Bénin: La saison des traîtres
Par Arimi CHOUBADE
28 octobre 2008
Le cirque de la mi-mandat, pompeusement rebaptisé remaniement ou formation du 3ème gouvernement du Changement a frappé fort. Face à la menace d’encerclement, le docteur-président n’a pu se priver d’exhiber son joker, gardé en rade depuis des mois. Il fallait éviter que la cuirasse de protection du perchoir entretenue à coup de terreur, de menace, de chantage et de corruption ne s’effondre avec la fugue momentanée du député Éloi Aho. L’appât du strapontin devrait logiquement impacter cet élan de désobéissance généralisée qui commençaient par secouer les fondations de l’Etat-Fcbe. Au bout des courses, on compte les coups. Eloi Aho est rentré dans les rangs. Dans quel état psychique ? Chaque secret possède son délai de garantie.
Derechef l’appareil Fcbe s’est fendu d’une déclaration pour oindre le processus du remaniement du sceau de la morale politique dès les premières passations de service. De l’ouverture politique qu’il appelle ce secrétaire général accompagné d’un député de son parti, le Madep qui convole avec un gouvernement âprement combattu par sa famille politique. Passons l’intermède Aho qui un jour se reconnaît comme un ami intime de son collègue Valentin Aditi Houdé au point de l’aider à former un nouveau groupe parlementaire, et le lendemain se souvenir qu’il est « un député de Yayi Boni » en faisant éclater le même groupe qu’il a contribué à bâtir la veille. Allez-y comprendre quelque chose.
Que dire alors de ce forcing autour de la formation du gouvernement juste au lendemain du premier débat parlementaire sérieux sur la création d’une commission chargée de vérifier la gestion du président Mathurin Nago ? L’opération a permis de chambouler la configuration qui se profilait à l’hémicycle. Même le G13 qui a fait plus que résister à ce tsunami artificiel venu de la Marina a néanmoins perdu des plumes. En l’espace de 48 heures trois d’entre ses ténors se sont retrouvés à la Présidence de la République sur convocation expresse. Le premier à s’y rendre, le député Orou Sè Guéné, en est revenu complètement transfiguré. Un retour dans les rangs ponctués d’accusation de corruption et de démenti. L’essentiel à retenir est que les 13 ont été réduits à 12. Mais 48 heures plus tard la machine à exorcisme de la Marina s’est littéralement plantée face aux honorables Houdé et Ahossi. Les deux portefeuilles ministériels mis dans la balance n’ont pu faire bouger les lignes. Il me plait de demander à l’honorable Dègla de quel côté il place la morale politique. Du côté des deux qui ont refusé de saborder leurs convictions contenues dans le mémorandum de création du G13 ou de ceux qui promettent postes et chéquiers contre des ralliements à contre-saison ?
Fagbohoun devrait cependant se montrer très réceptif à ces compatriotes qui lui conseillent la vigilance après les défections au sein de son parti. Kint Aguiar et François Abiola ne serviront au régime du Changement que par rapport à leur capacité de nuire à leurs anciens compagnons aussi bien du Madep que de l’alliance G4, G13 et Force Clé. Le défaut de soutien de leur parti d’origine à leur « aventure » les transforme du coup en instruments du régime. On voit mal le docteur-président se contenter de les laisser jouir des honneurs et des avantages du cocon ministériel sans contrepartie. Les stratèges de l’alliance anti-Yayi ont donc bien intérêt à revoir toute la panoplie de résolutions prises pendant que les vers étaient encore dans le fruit.
Surtout lorsque la traîtrise rime désormais avec morale politique…
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