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L’article 68 de la constitution, c’est la guerre. Le constituant français auteur du concept à travers l’article 16 de la constitution française ne le démentirait pas. En cinquante ans, l’hexagone n’en a connu l’application qu’une seule fois. Lorsqu’un chef de l’Etat apparaît à la télévision dans une déclaration solennelle à son peuple pour annoncer que l’intégrité du territoire national, les institutions de la République et le respect des engagements internationaux subissent des atteintes graves, le pays devrait réellement trembler sur ses fondations. Yayi aurait donc vu le danger menacé son pays adoré, le Bénin. Par des ennemis qui lui ont refusé en juillet 2008 la ratification d’un accord de prêt – offense suprême pour une politique de mendicité et de main tendue. Les mêmes ennemis récidivent trois mois plus tard en rejetant le projet de budget remanié – autre offense tout aussi grave pour un gouvernement idéologiquement très porté sur la jouissance et les dépenses folles.

 

Le déclenchement des mesures exceptionnelles en quelques mois confirme qu’il ne s’agit pas d’une paranoïa passagère mais d’une intime conviction. Les ennemis du Bénin selon Yayi s’identifient aux députés regroupés au sein de la coalition G4, G13 et Force Clé. Leur activisme mettrait en péril l’intégrité du territoire national, les institutions de la République, les engagements internationaux du pays. Le régime du Changement s’est donné la mission de les mettre hors d’état de nuire. Le plus radicalement possible à travers un acte de guerre, le recours aux mesures exceptionnelles. Dommage que les faits du prince soient en totale contradiction avec l’annonce de l’entrée en guerre du Bénin. Une guerre qui se limite à quelques signatures en bas de documents. Pour des questions d’espèces sonnantes et trébuchantes, à chaque fois (conventions de financement, rallonge budgétaire). De véritables ordonnances de banquier.

 

Des signes de la guerre, aucun Béninois n’en a vu ou senti de ses propres sens. Les citoyens qui ne disposent pas de postes téléviseurs ou de radios pour suivre les appels aux ordonnances de supposés rois n’en sauront d’ailleurs jamais rien. D’autres chefs suprêmes d’armée auraient pris de réelles mesures de protection du territoire si les fameuses menaces existaient vraiment. Les frontières restent ouvertes, pas d’alerte spéciale dans les casernes, pas de réquisition pour les fonctionnaires d’Etat, pas d’état d’urgence, pas de couvre-feu alors que pèserait un péril imminent sur le fonctionnement même de la République. Qu’on le dise aux émergents, l’utilisation de l’article 68 de la constitution correspond à une entrée en guerre ! Que fait alors le régime des agresseurs ? Surtout que tout le monde connaît leurs identités. Ils ne devraient pas continuer à bénéficier d’impunité alors qu’ils sont accusés d’avoir entraîné le chef de l’Etat à engager le pays dans une logique de guerre. À moins que la prise des ordonnances ne soient guidées par des considérations bassement matérielles comme le croient d’ailleurs la majorité des députés réfractaires à une sonorisation à 700 millions Cfa. Un vote hostile déclencheur de la puissance de feu du preneur d’ordonnance. Un docteur-président prêt à sortir l’artillerie lourde juste à cause d’un vote parlementaire.

Si les mesures d’exception se prennent avec autant de fantaisie, qu’en serait-il au cas où le Bénin se trouverait réellement agressé ? Le folklore a pris le pas sur la sérénité requise dans ces genres de situation. Le risque est grand de banaliser l’instrument de mobilisation générale de la nation et de défense de la patrie qui est l’article 68. Au nom des quelques milliards de la prédation.

 

Finir avec les ordonnances sonnantes et trébuchantes de banquier …

 

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Tag(s) : #EDITORIAL
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