Crise politique au Bénin ?
Par Arimi CHOUBADE
27 novembre 2008
Le peuple supporte son cher président à 75%, les finances publiques sont assainies, de grands chantiers s’ouvrent partout, les marches de soutien rencontrent un engouement exceptionnel auprès des femmes, des jeunes, des ministres, des députés et même des têtes couronnées. Blocage à l’Assemblée nationale ? Un petit incident sans grande conséquence puisque le tout puissant Président de la République a à ses côtés un éminent professeur de droit qui lui rappelle chaque matin les vertus de l’article 68 de la constitution. Les agitations des travailleurs finiront dès que la lassitude gagnera les syndicalistes. La prétendue crise politique fait partie de l’imagination diabolique des apatrides et des aigris des succès du Changement.
Le néo-émergent, Victor Tokpanou fait bien de botter en touche l’existence même d’une impasse politique. Une subtile esquive de la charge qui vise directement un certain entourage du chef de l’Etat. Ne dispose-t-il pas d’un des parcours les plus explosifs au sein de l’appareil de l’émergence ? Conseiller juridique, Secrétaire général du gouvernement puis ministre de la Justice et Porte-parole du gouvernement. En l’espace de deux ans et demi. Dassoundo aurait donc tout faux à travers son diagnostic au sujet des rapports mensongers et des conseils inadéquats qui polluent les allées de la Marina. Tout faux également Rachidi Gbadamassi qui impute à des prétendus adolescents politiques le virage apocalyptique du pouvoir. En tout cas, cela ne peut être cet entourage dont Tokpanou fait office de gourou attitré.
Le lapsus au sujet d’une potentielle crise politique au Bénin attribué au chef de l’Etat lors de son passage à Abidjan ne serait qu’une regrettable erreur d’aiguillage du reporter. Ce que les Béninois ont entendu dire leur président à ce propos n’aurait jamais dû être diffusé. On conclut alors à un non lieu. De la même manière que cette malencontreuse allusion à une crise politique à l’occasion du conseil des ministres du mercredi 17 novembre 2008. À mettre sur le compte d’un léger flottement depuis que le désormais incontournable Victor Tokpanou a quitté le Secrétariat général du gouvernement. La convocation d’un dialogue national les 27 et 28 novembre répond à une volonté de se conformer aux exigences de la gouvernance concertée. Le ballet des personnalités politiques des « G » et « F » sous la supervision du général Mathieu Kérékou procède de la même logique de concertation et de partage. Tout va bien dans le meilleur des mondes et le Bénin se rapproche chaque fois davantage de l’émergence et de la croissance à deux chiffres.
Le seul problème – il y en a tout de même – c’est 2011. Il commence par se faire quelques trous dans la comptabilité des émergents.
Certains « cauris » de la première heure manquent à l’appel. Malgré l’entrée en lice, en plein cœur de l’hémicycle, des fameuses valises dont parlait Rachidi Gbadamassi lors de la discussion sur le budget remanié 2008, la moisson a été très maigre. Le compteur n’est jamais allé au-delà de 39-40 députés sur les 83. Depuis, la rogne s’est emparée de la citadelle Fcbe elle-même avec le vrai faux départ de Éloi Aho et le vrai départ du patriarche de Sèmèrè, Wallis Zoumarou. Or les autres électrons libres qui gravitent autour de la citadelle en ébullition ne raisonnent que par les strapontins et les espèces sonnantes et trébuchantes.
Il n’y a pas crise quand les malfrats tiennent en respect toute la force publique béninoise ; le chef de l’Etat prend 5 ordonnances en trois mois ; le parlement est bloqué durant près d’un an ; le gouvernement patauge dans un désordre indescriptible du fait de la multiplication des ministères et des imprécisions des attributions. Il n’y aurait crise que si le docteur-président ne se fait pas élire en 2011.
Ce n’est donc pas une crise politique mais une crise de la non réélection.
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