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Pauvre des nerfs des détenteurs du passeport béninois. Un mauvais film qui se déroule depuis avril 2006. Paysans, étudiants, marcheurs professionnels, agitateurs de l’Etat-Fcbe commerçants et même ministres ne comprennent plus rien de l’horizon vers lequel mène le Changement. Pour une fois, cette chronique veut laisser la place à l’origine du passeport qu’à l’analyse froide. Une sorte de plaidoyer en faveur de l’élaboration, la divulgation et la mise en exécution d’un programme d’action du gouvernement. La boussole commune autour de laquelle devrait s’activer tous ceux qui croient encore à l’émergence et à la croissance à deux chiffres sous le règne de Yayi Boni. Personne ne se satisfait de la gouvernance informelle, au pifomètre caractéristique de la pagaille généralisée qui s’empare de tous les rouages de l’Etat du Bénin. Rompre enfin avec le cynisme du dessein formulé au départ. Un départ bâti sur une vaste escroquerie politique. Le seul projet connu jusque là c’est la jouissance : véhicules, frais de mission, maîtresses, voyages d’agrément, persécution d’opposants.

 

La crainte du jugement du peuple crève l’œil lorsqu’on se réfère aux hésitations à doter le pays d’une plate-forme programmatique sur les cinq ans de Yayi Boni. La peur de devoir rendre des comptes à son peuple sur la base d’engagements écrits et connus de tous. On se souvient des rétractations du chef de l’Etat lui-même sur les écrans de la télévision nationale à propos de sa promesse de doter le Bénin d’une turbine à gaz au bout de 3 mois. Un programme signifierait donc un recueil de points de rétractation. Les émergents ont poussé la volonté de dissimulation jusqu’à son paroxysme en tentant une suppression du ministère du Plan. Toujours pour brouiller les pistes de toute programmation de l’action gouvernementale et toute espèce de rendez-vous avec les Béninois au moment du bilan.

 

Or le pays a besoin de se mettre au travail. Le ravage de l’oisiveté ambiante sur tout l’appareil de production de la vie nationale saute aux yeux. Pourquoi pensez-vous que les députés se prélassent dans la chianlis et la politicaillerie ? Parce qu’il n’existe pas de chantiers législatifs d’envergure au sujet du quotidien de la majorité des Béninois. On imagine la réaction de la jeunesse au cas où le parlement se ferait prier afin de donner corps à un texte visant à lancer des réformes sur l’emploi. Il ne s’agit pas des actions de saupoudrage du genre ouverture de chantier de construction qui favorise l’exploitation éhontée de petits ouvriers appâtés le temps d’une campagne électorale. On parle de véritables lois sociales sur le SMIG, les emplois-jeunes, les retraites, l’accompagnement des entrepreneurs recruteurs, la sécurité sociale à l’endroit des paysans, l’arbitrage des conflits de travail.

 

Médecins et infirmiers n’iraient pas en grève si leur secteur d’activité se trouvait lancer dans une réforme fondamentale destinée à les sortir d’impasse. Pareil pour le personnel judiciaire, les enseignants, les personnels des différents ministères dont les dénominations valsent sans discontinuer. Le défaut du destin commun oblige chaque entité à plaider pour sa paroisse. Ministres et autres promus peinent à déchiffrer leurs propres cahiers des charges. Chaque jour sans programme rapproche le Bénin beaucoup plus vers la déchéance que vers l’hypothétique Changement. Le docteur-président lui-même est obligé d’instituer un système de récupération des ministres déchus, conscient qu’il est de l’absence de visibilité dans la distribution des rôles. La faute n’est donc pas forcément aux hommes mais à l’idéologie. On ne dirait jamais assez que le débat sur le départ ou non du pouvoir de Yayi Boni n’a plus d’intérêt. Un, deux, trois, quatre mandats ? Qu’importe ! Mais dans quel état laissera-t-il le pays ?

 

C’est le passeport qui parle !!!


 

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Tag(s) : #EDITORIAL
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