La faillite de l’homme nouveau, la faillite du roi Boni 1er !!!
Par Arimi CHOUBADE
11 décembre 2008
Abomey-Bohicon victime de ses hommes ? Le crime d’avoir été ancien président de la République, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre, ancien député et même ancien candidat à une présidentielle. Tous frappés d’indignité voire privé du droit à la parole. En résumé, le retentissant séminaire sur l’alternance aurait péché pour ne pas avoir exhibé un prétendu homme nouveau dans la perspective de 2011. À peine si on ne nous sort pas une théorie venue de nulle part sur le profil du parfait présidentiable immaculé, inconnu et vierge. Un intellectualisme à la petite semaine s’active à discréditer la fronde des « G » et « F » au motif qu’ils auraient un passé politique trop fourni.
Heureusement que la constitution béninoise est loin d’être un catalogue de fantasmes et de lubies. Elle consacre la suprématie des partis politiques dans l’animation de la vie publique. Un président, un député, un ministre devrait normalement provenir d’un parti. Libre à chaque citoyen de choisir d’être médecin, banquier, prêtre, soldats ou ingénieurs agricoles. L’esprit de la constitution lui interdit dans ce cas de venir plus tard concurrencer les politiciens sur leur propre terrain au motif que la classe politique est décriée. Comme si le clergé catholique pourrait accepter qu’un acteur de cinéma s’installe au Vatican à la place du Pape sous le prétexte qu’il y a trop de prélats pédophiles.
Le Bénin souffre moins de sa classe politique que de ces Ovnis qui squattent les institutions puis disparaissent sans aucune obligation de compte rendu à qui que ce soit. Les façonneurs d’opinion qui pensent édicter d’autres critères de présidentiables en dehors de ceux de la constitution ne rendent pas service aux Béninois. Le fait pour Léhady d’être le fils d’un ancien président n’a pas valeur pour lui d’une indignité constitutionnelle. C’est l’une des plus anciennes démocraties au monde qui a connu l’existence des Bush père et fils à sa tête sans que personne ne trouve à redire. Ne parlons pas des époux Krichner qui se sont passés service à la présidence de la République en Argentine. Avoir été ancien ministre, député ou maire est un gage de sérénité dans la conduite des affaires de la cité. Houngbédji et Sèhouéto sont en droit de s’en vanter dans leur marche vers la Marina si le pays ne marchait pas sur la tête.
Si les Béninois n’arrivent pas à trouver un visage à l’alternance parmi les animateurs du séminaire d’Abomey-Bohicon, ils peuvent dire adieu à toute stabilité pour plusieurs années. Il n’y a qu’au Bénin qu’une frange non négligeable d’intellectuels se gargarise autour du providentiel homme nouveau à la magistrature suprême. France, Allemagne, Inde, Italie ne s’offusquent pas d’être dirigées par de partis politiques aussi vieux que l’invention de la démocratie dans ces contrés. Obama, homme nouveau ? Il suffit de collectionner les actes de naissance des dinosaures cooptés dans sa future équipe pour comprendre qu’il n’existe pas de génération spontanée en politique. Une prime à l’errance et à l’aventurisme après 18 ans de renouveau démocratique sonne comme un échec pour un modèle qui revendique être un phare pour l’Afrique du pluralisme, des libertés et de la bonne gouvernance.
Les gens qui conservent un brin de respect pour la constitution béninoise devraient en avoir également à l’esprit de la conférence nationale qui l’a engendrée. Et c’est justement l’hymne des acquis de ce rendez-vous de février 1990 que les orateurs d’Abomey-Bohicon ont entonné chacun avec un style propre à lui : le respect des lois de la République, l’accès équitable des animateurs de vie publique aux médias publics, la sauvegarde des libertés fondamentales, la séparation des pouvoirs. Le débat fondamental tourne autour de ces principes fondamentaux et non autour de la longueur des curriculum vitae. Il n’y a qu’au Bénin que l’expérience devient un vice lorsqu’il s’agit de gérer les affaires de la cité. Il n’y a pas meilleure parade à la faillite de l’homme nouveau que les « G » et « F » en 2011…
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)