Autopsie d’un remaniement
23 octobre 2008 - LE MATINAL
Le président Yayi Boni a enfin constitué hier mercredi 22 octobre 2008 son troisième gouvernement. En dehors des difficultés à l’issue desquelles la liste des ministres a été rendue publique, le souci de contenter tout le monde aura obligé de chef de l’Etat à constituer un gouvernement pléthorique dont les conséquences sont énormes.
Un troisième gouvernement de 30 ministres pour continuer l’expérience de leurs collègues recalés. Dans le lot, il y a 19 nouveaux patrons qui vont prendre le train du Changement en marche mais aussi et surtout prouver au plus tôt au chef de l’Etat leur rigueur dans le travail et leur capacité politique à le rassurer positivement pour le reste du parcours, avec des portefeuilles ministériels saucissonnés et des créations dont l’intérêt reste à démontrer. Le premier élément qui saute à l’œil, c’est la disparition précoce du ministère de l’alphabétisation qui est désormais réduit à une simple direction technique. Le premier et le dernier patron de ce département ministériel qui sait se lancer dans des déclarations tapageuses, n’aura fait que quelques mois d’expérience au service du Changements avec un cortège de mécontents dans la vague de ses collaborateurs. Pour ce qui concerne la nouvelle équipe gouvernementale pléthorique, il faut craindre que tous les ministres ne trouvent pas de sitôt de bâtiments pour être logés. Car, il a été bien difficile de trouver de bureaux à l’ancien ministre de l’enseignement secondaire et technique Bernadette Sohoudji Agbossou. Elle a erré des semaines durant et était à cheval sur Cotonou et Porto-Novo avant d’être finalement logée quelque part dans la Capitale économique. C’est ce qui risque de se passer avec les nouveaux ministères à finalité purement politique. On a l’impression que cette augmentation plutôt exagérée du nombre de portefeuilles ministériels vise dans un premier temps à récompenser certains thuriféraires du Changement, et de l’autre, à diviser les forces politiques dites de l’opposition qui commencent par reprendre la situation en main à l’Assemblée nationale et dans certaines localités du pays après les tiraillements liés aux récentes élections locales. A vrai dire, ils sont un certain nombre de personnalités politiques qui ont jusque là joué de très bonnes partitions au sein des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe) ou dans l’entourage immédiat du chef de l’Etat qui attendaient leur tour du partage du gâteau. L’attente devenait déjà trop longue et le découragement a commencé par atteindre nombre d’entre ceux là qui commencent même par se poser des questions sur l’intérêt de leur militantisme autour du chef de l’Etat. Entre-temps, la situation avait même fait l’objet d’une réflexion entre les députés Fcbe, et le chef de l’Etat qui paraissait très conscient de leur situation, a été obligé de les écouter. C’est à l’issue de la rencontre au cours de laquelle certaines grandes vérités ont été dites au premier magistrat que la première coordination est née, puis le député Janvier Yahouédéou qui n’a pas eu la langue de bois vis-à-vis du chef de l’Etat a été désigné pour diriger la nouvelle union Fcbe. Son collègue Hélène Aholou Kéké va assurer la trésorerie générale jusqu’au dernier congrès de refondation. C’est cette situation qui pourrait justifier la nomination du député Fcbe Allassane Séïdou.
