a été imposé par Issa Démolé Moko. Idem pour Aplahoué. Mais, il y a aussi le critère d’infrastructures et de positions économiques qui ne convainc pas. Qui dit que Allada dans l’Atlantique et Dogbo dans le Couffo n’ont pas les disponibilités infrastructurelles adéquates pour mieux jouer le rôle que Ouidah et Aplahoué ? Entre temps, certains voyaient mieux Djakotomey et dans une moindre mesure Azovè dans ce rôle dans le Couffo. Parce qu’en dehors de l’agglomération urbaine d’Aplahoué où on a un semblant d’infrastructure, le reste de la localité n’est pas si visible. Et, ce sont les zones comme Azovè qui donnent à « manger » à toute la population et continuent par jouer un rôle important dans la vie économique du département du Couffo. Les populations sont très nombreuses dans les hameaux de Azovè et donnent au département une certaine importance à matière démographique. C’est également le cas pour Kétou qui, au-delà de tous les quatre critères, a une histoire dont on ne peut se passer. Si on est arrivé à choisir Savalou et Ouidah dans ces conditions, il n’y a pas de raison à oublier Kétou. Même si le critère historique n’a plus prévalu au choix. Azovè et Kétou sont deux régions qui ont pratiquement les mêmes intérêts économiques, ont une histoire et dont les poids graphiques ne sont pas négligeables. Et puis, tout le monde pense que c’est sa région natale qui est la mieux placée pour la cause. Autant de préoccupations qui n’ont pas permis de régler jusque là la question des nouveaux chefs lieux des six autres départements. Car, personne ne veut tomber aussi facilement dans les pièges des oiseaux de mauvais augures qui attendent la dernière occasion pour agir. Ce que Issa Démolé Moko n’a pas perçu. Une fois encore, la tendance de certains zélateurs à se précipiter sur les dossiers n’a pas permis de voir plus loin que le bout de leur nez. A vrai dire, ce n’est pas pour rien que les présidents Nicéphore Dieudonné Soglo et Mathieu Kérékou ont évité d’aborder ce dossier jusqu’à leur départ définitif de la scène politique. C’était déjà à la source, un cas sensible et tout le monde s’accorde à dire qu’il faut éviter de l’aborder à la hâte comme on tend à le faire actuellement. Si ce n’est pas un mouvancier qui va trouver que c’est un moyen pour lui dicter la loi dans son fief, ce sont les hommes politiques de l’opposition qui vont trouver dans cette affaire une manœuvre du pouvoir Yayi Boni pour les torpiller. Et les contradictions qui en découleraient risquent de compliquer la tension politique actuelle. C’est encore le président Yayi Boni qui en sortira très éprouvé en ce moment où il est obligé de faire la paix avec tout le monde pour ne pas être étouffé. Déjà, il n’arrive pas à colmater les brèches pour former le gouvernement de large union qu’il souhaite si tant. Le choix porté sur certaines villes pour servir de chefs-lieux de département dans ces conditions pourrait être la dernière situation qui mettrait le feu aux poudres.

 

Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé-Plateau)


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Tag(s) : #Politique Béninoise
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