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CHRONIQUE DU JOUR
La fable du porte-parole

29 octobre 2008

par Sulpice O. Gbaguidi

La presse nationale, conviée au concert inaugural du nouveau porte-parole du gouvernement, a découvert le rythme politique vicieux du changement. Le ministre Victor Tokpanou a porté la parole avec enthousiasme à l’occasion de cette rentrée qui consacre le retour au point de presse.

Mais, le show médiatique de l’ancien secrétaire général du gouvernement devenu ministre de la justice et porte parole de l’équipage Yayi n’a pas tenu ses promesses. Même si dans la forme, Victor Tokpanou a tiré sur les ficelles de sa pondération et joué sur l’apparence, la parade devant les journalistes a livré des séquences d’incohérences, de peccadilles et d’imprudence qui font de la sortie un exercice mal négocié. Ce nouveau rôle a tôt versé Tokpanou dans la démagogie politicienne soutenue par une volonté de semer la confusion.

Le griot officiel du gouvernement explique l’échec des négociations avec le G13 par une affaire de véhicules d’occasion. Le groupe de Issa Salifou, aurait subordonné son entrée au gouvernement au contrôle de cette filière selon la fable de Tokpanou. Mais de quelles négociations et de quel G13 parle le porte-parole ? De quoi parle-t-il ? L’émotion du remaniement a-t-elle eu d’impact sur le raisonnement ? Ou s’agit-il d’un mensonge délibéré pour susciter un effet de masse ? Tokpanou s’est pris à son propre piège en se noyant dans une abondance de paroles émaillées d’incohérences.

En déclarant imprudemment que le chef de l’Etat n’a pas négocié avec le G13 mais avec le Rpr et l’Undp, le porte-parole a poussé ses incohérences au paroxysme. A quelle table de négociation a-t-on alors discuté de véhicules d’occasion ? A vouloir dire une chose et son contraire, le ministre étale la mauvaise foi du gouvernement. La gymnastique intellectuelle exécutée sans conviction a donné lieu à un spectacle saugrenu. Le porte-parole a porté le fardeau de la démagogie en produisant dans sa propre imagination cette revendication attribuée à un groupe politique.

L’alibi de véhicules d’occasion paraît une invention de désespérés. Cette offensive tendancieuse du porte-parole est un cheveu sur la soupe. En optant pour la surenchère dans le langage, Victor Tokpanou jette de l’huile sur le feu et apparaît comme un pourvoyeur de la tension. Politiquement, ce premier point de presse du garde des sceaux est un échec. L’immaturité politique était au rendez-vous. Elle est maintenant mue par une pyromanie contagieuse.

L’élève n’a pas rendu service à son maître. Il amplifie les frustrations issues de l’échec de l’ouverture et de la politique de débauchage placée au cœur de la gouvernance à l’ère du changement.

Le gouvernement joue avec le feu et son porte-parole peut s’égosiller dans un vacarme ahurissant. Le refus de dialogue affaiblit le régime. Ses coups de force l’exposent à l’isolement et son obstination à utiliser le harcèlement comme méthode de gouvernance met la République en péril. La sortie chaotique du porte-parole a davantage pollué l’environnement politique déjà vicié par un remaniement insalubre et toxique. Le boycott de la rentrée parlementaire par les G et Force-clé est une démonstration de l’inoxydable solidarité des forces anti cauris.

Le renforcement de cette solidarité se fait paradoxalement dans les manœuvres d’intimidation, de débauchage et de harcèlement dont se gave le pouvoir du changement. Le tissu G4-G13-Force clé est plus que jamais solide. Boni Yayi n’a qu’une seule solution : négocier.

Sulpice O. Gbaguidi

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Tag(s) : #EDITORIAL
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