L’opposant sous-préfet
Par Arimi CHOUBADE
3 décembre 2008
Proposer une solution alternative à Yayi Boni avec un cabinet de deux ou trois personnes, pas plus. Trop bien lotis, ces chefs de l’opposition, selon la Marina. Des apatrides qui ne devraient rien bénéficier de la part de la nation émergente. La faute aux participants à la conférence nationale de février 1990 qui, dépités par la banqueroute de la dictature du parti unique, ont choisi un système pluraliste, le pouvoir d’un côté, l’opposition de l’autre. Autant qu’un gouvernement, l’opposition procède plus du salut public que de la posture personnelle et individuelle de ses animateurs. Le lieu de rappeler au porte-parole du gouvernement, que l’esprit de la loi portant statut de l’opposition est de permettre aux opposants de pouvoir tenir la dragée haute au régime. Un combat qui ne saurait être mené à mains nues.
En cela, la tenue d’Abomey-Bohicon est déjà un acte de patriotisme exceptionnel puisque les participants n’ont pas attendu un financement public avant de relever le défi de la contradiction au pouvoir. Ministres et autres conseillers de Yayi n’hésitent pas à faire asseoir la communication autour de leur champion sur tout le budget national. Plus de 1000 milliards l’an, face à des gens qui ne peuvent compter jusque-là que sur leurs deniers propres. Une route en construction, une promesse de construction d’aéroport, un vœu de forage pétrolifère ? des œuvres du docteur-président scandent les membres du gouvernement à longueur d’interminables tournées. Il est même déjà arrivé que des bâtisses réalisées sur financement public arborent fièrement l’épitaphe : « don du docteur Yayi Boni ». Vu d’un autre angle, on s’aperçoit que des impôts de Salé, de Léhady, de Houngbédji, de Sèhouéto, de Amoussou, de Idji servent à la propagande de Yayi.
La loi n’a pas décidé d’accorder des moyens aux opposants pour qu’ils se contentent d’exister mais pour qu’ils puissent proposer une alternative crédible. Ce qui suppose une visibilité au moins comparable à celle des ministres. Face à l’inflation des maroquins la corvée devient plus rude pour les opposants. Elle consiste à traquer une trentaine de ministres tous éparpillés sur l’ensemble du territoire national chaque semaine. Véhicules, frais de mission, équipes de reportage. Sans parler de l’activisme de conseillers spéciaux dont certains circulent avec un véritable arsenal y compris sur les campus universitaires.
Passons sous silence les fonds secrets du chef de l’Etat destinés parait-il à protéger la République même si de temps en temps quelques dizaines de millions sont dispersés dans des mosquées à Parakou ou des églises à Cotonou.
Joel Aïvo pourrait demander au président de son parti pourquoi lui et ses alliés majoritaires à l’Assemblée nationale lors de l’étude et du vote de la loi portant statut de l’opposition se sont limités à des avantages de sous-préfets pour les opposants. D’accord que les chefs de l’opposition puissent être alignés sur les ministres. Mais, le porte-parole de ces chefs de l’opposition devrait être d’un cran au dessus. Pourquoi pas un alignement sur les avantages accordés au chef de l’Etat ? Puisqu’on parle d’alternative. N’est-il pas un chef de l’Etat en puissance ? Il faut à ce porte-parole de l’opposition s’entourer d’une équipe tout aussi relevée que celui d’un gouvernement. Face à un régime comme celui du Changement, l’élaboration d’une alternative est plus qu’un casse-tête chinois d’autant plus que le programme autour duquel devrait se construire la réplique n’existe pas. Avant d’imaginer l’alternative, il faut au préalable inventer ce à quoi peut ressembler la déclinaison de la fameuse vision du docteur-président en programme d’action de gouvernement. Les opposants à Yayi méritent donc le double de ce qui leur revient de droit – une partie pour définir un programme pour le régime et l’autre pour élaborer l’alternative.
Le parallélisme manque d’équité.
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