Bénin - Des collaborateurs du président veulent voler des milliards de FCFA à l'Etat: Yayi Boni est-il au courant ?
19 novembre 2008 - LEMATINAL
Le vendredi dernier, le quotidien « Le Béninois Libéré » faisait cas d’un scandale qui couvait sous l’ère du Changement. Scandale dans lequel seraient impliqués les plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. Scandale qui permettrait au Sieur Martin Rodriguez non seulement de ne pas payer ses dettes vis-à-vis de la Sonapra, mais aussi de se mettre en poche quelques dizaines de milliards de francs Cfa sous la forme d’un « compromis d’arbitrage » bidon. Si les révélations de notre confrère sont fondées, l’affaire Fagbohoun ne serait qu’une goutte d’eau face à cet océan de magouilles.
La société Marlan’s cotton industries (Mci) Sa appartenant au sieur Martin Rodriguez, citée par le nouveau pouvoir à ses premières heures vertueuses comme le plus gros débiteur de la Sonapra vient de conclure à Genève en Suisse, avec les émissaires du président Yayi Boni, un compromis d’arbitrage qui conduira non seulement à l’effacement de la créance de la Sonapra et l’Etat sur Mci, mais aussi au paiement de plusieurs dizaines de milliards de francs Cfa au sieur Rodriguez à travers ses société fictives.
En fait, tout ceci n’est qu’une comédie savamment montée dans le but de voler des milliards de francs Cfa à l’Etat. L’affaire en question est devant les tribunaux béninois. Le tribunal n’a pas encore tranché que les avocats représentant l’Etat béninois ont demandé au juge de surseoir à toute délibération. Raisons évoquées, on veut négocier avec Rodriguez. Scandale. Rodriguez, du débiteur insolvable, devient créancier de l’Etat. Mais pour votre propre gouverne, nous allons reprendre point par point, cette comédie. Attention, les acteurs sont inintelligents. On aurait pu en rire s’il s’agissait d’une pièce théâtrale ordinaire. Mais là, il est question de milliards de francs Cfa du budget national que des prédateurs s’apprêtent à détourner.
Acte I :
A l’avènement du Changement en 2006, le président Yayi Boni qui était encore déterminé à lutter contre la corruption a instruit la traque des débiteurs malveillants de l’Etat. Dans ce cadre, la société Mci de Mr Rodriguez a été amenée à s’engager à payer ses dettes à travers une convention dénommée Transaction N°025-C/Mdef/DcAjt/Brenj/Sp. Selon ladite transaction, la dette de 5.859.318.577 Fcfa (Cinq milliards huit cent cinquante neuf mille cinq cent soixante dix sept francs) sera échelonnée sur six années à raison de 1.100.000.000 Fcfa (un milliard cent millions de francs) par an avec un premier paiement de 359.318.577 Fcfa (trois cent cinquante neuf millions trois cent dix huit mille cinq cent soixante dix sept francs Cfa) le 30 juin 2007. Fidèle à sa renommée, à ce jour, aucun des engagements pris par Rodriguez n’a été respecté. Il est toujours débiteur de l’Etat béninois.
Acte II :
En mai 2005, avant l’avènement du régime du Changement, le sieur Rodriguez alors en cavale car tombé en disgrâce pour avoir roulé Mathieu Kérékou, avait assigné la Sonapra en justice, lui réclamant le paiement de 79. 203.794.369 (Soixante dix neuf milliards deux cent trois millions sept cent quatre vingt quatorze mille trois cent soixante neuf francs) à titre de dommages et intérêts pour des prétendus préjudices subis dans les relations commerciales Sonapra-Mci. Tout le monde savait qu’il ne s’agissait que d’une manœuvre pour empêcher ou retarder le recouvrement de plusieurs milliards de francs Cfa que Mci et Martin Rodriguez devaient payer à la Sonapra, car, sa réclamation était vide, sans fondement aucun. C’était même l’objet de railleries au Palais de justice. La preuve en est qu’il a accepté de signer le protocole d’accord sur les 5.859.318.577 Fcfa (Cinq milliards huit cent cinquante neuf mille cinq cent soixante dix sept francs) et il a promis de payer en six ans. Donc, le tribunal s’apprêtait à le débouter quand les proches collaborateurs du chef de l’Etat ont mis sur pied une stratégie destinée à voler des milliards de francs Cfa à l’Etat. Suivez plutôt.
