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CHRONIQUE DU JOUR


Bénin: Les paradoxes d’un remaniement ministériel

 

23 octobre 2008 - FRATERNITE

 

par Sulpice O. Gbaguidi

Il vaut mieux tard que jamais. Le président Boni Yayi a enfin formé son gouvernement. Les fumées des rumeurs s’évaporent devant la réalité du remaniement. Les 30 soldats de la République sont connus. Mais le navire Yayi va lever l’ancre avec des problèmes de foc, de l’hélice tribord et du guindeau.

Il vaut mieux tard que jamais. Le président Boni Yayi a enfin formé son gouvernement. Les fumées des rumeurs s’évaporent devant la réalité du remaniement. Les 30 soldats de la République sont connus. Mais le navire Yayi va lever l’ancre avec des problèmes de foc, de l’hélice tribord et du guindeau.

L’arithmétique gouvernementale issue du remaniement affiche 19 entrées et une dizaine de sorties. Boni Yayi a fait une véritable chasse aux ministres dans une sorte de nettoyage du milieu gouvernemental. Les ministres déboulonnés vont déménager à la queue leu leu. Yayi balaie sa cour mais l’assainissement laisse un goût d’inachevé et traîne d’énormes paradoxes. Jugez-en vous-mêmes !

Le nombre de ministères passe de 26 à 30, soit une augmentation de quatre portefeuilles. Certes, des amputations ou saucissonnages de ministères laissent percer une plus grande responsabilité des membres du gouvernement. La grande inconnue reste cependant l’incidence financière du gonflement des ministères. A l’heure de la crise alimentaire, les inquiétudes se soulèvent sur d’éventuels gaspillages des ressources de l’Etat. Le poids des ministères ne va-t-il pas écraser la République et asphyxier les citoyens qui portent déjà le fardeau de la paupérisation ? C’est à Yayi de durcir le ton pour réduire le train de vie de l’Etat et éviter la gabegie. La volonté existe mais elle doit être soutenue par une contagion de la bonne gouvernance dans tous les ministères.

Quelques nominations font frémir et entretiennent le flou autour des critères qui ont alimenté les choix du chef de l’Etat. Armand Zinzindohoué abandonne les chantiers pour l’intérieur et la sécurité publique. Cet acte est-il une promotion ou un piège pour ce technicien des travaux publics ? Cette nomination a tout l’air d’un scandale car le style de l’allégeance et la rhétorique de la route ne peuvent évidemment s’adapter au langage des flics. Qu’est -ce qui peut pousser Boni Yayi à faire déménager le fidèle Armand Zinzindohoué de ses locaux des transports pour la police. Mystère.

Autres absurdités concoctées dans le plat gouvernemental servi à la sauce du changement. Le cas Galiou Soglo transféré de la jeunesse des sports au département de la culture de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales. Quelle explication peut-on donner à ce choix qui permet de sacrifier Soumanou Toléba et de libérer le très controversé Roger Gbégnonvi ? Le passage du vrai faux représentant de la Rb au ministère des sports a-t-il été une catastrophe ? Que peut-on alors attendre de l’ancien président des Requins dans le monde de la culture et de l’alphabétisation ? Un maintien au ministère de la jeunesse des sports et loisirs peut mieux justifier la présence de Galiou Soglo au gouvernement. Sa mutation à la culture à l’allure d’un forcing risqué. Que dire de Reckya Madougou ? Après ’’Touche pas à ma constitution’’, voici ’’Touche pas à mon portefeuille’’. La campagne massive et musclée contre la révision de la constitution n’était donc pas gratuite. C’est le temps de la récolte des fruits. Seul le succès de la micro finance peut faire valoriser cette promotion de la présidente de l’Ong Elan.

 

A y voir de très près, ce nouvel équipage Yayi n’a pas omis de donner la prime au zèle politique et à la courtisanerie forcenée. L’enseignement secondaire technique et professionnel et la recherche minière et pétrolière ont été des cadeaux pour propagandistes du régime. Ce remaniement a par endroit récompensé le service rendu à Yayi et les sorties envahissantes sur ondes et écran publics.

 

Le troisième gouvernement de Boni Yayi, le premier de mi-mandat protège ces paradoxes. Même l’ouverture qu’il véhicule héberge la polémique. Reste aux nouveaux ministres de prouver leur utilité avec les effets de compétences. Le dernier gouvernement a déjà offert un spectacle de ministres en errance, de ministres inondés par d’initiatives théâtrales. A moins de trois ans de la fin de mandat, l’obligation de résultat pèse énormément sur Boni Yayi. Ses ministres n’ont plus droit à l’erreur.

 

Sulpice O. Gbaguidi


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Tag(s) : #Politique Béninoise
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