Dans les errements politiques que connaît le Bénin actuellement, il est important d’insister sur la question de la vérité publique. Car dans la gestion de la cité, mettre toutes les décisions de « l’élu de Dieu » sur le compte de la vision et de l’onction divines, c’est insulter la liberté humaine et manipuler l’autorité divine. C’est surtout donner un alibi divin aux éventuelles erreurs humaines. C’est enfin rendre impossible la vie commune dans cet espace de pluralisme où le respect de la vérité publique doit être recherchée et les arguments publics cultivés au-delà des diversités ethniques, politiques et religieuses.
De cette nécessité de la vérité publique découle en partie la vérité dont les responsables nationaux ont besoin. Les flatteries des courtisans, les marches des partisans et les silences des complices nuisent plus à l’autorité, au président de la République, par exemple, que les détractions des adversaires. L’ambiance est actuellement telle dans le pays que dès lors qu’on émet des critiques sur le roi, on entend des citoyens honnêtes dire sincèrement: c’est vrai ce que vous dites, mais il vaut mieux que cela ne tombe pas dans les oreilles des opposants. Mais, au point où nous en sommes, si le rêve de changement de Yayi peut être encore sauvé, il ne le sera pas sans la vérité publique, éprouvante et exigeante, surtout celle provenant du cercle intérieur au régime du changement. Cela est une tâche à hauts risques qu’on ne peut se hasarder à demander à tous.
Néanmoins, on devrait s’attendre à ce que certaines personnalités d’un certain ordre, qui ne devraient plus rien avoir à perdre, aient le courage de servir la cause du changement par la vérité même si elle serait difficile. Elles sont nombreuses ces personnalités. Je voudrais nommer, par exemples, un président Emile Derlin Zinsou, dans une moindre mesure, mais surtout un Moïse Mensah et un Albert Tévoédjrè dont les mains devraient nécessairement trembler de tenir deux instruments, l’un de gouvernance concertée, et l’autre de médiation, en un temps pénible où le Bénin a besoin spécifiquement de dialogue et de médiation. Là où la vérité privée n’a pas réussi, la vérité publique de personnalités de l’intérieur du cercle le peut, avec sa force de pédagogie sur le roi.
Abbé André S. Quenum
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