Acte III :
A l’arrivée du Dr Yayi Boni, en ce temps déterminé à montrer patte blanche à la levée de rideau, la transaction précédemment citée a été signée avec au passage quelques remises pour ne retenir finalement que 5.859.318.577 Fcfa (Cinq milliards huit cent cinquante neuf mille cinq cent soixante dix sept francs).
Acte IV :
En septembre/octobre 2008 alors que le tribunal de première instance de Cotonou s’apprêtait à débouter le Sieur Rodiguez dans ses intentions de dépouiller la Sonapra de la somme de 79. 203.794.369 (Soixante dix neuf milliards deux cent trois millions sept cent quatre vingt quatorze mille trois cent soixante neuf francs), un prétendu règlement à l’amiable a été évoqué par les avocats de l’Etat pour demander la suspension du jugement. En fait, Rodriguez et ses amis au sommet de l’Etat du Changement sentant que le jugement leur sera défavorable et ne pourra pas permettre l’escroquerie du siècle, ont entrepris une autre manœuvre plus simple et plus sûre : le Compromis d’Arbitrage. Ce compromis leur permettra de déclarer incompétent le tribunal afin de négocier directement avec Rodriguez pour empocher des milliards de francs Cfa.
Acte V :
En septembre / octobre 2008, une délégation de haut niveau mandaté ou non par le président Yayi Boni (le président doit prouver sa bonne foi), s’est rendue à Genève pour convenir avec Rodriguez d’un accord appelé compromis d’arbitrage, par lequel le paiement ou non des 79 milliards de francs Cfa fictifs à Rodriguez serait décidé par des arbitres choisis par Martin Rodriguez et ses propres complices émissaires de l’Etat béninois. La délégation en question était composée d’un conseiller technique juriste du Pdt Yayi Boni et chose curieuse, de quelques très haut gradés de l’armée béninoise, proches du président Yayi Boni. Cette composante de la délégation béninoise laisse croire que cette affaire a un lien avec la fameuse affaire de l’avion présidentiel dans laquelle le Bénin a déjà perdu des milliards de francs Cfa, car ce sont les mêmes qui s’en sont occupés.
Pour finir : les arbitres « copains » ainsi désignés, s’apprêtent à ordonner le paiement de quelques dizaines de milliards de francs Cfa en faveur de Martin Rodriguez sur les 79 milliards fictifs. On empêche le tribunal de débouter Rodriguez pour se partager des dizaines de milliards à travers un compromis d’arbitrage. Et ceci, en plein Changement. Où va le Bénin ?
Aux dernières nouvelles, les conseillers du président aurait renoncé à l’arbitrage. Ils veulent maintenant négocier directement avec Martin Rodriguez. Ce qui est encore plus grave. Voici donc la pièce théâtrale qui est en train d’être montée à la présidence de la République avec des cadres proches du chef de l’Etat. Une pièce d’une bêtise phénoménale avec des acteurs gloutons. La question qui se pose est la suivante : Le président Yayi Boni est-t-il au courant ? Si oui, cet article n’a plus aucun sens. Il faut simplement tirer les conclusions qui s’imposent.
Sinon, alors des têtes doivent tomber. Le président doit relever de leurs fonctions tous les cadres qui ont fait le déplacement sur Genève pour négocier avec Rodriguez. Il y va de son honneur, et peut-être de son pouvoir. L’affaire Kovaks est encore fraîche dans les mémoires, et un président qui a rendu gorge à Fagbohoun en lui faisant perdre tout son patrimoine ne peut se permettre de tolérer une telle magouille dans son entourage.
Et pour finir, le président doit dire à ses avocats de demander la poursuite de la délibération. Les juges béninois ne sont pas assez fous pour accorder des milliards de francs Cfa pour rien du tout. L’on doit leur faire confiance. La réaction du président Yayi Boni est donc très attendue.
Abdourahmane Touré
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