Ce gouvernement pléthorique qui a pris en compte quelques ténors des forces politiques de l’opposition peut aussi se justifier par la tendance à diviser pour mieux régner. C’est de cette façon qu’il convient d’analyser le retour aux affaires de l’ancien ministre Valentin Aditi Houdé. Allié sûr des députés Force Clé dans un premier temps, il a poursuivi son expérience anti cauris dans le G 13 et n’a jamais accepté la façon dont les affaires sont conduites au sommet de l’Etat. La preuve est qu’il a su donner son accord de principe à ses collègues du G 4 du G 13 et de Force Clé le mardi dernier pour rendre la vie dure au chef de l’Etat à l’Assemblée Nationale qui préparait l’examen du rapport d’activité de son président. Après de chaudes luttes qui ont duré toute la journée du mardi, l’opposition a fini par avoir le dessus avec cinq groupes parlementaires et c’est Valentin Aditi Houdé que les autres ont désigné pour diriger cette entité, parce qu’il est vraiment acquis à la cause commune et n’aurait pas fléchi face aux différentes situations auxquelles l’ensemble du groupe a été contraint. Il en est de même pour son collègue Basile Léon Ahossi qui pense aussi que le pays est mal gouverné. Il est plusieurs fois de suite monté au créneau pour le faire savoir et a été au cœur des tractations le mardi dernier à l’Assemblée nationale. Qu’est ce qui s’est alors passé pour qu’entre ce soir du mardi et le mercredi leurs noms apparaissent sur cette liste du nouveau gouvernement ? Pourront-ils changer aussi rapidement ? Comment pourront-ils justifier ce revirement spectaculaire ? Au lieu de chercher à répondre à ces préoccupations, il vaut mieux voir dans ces deux nominations une tentative du chef de l’Etat de fragilisation des forces politiques dites de l’opposition. C’est le président Nicéphore Dieudonné Soglo qui a tenté pour la toute première fois, sous l’ère du renouveau démocratique cette stratégie de diviser pour régner. Ainsi, l’ouverture du gouvernement telle qu’elle a été gérée dans ce cas, est juste un piège pour ces ministres. Dans les mêmes conditions, les Sieurs Antoine Kolawolé Idji et Magloire Yansunnu avaient décliné l’offre du président Soglo. Et même si ces deux nouveaux ministres hésitaient à leur emboîter le pas, le risque qu’ils courent est déjà trop grand. Parce que sous le Changement, on a appris qu’on peut être remercié à tout moment, il vaut mieux se contenter d’un statut de député qui dure forcément quatre ans. D’un autre point de vue, on doit se poser des questions sur l’opportunité de ces nominations parce qu’il n’est pas certain que leurs suppléants les suivent dans leur jeu et qu’ils soutiennent l’action gouvernement de une fois au Parlement. Le premier sur qui on ne saurait compter dans cette affaire reste le suppléant du ministre François Abiola Adébayo à cause de l’influence de Séfou Fagbohoun.
En formant son quatrième gouvernement, le chef de l’Etat n’a pas pu prendre en compte son récent engagement de réduire les charges au sommet du pays, car, les 30 ministères, c’est plusieurs millions au trésor public par mois. Tout d’abord, il va falloir penser aux primes d’installation et les autres grands frais à la charge de l’Etats alors que les résultats attendus de ces ministres sont à revoir. Mais, il faut également se demander si le budget 2009 récemment envoyé à l’Assemblée Nationale a pris en compte ces ministères. Si ce n’était pas le cas, il faut craindre les perturbations qui en découleraient surtout en cette période sensible où les forces politiques de l’opposition semblent bien aguerries et sont dans la logique de pousser autant que possible le président Yayi Boni aux conséquences des mesures exceptionnelles. Déjà le collectif budgétaire 2008 lui a été refusé alors qu’il n’a encore de solutions pour les premiers dépassements budgétaires. Et la manière dont les achats et autres débauchages de députés s’organisent jusque que-là devrait lui être préjudiciable.
Si certains anciens ministres n’ont pas été remerciés, ce n’est pas parce qu’ils ont forcément travaillé. Outre ce critère, il y a des données stratégiques, politiques et opérationnelles qui ont surtout concouru à leur maintien dans le gouvernement. C’est le cas des ministres Irénée Pascal Koukpaki et Soulé Mana Lawani dont on a besoin pour défendre le budget 2009 à l’Assemblée Nationale. Le premier est un pilier pour le régime Yayi Boni et le second qui a géré un certain nombre de dossiers sensibles a besoin d’être reconduit pour justifier les contours. Leur collègue ministre d’Etat chargé de la défense qui jouit d’importants atouts, est du cercle dur du Changement et est l’œil du président dans le gouvernement partout où besoin est jusque-là. Les autres, que ce soit François Noudégbessi, Armand Zinzindohoué, Galiou Soglo, Sacca Lafia ou Roger Dovonou, leur reconduction répond à des visées politiques. Le premier vient à peine d’aider au gain de la mairie d’Avrankou pour les Fcbe. Armand Zinzindohoué occupe comme Roger Dovonou et Galiou Soglo une position stratégique dans leur région depuis que les forces politiques dites de l’opposition ont repris du terrain. Pour le cas Sacca Lafia, il est le président de l’Union pour la Démocratie et la Solidarité (Uds), la seule vraie formation politique dans la vague des mouvements qui constituent la Fcbe.
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