L’armée « patriotique » du 03 juin, plus forte que jamais…
Par Arimi CHOUBADE
10 octobre 2008
Plus rien n’est comme avant depuis le 03 juin 2008. Ce jour-là, l’éveil d’une nouvelle légion a permis l’annexion pure et simple de 24 communes. Pour le compte de Fcbe. Sous les yeux hagards de préfets, chefs de brigade de gendarmerie, commissaire de police et officiers de l’armée tétanisés par les menaces qui pèsent sur leurs grades et galons. Depuis, la machine insurrectionnelle a eu le temps de se rôder, de fortifier ses fondements et d’intégrer le débat politique. Elle a pu faire admirer sa force de frappe le 08 octobre 2008 à Dassa, Savè, Glazoué. Des bastions naturels du Yayi-land, incapables de supporter que Savalou, ethniquement moins « patriote », s’arroge le statut de leur chef-lieu départemental. Offense passible d’un avertissement cinglant : blocage de la route inter-Etat N°1, immobilisation des véhicules de transports de voyageurs et de marchandises, tentatives d’épuration ethnique, agression. Le tout sans aucune réaction de la République conventionnelle en concurrence sauvage avec Fcbe, ses lois, ses milices et ses soutiens au cœur du régime. Des manifestants ne se sont d’ailleurs pas gênés d’exhiber des tee-shirts, des fanions et autres gadgets à l’effigie du regroupement politique cher au docteur-président, lors des troubles du 08 octobre.
Le rappel de 03 juin 2008 est le principal sésame d’accès au drame de la démocratie version yayisme. Ce jour inaugure une nouvelle forme de contestation politique. Dorénavant, un contentieux électoral cesse d’être l’apanage de seuls juges bureaucrates. Quelques soudards armés de gourdins, de haches, de branchages et de banderoles Fcbe paraissent plus efficaces que les institutions républicaines pour apprécier la régularité du suffrage universel. Trop fidèle à la République désormais réduite à la portion congrue de subordonné de l’Etat-Fcbe, la vieille classe politique se complait dans la vaine dénonciation. Les interrogations sur l’entretien de la troupe du 03 juin, sa motivation et son évolution trouvent leurs réponses dans les événements des Collines du 08 octobre. Sûrs de leur impunité, les miliciens déguisés ne se priveront pas de multiplier les climats insurrectionnels. Les prétextes ne manquent pas : résultats d’élections municipales, désignation de chefs-lieux de département, formation de gouvernement voire privatisation d’une société d’Etat – les remous commandités par le gouvernement lui-même à l’occasion de l’adjudication ratée de la Sonapra en 2007 permettent de se faire une opinion sur les véritables tireurs de ficelle.
Visiblement, la milice du 03 juin a beaucoup gagné en puissance. Jusque-là, elle s’est contentée d’annexer des abords de certains hôtels de ville ciblés. La performance la plus remarquable se limite à une brève perturbation de l’axe Cotonou-Porto-novo par des manifestants braillards. Sans commune mesure avec la démonstration de puissance sur la Rnie 1 le 08 octobre ; une maturation extraordinaire en seulement quatre mois d’existence. S’arrêter en si bon chemin ne fait pas encore partie de l’agenda de ses concepteurs.
En 2011, ce genre de machin peut s’avérer très indispensable au rempilage du docteur-président. Les adversaires du pouvoir ne sont pas encore au bout de leur peine tant qu’ils ne parviendront pas à intégrer cette force du 03 juin dans leur stratégie de lutte contre ce qui tient lieu de gouvernance au Bénin, deux ans et demi après l’avènement de Yayi Boni. Lorsque le célébrissime parlementaire suisse Jean Ziegler débarquait au Bénin dans les années 1994, il était tombé des nus face à la vitalité du débat démocratique. 14 ans après le commissaire européen Louis Michel est obligé de se préoccuper le plus diplomatiquement du monde, du blocage des institutions.
Du chemin a été fait, surtout depuis le 03 juin 2008.
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